Réseaux sociaux et démocratie : les choix de Macron en Espagne auront-ils un effet concret pour les citoyens européens ?
À Madrid, Emmanuel Macron défend une Europe plus efficace face à la défiance démocratique et aux réseaux sociaux. Sa visite est toutefois marquée par le rejet espagnol du traité d’amitié franco-espagnol.

À Madrid, Emmanuel Macron lie la défiance démocratique aux difficultés économiques, à la complexité des décisions et à l’influence des algorithmes. Il défend une action européenne pour mieux encadrer les réseaux sociaux, notamment chez les moins de 15 ans. La visite est aussi fragilisée par le rejet du traité d’amitié franco-espagnol par le Sénat espagnol.
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Pourquoi les démocraties européennes donnent-elles parfois le sentiment de ne plus répondre aux problèmes quotidiens ? À Madrid, Emmanuel Macron a défendu une réponse fondée sur une Europe plus efficace, plus protectrice et davantage capable de reprendre la main sur les grandes plateformes numériques.
Une visite d’État placée sous le signe de l’Europe
Le président français a entamé, mardi 29 septembre 2026, une visite d’État de deux jours en Espagne. Il a été accueilli à Madrid par le roi Felipe VI, la reine Letizia et le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.
La cérémonie officielle s’est déroulée au palais royal, avec escorte équestre, fanfare militaire et coups de canon. Le soir, Emmanuel Macron et son épouse, Brigitte Macron, ont participé à un dîner de gala avec la famille royale espagnole.
Au-delà du protocole, ce déplacement vise à renforcer une relation bilatérale déjà étroite. Il intervient toutefois dans un contexte politique délicat pour les deux dirigeants. En France comme en Espagne, les gouvernements doivent composer avec une défiance croissante, des oppositions plus fragmentées et la progression de forces politiques contestant le fonctionnement traditionnel des institutions.
La visite intervient aussi alors que Paris et Madrid cherchent à coordonner leurs positions sur le budget européen, l’investissement et la défense. La France souhaite notamment convaincre plusieurs partenaires de soutenir une hausse des moyens de l’Union européenne et la possibilité de recourir à l’emprunt commun.
La « fatigue démocratique » selon Emmanuel Macron
Lors d’un débat organisé à l’Université Complutense de Madrid, Emmanuel Macron a livré son diagnostic sur la crise démocratique européenne. Selon lui, cette crise trouve d’abord ses racines dans la désindustrialisation.
Le président français estime que les économies européennes n’ont pas tenu la promesse d’une amélioration continue du niveau de vie. Lorsque les emplois industriels disparaissent, que les territoires se sentent relégués et que les services publics reculent, la confiance dans les institutions s’érode.
Emmanuel Macron a ensuite évoqué une « crise démographique ». Le vieillissement de la population et le manque de main-d’œuvre ont conduit les pays européens à recourir davantage à l’immigration. Cette évolution a, selon lui, bousculé les équilibres sociaux et le consensus politique.
Le chef de l’État a également parlé d’une « crise d’efficacité ». Les décisions européennes nécessitent souvent de longues négociations entre États, institutions et parlements. Cette complexité peut donner l’impression que les gouvernements ne contrôlent plus les événements.
Dans ce contexte, les formations populistes ou radicales peuvent apparaître plus rapides. Elles proposent des réponses simples à des problèmes complexes. Pour Emmanuel Macron, cette promesse de rapidité nourrit une fascination pour les régimes autoritaires, présentés comme plus capables de décider.
Ce diagnostic ne fait cependant pas l’unanimité. Les critiques de la politique européenne soulignent que la lenteur des décisions ne vient pas seulement des contre-pouvoirs. Elle résulte aussi de choix politiques contestés, de compromis économiques et de priorités parfois éloignées des préoccupations sociales.
Reprendre le contrôle des réseaux sociaux
Le président français a fait des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle un autre axe de son intervention. Il accuse les algorithmes, souvent difficiles à comprendre pour les utilisateurs et les autorités, d’amplifier les tensions et la diffusion de contenus polarisants.
Son objectif est de renforcer le contrôle public et européen sur ces technologies. Emmanuel Macron veut notamment faire de la protection des mineurs une priorité commune. Il défend une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans en France. Pedro Sánchez soutient une mesure comparable, avec un seuil fixé à 16 ans en Espagne.
