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ÉLECTIONS

Quand la peur de Mélenchon pousse la droite à envisager un vote utile et une primaire pour ne pas se saborder en 2027

David Lisnard assume une ligne radicale : s’il ne peut pas voter pour lui-même, il dit préférer n’importe quel candidat plutôt que Jean-Luc Mélenchon. Cette sortie relance le débat sur une primaire à droite avant la présidentielle de 2027.

Élu local anonyme de dos dans un couloir de mairie, carnet en main, avec la rue civique en arrière-plan.

Quand un candidat dit « tout sauf Mélenchon », il parle aussi à tous ceux qui n’ont pas encore choisi

À moins d’un an de la présidentielle, la question n’est pas seulement de savoir qui sera candidat. Elle est aussi de comprendre jusqu’où certains sont prêts à aller pour barrer la route à Jean-Luc Mélenchon, quitte à voter pour un adversaire politique habituellement jugé infréquentable.

David Lisnard, maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie, a choisi de rendre cette ligne très lisible. Il dit qu’en cas d’absence sur la ligne de départ, il préférerait voter pour « n’importe quel candidat », y compris un candidat du Rassemblement national ou du camp macroniste, plutôt que pour le leader de La France insoumise.

Une présidentielle encore ouverte, mais déjà structurée par les blocs

La prochaine élection présidentielle aura lieu en 2027. Le ministère de l’intérieur rappelle que ce scrutin se tient au suffrage universel direct à deux tours, pour un mandat de cinq ans. Les dates exactes du premier et du second tour relèvent d’un décret de convocation, pas d’une annonce politique.

Dans ce cadre, Lisnard se positionne comme une offre à droite, avec une idée fixe : une primaire qui irait du centre droit jusqu’aux droites plus radicales, afin d’éviter une nouvelle dispersion des candidatures. Son mouvement met lui-même en avant une ligne libérale, réformatrice et décentralisatrice, pensée pour la présidentielle de 2027.

Ce n’est pas un détail. Dans une présidentielle française, l’enjeu du premier tour reste central : chaque famille politique cherche à éviter l’éparpillement, car il peut empêcher l’accès au second tour. C’est précisément pour cette raison que les appels à la primaire réapparaissent régulièrement à droite comme à gauche.

Ce que dit Lisnard, et ce que cela change politiquement

En assumant qu’il pourrait voter pour « n’importe quel candidat » face à Mélenchon, Lisnard envoie un double signal. D’abord à son propre camp : le rejet du leader insoumis peut, selon lui, l’emporter sur les réflexes partisans. Ensuite aux électeurs modérés : la bataille de 2027 ne se jouera pas seulement sur les programmes, mais aussi sur la capacité à incarner un « barrage » jugé crédible par une partie de l’électorat.

Cette logique bénéficie aux candidats qui parlent d’ordre, de stabilité et d’alternance sans rupture brutale. Elle peut aussi servir le RN ou le camp présidentiel, au moins dans l’argumentation, puisqu’ils deviennent des options « utiles » dans un calcul de second tour. À l’inverse, elle fragilise l’idée d’un front cohérent à droite si chaque acteur privilégie son intérêt individuel à l’union.

Lisnard n’en est d’ailleurs pas à son premier coup de pression sur son propre espace politique. Il répète qu’en l’absence de primaire, certains mèneraient des « aventures individuelles » susceptibles de faire perdre la droite. Le message est clair : sans mécanisme commun, la course à l’Élysée peut se transformer en addition de candidatures faibles.

Face à lui, la gauche refuse de se laisser enfermer dans le duel Mélenchon contre ses adversaires

La stratégie de Lisnard repose sur une hypothèse : Mélenchon reste, pour une partie des électeurs de droite et du centre, le repoussoir principal. Mais cette lecture est loin de faire l’unanimité. À gauche, plusieurs responsables ont déjà rejeté l’idée d’une candidature unique derrière lui. François Hollande a dit qu’il ne voyait pas pourquoi Jean-Luc Mélenchon serait le candidat naturel de toute la gauche, tandis que Raphaël Glucksmann a affirmé qu’il n’y aurait pas de candidature commune avec lui.

Ce refus n’est pas seulement idéologique. Il est aussi électoral. Pour les socialistes, les écologistes ou Place publique, s’aligner derrière Mélenchon ferait courir le risque d’un effacement durable. Pour les insoumis, au contraire, l’addition des forces à gauche reste la meilleure chance d’exister au second tour. Chacun défend donc son intérêt, tout en parlant au nom du rassemblement.

Dans ce paysage, Lisnard mise sur une fracture durable entre une gauche jugée trop radicale et un bloc central ou de droite capable de faire barrage. C’est une ligne politiquement lisible, mais elle repose sur une condition : que les électeurs acceptent de voter utile avant de voter pour eux-mêmes. Or cette mécanique a ses limites, surtout quand l’offre politique est fragmentée et que plusieurs candidats visent le même espace.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera sur deux fronts. D’un côté, la capacité de Lisnard à transformer sa candidature en force réelle, avec des soutiens, des parrainages et une dynamique de terrain. De l’autre, l’éventuelle montée d’une offre commune à droite ou au centre droit, qui décidera si sa primaire devient une solution ou un slogan de plus.

Le vrai test viendra quand les autres prétendants clarifieront leur ligne. S’ils refusent toute primaire, Lisnard pourra dénoncer la dispersion. S’ils acceptent d’en discuter, il faudra alors trancher une question plus sensible encore : qui, dans cet espace politique, peut prétendre être le candidat « naturel » ?

En attendant, sa phrase dit beaucoup de la présidentielle qui se dessine : une campagne où le rejet d’un adversaire peut compter presque autant que l’adhésion à un projet. Et où, pour une partie de la droite, l’ennemi principal n’est pas seulement l’adversaire d’en face, mais aussi la perspective de repartir divisée.

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