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INTERNATIONAL Israël s’invite dans la bataille du RN

Bardella face aux accusations d’antisémitisme : le soutien israélien relance le débat sur la stratégie du RN

Accusé d’avoir tenu des propos antisémites en 2013, Jordan Bardella reçoit le soutien d’un ministre israélien. Cette intervention ravive les interrogations sur la normalisation du RN et ses relations internationales.

Mémorial du festival Nova en bord de route, avec panneaux, rubans, photos déposées au sol et terrain ouvert en arrière-plan.
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En bref

Jordan Bardella conteste des messages antisémites qui lui sont attribués et annonce une plainte en diffamation. Le ministre israélien Amichaï Chikli le défend en mettant en avant son soutien à Israël et son opposition au Hamas. Cette prise de position relance le débat sur la normalisation du RN et ses alliances internationales.

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Quand une accusation d’antisémitisme vise le président d’un grand parti français, une question dépasse la polémique personnelle : qui peut encore se prévaloir d’une lutte crédible contre la haine des juifs ? La réponse donnée à Jordan Bardella est venue d’Israël, en pleine crise politique pour le Rassemblement national.

Une polémique née de messages attribués à Jordan Bardella

Le débat porte sur des échanges privés datant de 2013. À cette époque, Jordan Bardella était un jeune militant du Front national. Il avait 17 ans et se trouvait au début de son parcours politique.

Le site d’investigation Mediapart affirme avoir authentifié plusieurs conversations contenant des propos antisémites et complotistes. Le président du RN conteste formellement leur attribution et dénonce une opération destinée à détruire sa carrière.

Jordan Bardella a annoncé son intention de déposer plainte en diffamation. Il affirme que les messages publiés sont des « faux grossiers ». Le dossier n’est donc pas tranché sur le plan judiciaire. Pour l’instant, deux récits s’opposent : celui d’une enquête fondée sur des échanges authentifiés et celui d’une manipulation politique.

La polémique intervient alors que Jordan Bardella est présenté par Marine Le Pen comme son futur Premier ministre en cas de victoire du Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027. Les accusations prennent donc une dimension nationale. Elles touchent aussi la stratégie de normalisation du parti.

Le soutien public d’un ministre israélien

Mardi 29 septembre 2026, Amichaï Chikli a pris la défense du président du RN. Le ministre israélien chargé de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme a écrit que Jordan Bardella était « l’une des voix les plus claires en Europe contre le Hamas ».

Amichaï Chikli a également rappelé la visite de Jordan Bardella en Israël. Le responsable français s’était rendu sur le site du festival Nova, attaqué lors de l’offensive du 7 octobre 2023. Il avait aussi visité des communautés proches de la bande de Gaza et rencontré des survivants.

Le ministre israélien a enfin mentionné une prise de parole de Jordan Bardella à Jérusalem contre l’antisémitisme. Il a publié une photographie montrant les deux hommes se serrant la main sur le site du festival.

Cette intervention n’est pas isolée. Amichaï Chikli entretient depuis plusieurs années des relations avec des responsables européens de la droite radicale. En 2024, il avait déjà affiché son soutien à Jordan Bardella et estimé que l’élection de Marine Le Pen pourrait être favorable à Israël.

Cette proximité donne un poids politique particulier à sa déclaration. Le ministre ne parle pas seulement comme un observateur étranger. Il défend un partenaire politique rencontré lors d’une visite officielle et idéologique.

Une réponse qui déplace le débat

Pour défendre Jordan Bardella, Amichaï Chikli ne répond pas directement aux accusations portant sur les messages de 2013. Il met en avant les positions publiques du président du RN après les attaques du Hamas.

Le raisonnement repose sur une distinction importante. Une personnalité peut afficher une ligne ferme contre le Hamas et soutenir Israël tout en étant accusée de propos antisémites passés. Ces deux questions ne se confondent pas.

La lutte contre l’antisémitisme concerne les actes et les paroles visant les juifs. Le soutien à Israël relève d’une position internationale. L’un ne prouve pas automatiquement l’autre. C’est précisément ce point que soulèvent les critiques de la défense apportée à Jordan Bardella.

