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ÉLECTIONS Le dilemme du rassemblement

Primaire de gauche : le débat révèle le dilemme entre alliance avec LFI et candidature sociale-démocrate autonome

Le premier débat de la primaire sociale-démocrate a exposé les fractures sur une alliance avec LFI, l’Ukraine et Gaza. Cinq candidats cherchent désormais à convaincre avant les votes d’octobre.

Un bureau de vote de primaire avec isoloirs, table d’émargement et bulletins, dans une salle municipale.
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En bref

Le premier débat de la primaire sociale-démocrate a opposé cinq candidats sur leur stratégie électorale et leurs positions internationales. Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel restent ouverts à une alliance avec LFI, tandis que Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj la refusent. Le vote aura lieu en octobre.

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Pour les électeurs de gauche, la question est simple en apparence : qui peut porter une candidature commune sans brouiller le message politique ? Le premier débat de la primaire sociale-démocrate a montré que cette équation reste loin d’être réglée.

Une primaire conçue pour désigner un candidat en octobre

Cinq candidats se disputent l’investiture de l’espace social-démocrate : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Ils représentent le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste.

Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre 2026. Le second aura lieu les 16 et 17 octobre. Le vainqueur doit ensuite représenter cette famille politique à l’élection présidentielle de 2027.

Cette primaire vise aussi à élargir le public au-delà des seuls adhérents. Les organisateurs espèrent réunir au moins 100 000 votants. Le chiffre resterait toutefois très inférieur à celui de la primaire ayant désigné François Hollande en 2011, qui avait attiré plusieurs millions d’électeurs.

Le débat du mercredi 23 septembre, organisé sur LCI au format « Face aux Français », constituait donc un premier test. Il devait permettre aux candidats de défendre leurs propositions, mais aussi de clarifier leurs lignes rouges.

LFI, le principal point de rupture

La question d’une alliance avec La France insoumise aux élections législatives a rapidement dominé les échanges. Elle oppose deux stratégies de conquête électorale.

Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel n’ont pas fermé la porte à un rapprochement avec LFI. Leur raisonnement est arithmétique et politique : une gauche divisée risque de perdre des circonscriptions dès le premier tour, surtout face à la droite et à l’extrême droite.

Olivier Faure a appelé à ne pas « cracher sur le reste de la gauche ». Il a également estimé que l’extrême droite pouvait désormais accéder au pouvoir, ce qui justifierait, selon lui, de préserver les possibilités de rassemblement.

Emmanuel Maurel a défendu la même logique en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle. Dans ce scénario, il faudrait « se rassembler » à gauche, a-t-il affirmé. Cette position bénéficie aux partisans d’une stratégie unitaire, qui veulent éviter une nouvelle dispersion des voix.

Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann refusent, eux, cette perspective. Jérôme Guedj a reproché à Olivier Faure son alliance avec LFI lors des élections législatives anticipées de 2024. Il a dénoncé une ligne jugée trop fluctuante, avec cette formule : « La godille, c’est bon pour le ski, pas pour la gauche. »

Le député a aussi accusé Olivier Faure de glisser vers la « soumission à La France insoumise ». Ségolène Royal a protesté contre cette expression. Elle y a vu une attaque personnelle et a demandé que le débat reste politique.

Raphaël Glucksmann défend une rupture plus nette. Pour lui, une alliance avec LFI ferait perdre la gauche plutôt que de la renforcer. Il estime que Jean-Luc Mélenchon inquiète une partie importante de l’électorat, notamment au centre et parmi les électeurs modérés.

Le désaccord porte donc sur les bénéficiaires de chaque stratégie. Une alliance peut préserver des sièges et mobiliser les électeurs les plus à gauche. En revanche, elle peut éloigner les électeurs qui refusent la ligne de LFI. Une rupture clarifie le positionnement social-démocrate, mais risque de réduire les possibilités de rassemblement local.

