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ÉPHéMéRIDES ça s'est passé un ...

31 mai 1793: quand une foule armée força le Parlement à livrer ses élus et ouvrit la voie à la Terreur

Le 31 mai 1793, des milliers de sans-culottes encerclèrent la Convention nationale et réclamèrent la tête des députés girondins. Un coup de force qui annihila une faction entière et installa Robespierre au pouvoir.

Une assemblée encerclée. Des gardes nationaux en armes. Des élus contraints de voter sous la menace. Il ne s’agit pas d’un scénario hypothétique sur la fragilité des démocraties modernes, mais d’un épisode réel, survenu à Paris il y a 232 ans, un 31 mai 1793.

La Convention sous pression

Le printemps 1793 est catastrophique pour la jeune République française. Les armées révolutionnaires reculent sur tous les fronts. La Vendée s’embrase. L’inflation ronge les salaires des artisans et des ouvriers parisiens. Dans ce contexte de crise multiforme, deux factions s’affrontent à la Convention nationale, l’assemblée législative issue des élections de septembre 1792.

D’un côté, les Girondins, regroupés autour de Jacques Brissot et de Pierre Vergniaud, représentent la bourgeoisie provinciale et plaident pour une révolution ordonnée, décentralisée, respectueuse de la propriété. De l’autre, les Montagnards, emmenés par Robespierre et Marat, s’appuient sur les sections parisiennes de sans-culottes et poussent à l’approfondissement de la révolution sociale.

Les Girondins tiennent encore les leviers du gouvernement. Mais ils ont perdu la rue. Et à Paris en 1793, la rue, c’est le pouvoir.

Le coup de force du 31 mai

Ce jour-là, à l’appel des chefs montagnards, des milliers de sans-culottes guidés par les militants Jacques Roux et Jean Varlet encerclent physiquement la salle des séances. La Commune de Paris, acquise aux Montagnards, a mobilisé ses gardes nationaux. Le bâtiment est cerné par une foule en armes qui réclame l’arrestation immédiate de 22 chefs girondins, accusés de trahison, de complicité avec l’ennemi et de vouloir démembrer la République.

Les deputés de la Gironde tentent de sortir. Les canons les repoussent. La délégation qui s’avance vers la foule est contrainte de rebrousser chemin. L’assemblée vote sous la contrainte. Trois jours plus tard, le 2 juin, la pression redouble avec 80 000 Parisiens massés autour de la Convention. Cette fois, le sort est définitivement scellé : 22 députés girondins sont arrêtés et envoyés à la guillotine le 31 octobre suivant.

C’est, pour reprendre les termes des historiens, un coup d’État parlementaire accompli par la pression de la rue.

Ce que cet épisode révèle sur les mécanismes du pouvoir

L’épisode est riche d’enseignements sur la façon dont une démocratie peut basculer. Plusieurs mécanismes se combinent ici de façon presque didactique.

Premier mécanisme : la délégitimation par l’accusation. Avant même le coup de force physique, les Montagnards avaient travaillé à discréditer leurs adversaires. Les Girondins étaient présentés comme des « fédéralistes », accusés de vouloir morce­ler la France et livrer la République à ses ennemis. Des accusations non prouvées, mais efficaces dans le contexte de panique qui régnait alors.

Deuxième mécanisme : l’instrumentalisation de la crise. Les défaites militaires et la misère populaire ne sont pas causes directes du coup de force, mais elles en sont le carburant. Les Montagnards ont su transformer la détresse sociale en levier politique contre leurs adversaires au sein même de l’assemblée.

Troisième mécanisme : la neutralisation des contre-pouvoirs. Les Girondins avaient tenté de réagir en créant une Commission des Douze chargée d’enquêter sur les agitateurs des sections parisiennes. Cette commission fut rapidement supprimée sous la pression populaire. Sans instrument d’investigation indépendant, la majorité parlementaire se retrouva sans défense institutionnelle.

Une fracture Paris-provinces aux conséquences durables

Le coup de force du 31 mai ne fut pas accepté partout. Lyon, Bordeaux, Marseille et une grande partie du sud et du sud-ouest rompirent avec Paris dès juin 1793. C’est ce que les historiens nomment la « révolte fédéraliste ». Ces soulèvements furent durement réprimés à l’automne, illustrant l’autre versant du basculement : une fois les Girondins éliminés, la Montagne n’eut plus de frein interne.

La période qui s’ouvre est connue sous le nom de Grande Terreur. Entre septembre 1793 et juillet 1794, le Tribunal révolutionnaire envoie à l’échafaud plusieurs milliers de personnes. Robespierre lui-même finira guillotiné le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), dévoré par le système qu’il avait contribué à mettre en place.

Pourquoi cet épisode parle encore aujourd’hui

Le 31 mai 1793 n’est pas seulement une date de manuel scolaire. C’est un cas d’école sur la vulnérabilité des assemblées représentatives face à la pression des rues et aux coalitions internes qui savent l’utiliser. La question de la légitimité, ce jour-là, a été tranchée par la force, non par le vote.

Ce que la Révolution française a inventé, c’est aussi la possibilité de retourner les institutions contre elles-mêmes, en utilisant la logique démocratique (la souveraineté populaire, la volonté du peuple) pour vider la représentation nationale de son contenu. Une tension que les régimes démocratiques n’ont jamais tout à fait résolue.

À surveiller dans les prochaines semaines : le bicentenaire et trentième anniversaire de la Révolution nourrit régulièrement les débats académiques et politiques sur la légitimité des institutions. Plusieurs colloques universitaires programmés à l’automne 2025 devraient raviver ces discussions, notamment autour du rapport entre mobilisation populaire et ordre représentatif.

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