Amichaï Chikli s’en est aussi pris à Carine Fouteau, la directrice de Mediapart. Il lui reproche de qualifier Israël d’État colonial et de réclamer des sanctions pour génocide à Gaza. Cette attaque élargit la polémique à la guerre menée dans l’enclave palestinienne.

Or, les deux sujets ne sont pas juridiquement liés. Les accusations contre Jordan Bardella portent sur des échanges anciens. Les critiques de la politique israélienne concernent les opérations militaires conduites à Gaza depuis octobre 2023. Les réunir permet de déplacer la discussion vers la légitimité politique du média qui publie l’enquête.

Des intérêts politiques qui se croisent

Le soutien du ministre israélien répond à plusieurs intérêts. Pour Jordan Bardella, il permet de rappeler son soutien à Israël et son opposition au Hamas. Cette ligne est devenue un axe important de la stratégie du RN depuis les attaques du 7 octobre.

Pour Amichaï Chikli, la défense du dirigeant français renforce ses liens avec une force politique susceptible d’exercer le pouvoir en France. Elle s’inscrit aussi dans sa propre bataille contre les critiques internationales visant le gouvernement israélien.

Pour le RN, cette prise de position vient contrebalancer les accusations sur son héritage politique. Le parti cherche depuis plusieurs années à convaincre qu’il a rompu avec l’antisémitisme historique d’une partie de l’extrême droite française.

La contrepartie est immédiate. L’intervention d’un ministre israélien peut aussi nourrir les critiques de ceux qui dénoncent une alliance entre responsables nationalistes européens et gouvernement israélien. Elle donne aux adversaires du RN un nouvel argument sur la dimension internationale de cette stratégie.

Le contexte israélien compte également. Amichaï Chikli appartient à l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire du pays. Il est régulièrement critiqué pour ses positions sur Gaza et pour ses liens avec des mouvements nationalistes européens.

Une analyse publiée par Le Monde sur le rôle d’Amichaï Chikli auprès des partis européens souligne cette stratégie de rapprochement. Ses invitations et ses prises de parole servent à construire un réseau politique favorable à Israël sur le continent.

Une polémique loin d’être refermée

Du côté du RN, Marine Le Pen a dénoncé une « manipulation ». Plusieurs responsables du parti ont fait bloc autour de Jordan Bardella. Ils présentent les accusations comme une attaque contre leur candidat potentiel pour 2027.

À l’inverse, des responsables politiques français et des organisations représentatives des institutions juives ont exprimé leur inquiétude face aux propos attribués au président du RN. Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, s’est dit stupéfait par la violence des commentaires rapportés.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également rappelé que l’antisémitisme appartient à l’histoire du Rassemblement national. Cette réaction renvoie au passé du parti, fondé en 1972 sous le nom de Front national par Jean-Marie Le Pen et plusieurs anciens militants de l’extrême droite.

La question centrale devient donc celle de la crédibilité. Les positions actuelles de Jordan Bardella suffisent-elles à effacer des propos anciens s’ils sont authentifiés ? Ou faut-il considérer qu’un adolescent devenu responsable politique peut avoir changé, à condition de reconnaître les faits et de les condamner clairement ?

La réponse dépendra d’abord des éléments matériels produits par les protagonistes. Elle dépendra aussi de la plainte annoncée et de la capacité du RN à répondre précisément aux accusations, plutôt qu’à contester uniquement les intentions de ceux qui les formulent.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Dans les prochains jours, l’attention se concentrera sur trois éléments. Le premier sera le dépôt effectif de la plainte de Jordan Bardella. Le deuxième concernera les documents que Mediapart pourrait publier pour étayer son enquête. Le troisième portera sur les réactions des partenaires européens et israéliens du RN.

La polémique pourrait aussi s’inviter dans la préparation de la présidentielle de 2027. Elle pose déjà une question stratégique au Rassemblement national : peut-il se présenter comme un parti de défense d’Israël et de lutte contre l’antisémitisme tout en évitant d’expliquer son passé et celui de certains de ses cadres ?

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