Ukraine : négocier ou soutenir davantage Kiev

Les échanges ont également révélé des divergences sur la guerre en Ukraine. Ségolène Royal a défendu l’objectif d’une « paix juste et durable ». Elle a aussi plaidé pour que la possibilité de négociations avec la Russie ne soit pas écartée.

Cette position s’inscrit dans une approche diplomatique. Elle répond à une préoccupation concrète : limiter la durée du conflit et ses conséquences humaines, économiques et sécuritaires pour les Européens.

Raphaël Glucksmann lui a opposé une lecture plus ferme. Selon lui, Vladimir Poutine n’a pas l’intention de négocier avec les Européens. Il a appelé à soutenir l’Ukraine, présentée comme la « première ligne de défense » du continent.

Le débat reprend ici une fracture ancienne à gauche. D’un côté, certains privilégient la recherche d’un cessez-le-feu et d’une issue diplomatique. De l’autre, les défenseurs d’un soutien militaire accru redoutent qu’une pression insuffisante ne favorise la Russie.

Ségolène Royal a également dû répondre aux accusations récurrentes de complaisance envers le Kremlin. Elle les a rejetées. Ces critiques renvoient notamment à des propos tenus au début de l’invasion russe, en 2022, sur la réalité de certains massacres. Elle s’était ensuite excusée.

Gaza et l’antisémitisme, autre ligne de fracture

La situation à Gaza a suscité une deuxième série d’affrontements. Ségolène Royal a déclaré que la montée de l’antisémitisme ne serait pas due à Israël en tant que pays, mais aux décisions de ses dirigeants. Elle a aussi appelé à davantage de prises de parole israéliennes et juives pour dénoncer la situation à Gaza.

Jérôme Guedj a contesté ce raisonnement. Il a estimé qu’il ne revenait pas aux Juifs de se justifier des décisions du gouvernement israélien. Il a dénoncé une forme d’essentialisation du conflit, c’est-à-dire l’idée d’associer une population entière aux choix d’un gouvernement.

Raphaël Glucksmann a partagé cette critique. Il a averti qu’un tel discours pouvait contribuer à amalgamer les citoyens juifs avec la politique menée par Israël. Il a cité le risque de voir des familles insultées dans l’espace public en raison de leur religion ou du port d’une kippa.

Olivier Faure a, de son côté, défendu l’usage du mot « génocide » pour qualifier les événements à Gaza. Raphaël Glucksmann refuse cette qualification. Ce désaccord porte à la fois sur le vocabulaire diplomatique et sur la manière de nommer les responsabilités dans le conflit.

Philippe Brun écarté, un scrutin sous tension

Le débat s’est tenu sans Philippe Brun. Le député de l’Eure avait obtenu les parrainages nécessaires, mais il a été suspendu à titre conservatoire du Parti socialiste après des accusations de violences formulées par une ancienne collaboratrice. Il conteste ces accusations.

La justice a rejeté, le mercredi 23 septembre, sa demande de réintégration dans la primaire. Il ne participera donc pas au scrutin, malgré sa volonté de maintenir sa candidature.

Cette décision réduit la compétition à cinq candidats. Elle rappelle aussi que la primaire ne se joue pas uniquement sur les programmes. La crédibilité personnelle, la capacité à rassembler et la gestion des controverses pèseront également sur le choix des militants et sympathisants.

Les prochaines étapes à surveiller

Deux autres débats doivent encore avoir lieu avant le vote. Le prochain est annoncé le 1er octobre sur France 2 et France Inter. Un troisième rendez-vous est prévu le 4 octobre sur BFMTV.

Ces échéances permettront de voir si les candidats maintiennent leurs lignes actuelles ou cherchent à élargir leur audience. Le principal enjeu sera de savoir si la primaire produit une candidature capable de réunir les différentes composantes de la gauche sociale-démocrate.

Le premier tour des 9 et 10 octobre apportera une première réponse. Il dira surtout quelle stratégie convainc le plus : le rassemblement le plus large possible, y compris avec LFI, ou une offre clairement séparée de La France insoumise.

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