En Argentine, la baisse de l’inflation de Milei peut-elle compenser le coût social de son austérité ?
En visite à Paris pour attirer les investisseurs, Javier Milei défend ses résultats économiques. Mais la remontée de la pauvreté et les critiques sur ses réformes assombrissent son opération de séduction européenne.

En visite en France, Javier Milei cherche à attirer des capitaux européens pour consolider la stabilisation économique de l’Argentine. Son gouvernement revendique une forte baisse de l’inflation et des dépenses publiques, mais la pauvreté a atteint 32,3 % au premier semestre 2026. Cette contradiction nourrit la contestation et fragilise son discours auprès des citoyens.
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Que gagne l’Argentine quand son président vient chercher des investisseurs en Europe, alors qu’une partie de sa population voit son niveau de vie reculer ? La visite de Javier Milei en France met face à face deux réalités : une stabilisation économique mise en avant par le pouvoir et une austérité qui alimente la contestation.
Une visite tournée vers les investisseurs
Javier Milei est arrivé en France mercredi 30 septembre 2026. Il doit rester à Paris jusqu’à la fin de la semaine. Son déplacement vise notamment à présenter l’Argentine aux entreprises et aux investisseurs européens.
Le président argentin participe à l’Argentina Week, un forum consacré à l’attractivité économique de son pays. Il doit aussi rencontrer Emmanuel Macron à l’Élysée et recevoir vendredi un prix du Paris Economic Forum.
Pour Buenos Aires, l’objectif est clair : attirer des capitaux étrangers. L’Argentine a besoin de dollars, d’investissements et de nouvelles activités pour consolider la baisse de l’inflation et relancer durablement son économie.
La France connaît déjà plusieurs dossiers de coopération avec l’Argentine, notamment dans les secteurs de l’énergie, des métaux critiques, du nucléaire, du spatial et de l’intelligence artificielle. Les relations entre les deux pays restent toutefois marquées par des désaccords, en particulier sur l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur.
Emmanuel Macron avait rappelé, lors de sa visite en Argentine en novembre 2024, que la France ne soutenait pas le texte « en l’état ». Paris redoute notamment ses conséquences pour l’agriculture européenne et demande des garanties supplémentaires sur les normes environnementales et sanitaires.
Des résultats économiques, mais une facture sociale
Javier Milei a été élu à la fin de 2023 avec la promesse de réduire fortement les dépenses publiques. Son symbole de campagne était une tronçonneuse, censée représenter les coupes budgétaires nécessaires selon lui pour sortir l’Argentine de sa crise chronique.
Depuis son arrivée au pouvoir, son gouvernement a supprimé des postes de fonctionnaires, réduit les dépenses de l’État, restreint certains programmes publics et engagé la privatisation de plusieurs activités. Le nombre de ministères a également été divisé par deux.
Le premier résultat mis en avant par le pouvoir concerne l’inflation. Elle dépassait 200 % sur un an lorsque Javier Milei a pris ses fonctions. Elle se situe désormais autour de 30 % selon les données reprises dans le débat public, même si les prix continuent d’augmenter fortement au quotidien.
La stabilisation budgétaire constitue un autre argument central. Javier Milei affirme que les dépenses publiques ont diminué de 30 % en termes réels, c’est-à-dire après prise en compte de l’inflation. Cette politique a contribué à rétablir les comptes publics, mais elle a aussi réduit les revenus disponibles de nombreux ménages.
Les effets sont très différents selon les acteurs. Les entreprises et les investisseurs peuvent bénéficier d’un environnement monétaire plus prévisible. En revanche, les retraités, les fonctionnaires, les bénéficiaires d’aides sociales et les salariés exposés à la baisse de la consommation ont subi plus directement les coupes budgétaires.
La pauvreté repart à la hausse
La baisse de l’inflation ne signifie donc pas automatiquement une amélioration du niveau de vie. Les revenus peuvent continuer à perdre du terrain lorsque les salaires et les prestations augmentent moins vite que les prix.
Selon les données officielles publiées pour le premier semestre 2026, la pauvreté a atteint 32,3 % de la population argentine. Elle était de 28,2 % au second semestre 2025. Cette remontée interrompt le recul enregistré après le choc social du début du mandat.
