Primaire socialiste : les choix sur l’Ukraine et Gaza pourraient peser sur le vote des citoyens de gauche
Le premier débat de la primaire socialiste a exposé les divergences entre les cinq candidats sur l’Ukraine, Gaza, le pouvoir d’achat et les alliances à gauche. Ces fractures pourraient influencer la mobilisation des électeurs.

Le premier débat de la primaire socialiste a opposé cinq candidats sur la guerre en Ukraine, la situation à Gaza et les réponses au pouvoir d’achat. Ces désaccords donnent aux électeurs des repères pour comparer les lignes diplomatiques, sociales et économiques avant les deux tours du vote militant.
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Que retiendra un électeur de ce premier débat ? Moins les promesses sur le pouvoir d’achat que les fractures apparues sur l’Ukraine, Gaza et les alliances à gauche.
Mercredi 23 septembre 2026, cinq candidats à la primaire de la gauche sociale-démocrate se sont affrontés sur LCI : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Le vainqueur sera désigné par les militants lors de deux tours, les 9-10 puis les 16-17 octobre.
Ukraine : négocier ou renforcer le rapport de force ?
Le premier affrontement a porté sur la guerre en Ukraine. Ségolène Royal a défendu une ligne fondée sur deux leviers : soutenir militairement l’Ukraine et maintenir une possibilité de négociation avec la Russie.
« Il faut aider l’Ukraine à obtenir une paix juste et durable », a-t-elle déclaré. Mais elle a aussi dénoncé ceux qui, selon elle, refusent de parler de paix par peur d’être accusés de complaisance envers Vladimir Poutine.
Cette position vise les électeurs qui souhaitent une sortie diplomatique du conflit et redoutent une escalade militaire. Elle se heurte toutefois à une difficulté centrale : une négociation ne peut aboutir que si Moscou accepte d’y participer.
Raphaël Glucksmann a contesté cette approche. Selon lui, Vladimir Poutine « n’a aucune intention de négocier » avec les Européens. Le candidat de Place publique a appelé à « résister » et à aider les Ukrainiens, qu’il présente comme « notre première ligne de défense ».
Cette divergence oppose donc deux priorités. La première insiste sur la diplomatie et le risque d’un enlisement. La seconde considère que la paix dépend d’abord du rapport de force militaire. Jérôme Guedj a, lui aussi, reproché à Ségolène Royal un « flottement » sur cette question.
Le débat s’inscrit dans un contexte sensible pour l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007. En 2022, elle avait mis en doute la réalité de certains massacres attribués aux forces russes en Ukraine, avant de présenter des excuses. Elle réfute depuis les accusations de complaisance envers le Kremlin.
Gaza : la bataille du vocabulaire et de la responsabilité
Le conflit israélo-palestinien a constitué l’autre moment tendu de la soirée. Ségolène Royal a affirmé que la montée de l’antisémitisme en France n’était pas due à Israël, mais aux dirigeants actuels du pays.
Elle a aussi appelé à entendre davantage de voix israéliennes et juives dénonçant la situation à Gaza. Pour elle, ces prises de position pourraient contribuer à distinguer la critique du gouvernement israélien de la haine visant les Juifs.
Jérôme Guedj a jugé cette formulation problématique. Il lui a reproché de demander aux Juifs de se justifier au sujet de la politique du gouvernement israélien. Selon lui, cette approche risque d’essentialiser le conflit, c’est-à-dire d’attribuer une responsabilité collective à une population en raison de son origine ou de sa religion.
Raphaël Glucksmann a formulé une critique comparable. Il a estimé qu’un tel discours pouvait nourrir des amalgames antisémites. Il a évoqué le cas d’un père et de ses enfants insultés dans la rue en raison du port de la kippa.
Ségolène Royal a dénoncé des « caricatures » et des « procès d’intention ». Le désaccord ne porte donc pas seulement sur la situation à Gaza. Il concerne aussi la manière de lutter contre l’antisémitisme sans empêcher la critique de la politique menée par le gouvernement israélien.
Olivier Faure a adopté une ligne différente. Le premier secrétaire du Parti socialiste a défendu l’emploi du mot « génocide » pour qualifier la situation à Gaza. « Prononcer le mot de génocide, ça a un poids », a-t-il insisté, en citant la position du premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
Raphaël Glucksmann refuse cette qualification. Le terme « génocide » possède une portée juridique et historique précise. Son emploi suppose de caractériser une intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe protégé. Le débat politique ne peut donc pas se réduire à une formule destinée à frapper les esprits.
À l’inverse, les défenseurs de ce terme estiment qu’un vocabulaire plus fort permet de nommer la gravité des violences et d’accroître la pression internationale. Cette divergence reflète deux stratégies : privilégier la prudence juridique ou utiliser une qualification politique pour appeler à l’arrêt des opérations.
Pouvoir d’achat, retraites et dette : des désaccords plus concrets
Les candidats ont également confronté leurs propositions sur le prix des carburants. Ségolène Royal a défendu un plafonnement du litre d’essence à 1,70 euro jusqu’au 31 décembre, en s’inspirant du dispositif espagnol.
Une baisse générale bénéficierait à tous les automobilistes. Elle profiterait particulièrement aux habitants des zones rurales et périurbaines, souvent dépendants de leur voiture pour travailler ou accéder aux services publics.
Elle coûterait cependant cher aux finances publiques et aiderait aussi les ménages qui n’ont pas besoin d’un soutien. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure ont plutôt défendu des aides ciblées. Le premier a notamment proposé de tripler le chèque énergie. Le second a mis en avant une taxation des profits exceptionnels des groupes pétroliers.
Le choix oppose ici une mesure immédiate et universelle à un soutien concentré sur les ménages les plus exposés. Les automobilistes modestes demandent une réponse rapide. L’État doit, de son côté, arbitrer entre protection du pouvoir d’achat, coût budgétaire et transition énergétique.
Les retraites et la dette ont également révélé des différences de méthode. Les candidats partagent l’objectif de mieux rémunérer le travail et de soutenir le niveau de vie. Ils divergent davantage sur le financement et sur la répartition de l’effort entre salariés, entreprises et contribuables.
Une primaire encore fragile
Cette première confrontation intervient alors que la primaire cherche à mobiliser largement. Les organisateurs espèrent au moins 100 000 votants. Ce chiffre resterait très inférieur à celui de la primaire ayant désigné François Hollande en 2011, qui avait réuni entre 2,6 et 2,8 millions d’électeurs.
L’écart donne la mesure du défi. Une primaire mobilise seulement si les électeurs comprennent son utilité et identifient une véritable différence entre les candidats. Les échanges sur l’Ukraine, Gaza et le pouvoir d’achat ont montré que ces différences existent.
Mais elles peuvent aussi fragiliser le rassemblement après le vote. Le futur candidat devra réunir des sensibilités favorables à une ligne diplomatique et d’autres qui réclament un soutien militaire accru à l’Ukraine. Il devra également articuler critique du gouvernement israélien, lutte contre l’antisémitisme et défense des droits des Palestiniens.
Les prochaines étapes à surveiller
Le prochain enjeu sera la capacité des candidats à transformer ces affrontements en propositions précises. Les électeurs devront notamment comparer le financement des mesures sur les carburants, la stratégie concernant les retraites et la position internationale de chaque prétendant.
Le vote se déroulera les 9 et 10 octobre pour le premier tour, puis les 16 et 17 octobre pour le second. D’ici là, les prochains débats permettront de mesurer si les candidats durcissent leurs lignes ou recherchent déjà les compromis nécessaires à l’après-primaire.



