Aller au contenu
ÉPHéMéRIDES Ça s'est passé…

Le 3 juin 2014 : La réforme des régions de Hollande avait tout promis. Douze ans après, la carte se défait à nouveau

En juin 2014, François Hollande redessinait la France au crayon. Douze ans plus tard, l'Alsace sort du Grand Est par la loi, et Clément Beaune propose de supprimer trois départements franciliens. Le millefeuille territorial est toujours là.

C’était un crayon et une gomme. En juin 2014, François Hollande étale une carte de France sur la grande table de son bureau à l’Élysée. Il écoute, il tranche, il dessine. De 22 régions métropolitaines, il en fera 13. La réforme est présentée comme une révolution administrative. Douze ans plus tard, cette même carte recommence à bouger, mais pas tout à fait dans le sens prévu.

La promesse des économies, et la réalité des chiffres

L’ambition affichée en 2014 était triple : rationaliser le fonctionnement des collectivités, moderniser l’action publique et, surtout, réaliser des économies d’échelle. Le premier bilan chiffré du gouvernement de l’époque évoquait 2,4 milliards d’euros de gains liés à la simplification. Les critiques, eux, parlaient d’une réforme menée dans la précipitation, sans étude d’impact sérieuse ni concertation avec les élus locaux.

La réalité, une décennie plus tard, est moins flatteuse. Selon les données compilées par l’Observatoire Hexagone, il fallait en moyenne 4,7 années aux régions pour couvrir leur dette en 2014. En 2024, ce ratio s’est dégradé à 6,3 ans. La réforme, censée assainir les finances locales, n’a pas tenu cette promesse centrale.

Ce n’est pas faute d’avoir fusionné. De la Normandie réunifiée à la Nouvelle-Aquitaine XXL, les grandes régions existent bel et bien. Et sur un point précis, le rééquilibrage par rapport au poids écrasant de l’Île-de-France a fonctionné. Là où il fallait six régions avant 2015 pour égaler démographiquement l’Île-de-France, deux grandes régions y suffisent aujourd’hui. Mais des économies structurelles, il n’en est guère sorti.

L’Alsace, ou la première fissure dans la carte Hollande

La fissure la plus visible est alsacienne. Le 8 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 131 voix contre 100, une proposition de loi qui ouvre la voie à la sortie de l’Alsace de la région Grand Est. Le texte, porté par la députée macroniste Brigitte Klinkert et soutenu par le Rassemblement national et une partie de la gauche, vise à transformer la Collectivité européenne d’Alsace en une région de plein exercice, dotée à la fois des compétences départementales et régionales.

Ce vote n’a rien d’anodin. La fusion Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne dans le Grand Est avait été l’une des décisions les plus contestées de la réforme de 2014. Les Alsaciens, en particulier, n’avaient jamais accepté la dissolution d’une identité régionale parmi les plus affirmées de France. Dix ans de résistance institutionnelle ont finalement produit ce vote.

Reste que le chemin est encore long. Le texte doit être examiné par le Sénat, dont l’agenda est chargé. Et les présidents de régions, largement opposés au principe, ont sonné l’alarme dans une tribune commune, dénonçant une « faute institutionnelle, politique et historique ». Dix d’entre eux, dont le président du Grand Est Franck Leroy, ont averti que la logique du texte pourrait encourager d’autres territoires à revendiquer leur « sécession » à l’avenir.

Grand Paris : la note qui relance tout

Et puis, le 4 juin 2026, une note publiée par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan change d’échelle. Clément Beaune, ancien ministre des Transports devenu Haut-commissaire au Plan, propose ni plus ni moins que de supprimer les trois départements de la petite couronne parisienne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) pour les fusionner avec Paris en une collectivité unique baptisée « Ville du Grand Paris ».

Le constat de départ est partagé par beaucoup. L’organisation administrative de l’agglomération parisienne est devenue, selon les mots mêmes du rapport, d’une « complexité baroque ». La Métropole du Grand Paris, créée en 2016 dans le sillage de la loi Maptam, réunit 130 communes et 7,2 millions d’habitants, mais peine à coordonner l’action publique et n’a pas corrigé le creusement des inégalités entre ses territoires, comme le pointait déjà la Cour des comptes en 2023.

La solution proposée est radicale. Environ 40 districts assureraient la proximité. La Ville du Grand Paris, forte de près de 7 millions d’habitants, concentrerait les compétences stratégiques. Le modèle revendiqué est celui de la Ville de Paris actuelle, ou de la métropole de Lyon.

Ce n’est encore qu’une note de réflexion, sans traduction législative immédiate. Mais son timing, au lendemain du vote alsacien, dit quelque chose : le sujet de la réorganisation territoriale de la France est de retour sur la table, par fragments et par pression des faits.

Le millefeuille, toujours là

La loi NOTRe de 2015, complément de la réforme Hollande, avait tenté de clarifier les compétences entre communes, intercommunalités, départements et régions. Le résultat est plus nuancé que prévu. Le nombre d’échelons, lui, n’a pas fondamentalement changé. Et les finances des collectivités restent sous pression : en 2024, quatorze d’entre elles étaient dans le rouge. Le gouvernement Bayrou a annoncé un soutien exceptionnel de 300 millions d’euros pour les départements les plus en difficulté, tout en régulant les financements de l’État aux collectivités.

Les critiques de 2014 n’avaient pas tort sur un point. Fusions et découpages ne règlent pas, seuls, les problèmes de fond : la répartition des ressources fiscales, la clarification réelle des compétences et la place accordée aux citoyens dans les décisions d’organisation. Une proposition de loi transpartisane était arrivée à l’Assemblée nationale début 2026 avec l’ambition de créer des collectivités uniques dans le péri

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.