Double séisme au Venezuela : 235 morts, un pays déjà en crise confronté à une catastrophe sans précédent depuis un siècle
Deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 ont frappé le Venezuela le 24 juin, faisant au moins 235 morts. La France envoie 85 secouristes. Le pays, fragilisé par des années de crise, fait face à un bilan qui pourrait s'alourdir considérablement.

Comment organiser les secours quand les hôpitaux sont déjà à genoux, les réseaux sociaux bloqués et l’aéroport international fermé ? C’est l’équation impossible que tente de résoudre le Venezuela depuis mercredi soir, frappé par le séisme le plus violent qu’ait connu le pays depuis plus d’un siècle.
Le 24 juin 2026, à 18 h 04 heure locale, une première secousse de magnitude 7,2 a frappé la région de San Felipe, dans l’État de Yaracuy, à environ 200 kilomètres à l’ouest de Caracas. Trente-neuf secondes plus tard, avant même que le sol ne se soit stabilisé, un second séisme de magnitude 7,5 a secoué la même zone. Ce phénomène rare, appelé « doublet sismique », s’explique par l’affrontement entre les plaques tectoniques caraïbe et sud-américaine, à l’intersection desquelles se situe le Venezuela. Le bilan provisoire, communiqué jeudi soir par le ministre de la Santé Carlos Alvarado, s’établit à 235 morts et plus de 1 520 blessés. Plus de 60 000 personnes sont portées disparues.
Un pays paralysé, des secours entravés
La région de La Guaira, sur la côte caribéenne à 40 minutes au nord de Caracas, a été déclarée « zone sinistrée ». C’est là que les dégâts sont les plus spectaculaires : des dizaines d’immeubles résidentiels se sont effondrés, ensevelissant des familles entières. L’aéroport international de Maiquetía, principal point d’entrée du pays, est fermé en raison de dommages structurels graves. Le métro de Caracas et les services ferroviaires sont suspendus. Le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello a ordonné la coupure de l’alimentation en gaz pour prévenir les explosions.
Sur le terrain, les habitants tentent eux-mêmes de retrouver leurs proches, souvent à mains nues.
Des scènes de pillage ont été constatées à Catia La Mar par des équipes de l’AFP. Des coupures d’électricité touchent de larges zones. Jeudi matin, quasiment aucun commerce n’était ouvert à Caracas, où des milliers d’habitants fuyaient les immeubles fragilisés. La présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui exerce le pouvoir depuis le 5 janvier 2026 après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, a décrété l’état d’urgence et suspendu les cours, certaines écoles étant réquisitionnées comme abris.
La France mobilise 85 secouristes
La solidarité internationale s’est rapidement organisée. Le président Emmanuel Macron a annoncé l’envoi immédiat d’une équipe de 85 secouristes français spécialisés en sauvetage-déblaiement. Le Quai d’Orsay a précisé que l’ambassade de France à Caracas avait subi des dégâts matériels, tout en indiquant que l’ensemble du personnel était en sécurité. Aucune victime française n’a été signalée à ce stade.
Les États-Unis, qui entretiennent avec le Venezuela des relations normalisées depuis mars 2026, ont débloqué 150 millions de dollars d’aide et déployé deux navires militaires, des avions et des hélicoptères. Un général des Marines est arrivé à Caracas pour coordonner les opérations. L’Union européenne a activé le système satellitaire Copernicus, tandis que la Suisse a mobilisé 80 sauveteurs et 18 tonnes de matériel. La Chine, l’Inde, l’Iran, le Brésil, l’Argentine et de nombreux pays européens ont proposé leur aide.
Un système de santé déjà dégradé
Le séisme frappe un pays dont les infrastructures sont profondément fragilisées par des années de crise économique et politique. Avant même la catastrophe, près de huit millions de Vénézuéliens avaient besoin d’une aide humanitaire, selon les Nations unies. Le système de santé, déjà dégradé sous le régime de Maduro, doit absorber un afflux massif de blessés avec des moyens limités. Des patients ont été évacués d’hôpitaux endommagés, certains allongés à même le sol dans les cours extérieures.
Le Service géologique des États-Unis (USGS) a émis une alerte rouge, un niveau réservé à une ou deux catastrophes par an dans le monde. Ses modèles estiment à 44 % la probabilité que le nombre final de victimes se situe entre 10 000 et 100 000, et à 30 % la probabilité qu’il dépasse les 100 000. Le bilan actuel de 235 morts est donc très vraisemblablement provisoire.
L’ONU réclame le déblocage des réseaux sociaux
La catastrophe a mis en lumière une autre fragilité : le contrôle de l’information. La Mission d’établissement des faits de l’ONU sur le Venezuela a demandé aux autorités de débloquer « immédiatement » l’accès aux réseaux sociaux et aux médias. Plus de 200 domaines internet sont actuellement bloqués par les fournisseurs d’accès du pays, selon l’ONG Venezuela Sin Filtro. Reporters sans frontières classe le Venezuela au 159e rang mondial pour la liberté de la presse.
Sans sources d’information fiables, la désinformation prolifère. À Caracas, des rumeurs sur un tsunami imminent ou une semaine de répliques circulent, poussant des habitants à fuir sans repère. Pour l’ONU, l’enjeu est vital : dans les prochaines heures, l’accès à l’information sera une question de vie ou de mort pour les sinistrés encore piégés sous les décombres.
Un test pour le gouvernement intérimaire
Pour Delcy Rodriguez, cette catastrophe constitue une épreuve politique majeure. Arrivée au pouvoir dans des circonstances exceptionnelles, après l’opération militaire américaine qui a conduit à la capture de Maduro en janvier 2026, la présidente par intérim dirige un pays encore sous forte pression de Washington. La normalisation diplomatique avec les États-Unis, obtenue en mars, se concrétise dans l’urgence : les Marines américains débarquent à Caracas, cette fois pour porter secours.
Reste que la capacité de réponse du gouvernement vénézuélien est mise à rude épreuve. Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, a appelé à un « effort collectif massif ». Les prochains jours diront si l’aide internationale parvient à atteindre les zones les plus touchées, alors que plus de trente répliques ont déjà été enregistrées et que les structures fragilisées menacent de s’effondrer à tout moment.