Les associations et les chercheurs cités dans le débat argentin décrivent une pression accrue sur les cantines populaires, les familles modestes et les classes moyennes. La consommation reste fragilisée. L’emploi industriel et les petites entreprises sont également touchés par la contraction de la demande.
Cette situation complique le message adressé aux investisseurs. Une économie peut afficher des comptes publics assainis tout en restant socialement instable. Or les entreprises recherchent aussi une main-d’œuvre qualifiée, un marché intérieur solide et un cadre politique prévisible.
Pour le gouvernement, l’argument est inverse : l’austérité doit permettre de créer les conditions d’une reprise future. La baisse de l’inflation et le retour à l’équilibre budgétaire sont présentés comme des étapes nécessaires avant une amélioration plus large.
À Paris, des opposants dénoncent une politique de rupture
La venue de Javier Milei ne se déroule pas sans contestation. Un rassemblement est prévu jeudi soir devant l’ambassade d’Argentine à Paris. Des Argentins installés en France, des militants des droits humains, des défenseurs de l’environnement et des représentants syndicaux critiquent la politique du président.
Ils dénoncent le démantèlement de services publics, la baisse du pouvoir d’achat, le recul de certaines protections sociales et l’affaiblissement du rôle de l’État. Ils s’inquiètent aussi de l’usage croissant des technologies de surveillance et de l’évolution de la liberté de la presse.
Les critiques portent également sur la politique environnementale. Les opposants reprochent au gouvernement de privilégier l’exploitation des ressources naturelles et l’attractivité économique, au risque d’affaiblir les protections écologiques et les droits des populations concernées.
Cette contestation ne résume toutefois pas toute la société argentine. Javier Milei conserve une base électorale importante. Son parti a remporté les élections législatives de 2025, dans un contexte politique marqué par le rejet des formations traditionnelles et l’attente de résultats rapides.
Le soutien des États-Unis et de Donald Trump a aussi renforcé sa position internationale. Pour ses partisans, cette proximité facilite l’accès aux financements et donne à l’Argentine un partenaire puissant. Pour ses adversaires, elle traduit une dépendance accrue et un alignement diplomatique trop marqué.
Le style Milei, un atout politique devenu un risque diplomatique
Le président argentin ne défend pas seulement une politique économique. Il porte également un style très conflictuel. Ses déclarations contre les institutions internationales, les syndicats, les médias ou ses adversaires politiques provoquent régulièrement des réactions.
Le 23 septembre 2026, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Javier Milei a qualifié l’ONU d’« organisation inutile » servant à « nourrir une caste de parasites ». Cette attaque illustre sa méthode : désigner des responsables, dénoncer les élites et présenter les institutions comme des obstacles au changement.
Cette stratégie peut mobiliser son électorat. Elle permet aussi de maintenir une forte visibilité médiatique. En revanche, elle peut compliquer la construction d’alliances et inquiéter les gouvernements ou les entreprises qui recherchent de la stabilité.
La France devra donc trouver un équilibre. Elle peut chercher à développer ses relations économiques avec l’Argentine tout en restant attentive aux conséquences sociales, environnementales et démocratiques des réformes engagées.
Les prochaines échéances à surveiller
Dans les prochaines semaines, l’enjeu principal sera de savoir si l’Argentina Week débouche sur des engagements concrets ou reste une opération de communication. Les annonces d’investissements, les accords sectoriels et les conditions proposées aux entreprises donneront une première indication.
Il faudra aussi suivre l’évolution de la pauvreté, de la consommation et de l’emploi. La baisse de l’inflation constitue un succès important pour le gouvernement. Mais elle ne suffira pas à garantir son ancrage politique si les ménages ne constatent pas d’amélioration dans leur vie quotidienne.
Enfin, les débats européens sur le Mercosur continueront de peser sur la relation franco-argentine. Pour Javier Milei, l’accès aux marchés européens représente une opportunité. Pour la France, il reste lié à la protection de son agriculture et au respect des engagements environnementaux.