Cette question touche directement les familles. Elle concerne aussi les établissements scolaires, les plateformes et les autorités chargées de faire respecter la règle. Les entreprises du numérique seraient les premières à devoir vérifier l’âge des utilisateurs et à modifier leurs pratiques.
Mais l’application d’une telle interdiction pose plusieurs difficultés. Le contrôle de l’âge peut impliquer la collecte de données personnelles. Les adolescents peuvent aussi contourner les restrictions en utilisant de fausses informations ou des comptes appartenant à d’autres personnes.
Le sujet est donc à la fois politique, technique et juridique. Une règle nationale pourrait rester limitée si les plateformes opèrent depuis plusieurs pays. C’est pourquoi Emmanuel Macron parle d’une « bataille européenne ». Une action commune donnerait davantage de poids aux autorités face aux grandes entreprises technologiques.
Le traité franco-espagnol fragilisé par le Sénat
La visite d’État a toutefois été assombrie par le rejet, mardi soir, du traité d’amitié et de coopération entre la France et l’Espagne. Le texte avait été signé à Barcelone en janvier 2023 par Emmanuel Macron et Pedro Sánchez.
Le compte rendu officiel des débats du Sénat espagnol montre que le texte suscite des objections liées à la possibilité d’associer des responsables étrangers à certaines réunions préparatoires du Conseil des ministres espagnol.
La majorité de droite du Sénat a rejeté la ratification par 142 voix contre 106, avec une abstention. Le Parti populaire, qui contrôle la chambre haute, a mené l’opposition au texte. Ses élus contestent notamment la portée institutionnelle de certaines dispositions.
Le gouvernement de Pedro Sánchez défend au contraire un accord destiné à renforcer la coopération entre les deux pays. Le traité prévoit des échanges plus réguliers entre gouvernements et une coordination accrue sur les dossiers européens. Le cadre diplomatique du traité franco-espagnol repose notamment sur la coopération politique, économique et culturelle.
Le texte avait déjà connu plusieurs blocages parlementaires. Le Tribunal constitutionnel espagnol avait finalement estimé qu’il ne contredisait pas la Constitution. Cette décision avait rouvert la voie à sa ratification, mais le vote du Sénat relance l’incertitude.
Pour Pedro Sánchez, l’accord représente un outil de rapprochement avec la France et un moyen de peser davantage dans l’Union européenne. Pour le Parti populaire, il soulève des questions de souveraineté et de contrôle parlementaire. Les deux positions ne répondent donc pas aux mêmes intérêts : l’exécutif privilégie la coordination internationale, tandis que l’opposition met en avant le rôle des institutions espagnoles.
Une relation solide, mais soumise aux politiques nationales
Emmanuel Macron et Pedro Sánchez partagent une orientation pro-européenne. Pourtant, leur relation politique n’a jamais été particulièrement étroite. Les deux dirigeants coopèrent sur plusieurs dossiers, mais leurs intérêts intérieurs diffèrent.
Le président français cherche à défendre une Europe capable d’investir, de protéger ses industries et de réduire ses dépendances stratégiques. Le chef du gouvernement espagnol doit, lui, préserver sa majorité et composer avec une opposition parlementaire déterminée à bloquer certains accords internationaux.
La coopération franco-espagnole peut donc progresser dans l’économie, la défense ou l’énergie sans effacer les désaccords institutionnels. Les grandes entreprises peuvent bénéficier de forums communs et de contrats transfrontaliers. Les collectivités et les citoyens attendent surtout des effets concrets sur l’emploi, les transports, les prix et la sécurité numérique.
Les prochaines étapes à surveiller
La journée du mercredi 30 septembre doit être consacrée au forum économique franco-espagnol, puis à une rencontre entre Emmanuel Macron et Pedro Sánchez au palais de la Moncloa. Une conférence de presse commune est également prévue.
Le contenu de ces échanges permettra de mesurer la capacité des deux gouvernements à maintenir une ligne commune malgré le revers parlementaire. Il faudra aussi suivre les suites juridiques et politiques du traité d’amitié, ainsi que les discussions européennes sur le budget, l’investissement commun et la régulation des réseaux sociaux.



