Sans accord sur les règles, la primaire présidentielle peut-elle vraiment rassembler la droite et le centre ?
Édouard Philippe refuse la primaire proposée par Gabriel Attal, qu’il juge source de division et de confusion. Au-delà de leur rivalité, les deux responsables divergent sur le périmètre du rassemblement et sur la façon de choisir un candidat commun.

Édouard Philippe écarte une primaire défendue par Gabriel Attal pour désigner un candidat commun à la droite et au centre. Les deux responsables divergent sur la méthode, mais aussi sur les courants politiques à réunir. Sans accord sur les participants, les règles et le ralliement au vainqueur, un scrutin pourrait ne pas mettre fin à la dispersion des candidatures.
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Qui doit choisir le candidat de la droite et du centre : les électeurs lors d’une primaire, ou les prétendants entre eux ? Derrière cette querelle de méthode se joue aussi le choix politique proposé aux Français en 2027.
Une primaire pour départager qui, et sur quel projet ?
Une primaire est un vote organisé avant l’élection pour désigner un candidat commun. Elle peut réunir les seuls adhérents des partis ou s’ouvrir plus largement aux électeurs. Mais elle suppose un accord préalable : qui participe, selon quelles règles et avec quel engagement à soutenir le vainqueur ?
C’est précisément cet accord qui manque entre Édouard Philippe et Gabriel Attal. Le premier défend sa candidature sous les couleurs d’Horizons. Le second a relancé, mercredi 28 octobre, l’idée d’une primaire. Leurs désaccords portent autant sur la désignation que sur les frontières de leur rassemblement.
Dimanche 1er novembre 2026, au journal de 20 heures de TF1, le maire du Havre a de nouveau refusé cette perspective. « Je ne crois pas que cette primaire aura lieu », a-t-il déclaré. Il dénonce une « primaire de la division et de la confusion ».
Son argument : une compétition interne pousserait les candidats à souligner leurs différences, sans régler leurs divergences. Il oppose ainsi les « continuateurs du macronisme », catégorie dans laquelle il place Gabriel Attal, aux responsables qui ouvriraient la voie à « l’union des droites », comme Bruno Retailleau ou David Lisnard. Cette présentation reste celle du candidat Horizons, pas une définition consensuelle des camps.
Deux stratégies, deux manières de peser
Pour Édouard Philippe, refuser la primaire permet de conserver la maîtrise de sa candidature et de son calendrier. Sur le plan stratégique, il évite une nouvelle compétition susceptible de rebattre les cartes. En revanche, cette position lui impose d’expliquer comment obtenir un rassemblement sans vote commun.
Gabriel Attal défend la logique inverse. Une consultation lui offrirait une occasion de convaincre au-delà de Renaissance et de contester la prééminence de son rival. Elle donnerait aussi aux participants un pouvoir direct sur la désignation, plutôt que de laisser les seuls responsables négocier.
Dès le lundi 2 novembre, Gabriel Attal a réaffirmé sur TF1 qu’une primaire lui semblait inéluctable. Il présente la dispersion des candidatures comme le principal danger et invoque le risque d’un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est son argument électoral, non une issue acquise.
Le désaccord dépasse donc les ambitions personnelles. Philippe juge qu’un vote commun pourrait masquer des incompatibilités politiques. Attal estime que ces différences ne justifient pas de courir séparément. Chacun promet le rassemblement, mais aucun mécanisme partagé ne permet encore de le produire.
Le vrai obstacle : définir les frontières du rassemblement
La difficulté n’est pas nouvelle. En septembre, Édouard Philippe proposait déjà aux responsables du centre et de la droite de travailler sur leurs convergences et sur les législatives. Il envisageait un rendez-vous autour de la Toussaint. Autrement dit, il ne rejette pas les discussions entre partis, mais refuse la méthode de sélection proposée par son concurrent.
Bruno Retailleau avait alors refusé cette réunion, en revendiquant une candidature clairement située à droite. Ce désaccord sur le périmètre du rassemblement, documenté en septembre, montre la limite d’une simple négociation de calendrier : les candidats ne cherchent pas nécessairement à représenter le même électorat.
Pour les électeurs centristes, une alliance très large pose la question des compromis programmatiques. Pour ceux qui souhaitent une rupture à droite, elle soulève le problème inverse : quelle place laisser aux héritiers de la politique d’Emmanuel Macron ? Choisir un nom ne suffit pas à trancher ces orientations.
Les intérêts des partis diffèrent également. Une procédure commune peut offrir une tribune aux candidats moins installés. Mais les grandes organisations disposent de davantage de réseaux pour mobiliser. Les plus petites doivent donc arbitrer entre visibilité supplémentaire et risque d’effacement derrière le vainqueur.
Organiser un vote ne garantit pas l’unité
Les précédents montrent qu’une primaire peut mobiliser bien au-delà des militants. En novembre 2016, celle de la droite et du centre avait réuni 4 380 377 votants au second tour. François Fillon l’avait emporté avec 66,5 % des voix. Une telle participation donne une légitimité au gagnant, sans résoudre automatiquement les tensions politiques.
Encore faut-il financer et organiser la consultation. Bureaux de vote, bénévoles, inscriptions ou plateforme numérique : les choix pratiques déterminent aussi qui peut participer. Une analyse des primaires françaises publiée en 2022 souligne le poids des moyens militants et financiers dans ces arbitrages.
Cette analyse rappelle également l’importance de l’acceptation des règles. En 2022, plusieurs candidats de gauche avaient refusé de participer à la Primaire populaire. La consultation n’avait donc pas imposé son résultat à l’ensemble du camp. La leçon pour la droite et le centre est concrète : un scrutin ne crée pas, à lui seul, l’obligation de se rallier.
Les prochaines discussions devront préciser les règles
Le refus de Philippe ne clôt pas le débat. François Bayrou et David Lisnard soutiennent aussi une primaire, tandis que Bruno Retailleau pose des conditions sur son périmètre. Leurs positions empêchent de réduire la discussion à un duel entre Horizons et Renaissance.
Dans les prochaines semaines, l’enjeu sera donc de savoir si les partisans du vote proposent un dispositif précis : participants, électeurs admis et engagement des perdants. Philippe a, lui, renvoyé ses concurrents à leurs responsabilités en février 2027. Entre-temps, chaque proposition de rassemblement devra répondre à la même question : accord sur un candidat, ou accord sur une politique ?



