Cour suprême des États-Unis : 350 000 Haïtiens perdent leur protection contre l’expulsion, un million de personnes menacées
La Cour suprême américaine a autorisé l'administration Trump à révoquer le statut de protection temporaire de 350 000 Haïtiens. Une décision aux conséquences potentiellement dramatiques, rendue alors qu'Haïti reste en proie au chaos sécuritaire.

Mercredi soir à Atlanta, des milliers de supporters haïtiens en maillot rouge et bleu encourageaient les Grenadiers pour leur dernier match de Coupe du monde, 52 ans après la dernière apparition d’Haïti dans la compétition. Le lendemain matin, la Cour suprême des États-Unis rendait un arrêt qui pourrait contraindre 350 000 de leurs compatriotes à quitter le territoire américain.
Le contraste dit tout de la condition haïtienne aux États-Unis en ce mois de juin 2026 : la plus haute juridiction du pays a tranché, jeudi 25 juin, par six voix contre trois, que les tribunaux ne peuvent pas contrôler les décisions de l’exécutif en matière de statut de protection temporaire (TPS). L’arrêt annule les décisions de juges fédéraux de New York et de Washington qui avaient suspendu les mesures visant à mettre fin au TPS pour les ressortissants d’Haïti et de Syrie. Les trois juges progressistes ont exprimé leur désaccord.
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Un statut vieux de seize ans, balayé en quelques lignes
Le TPS a été accordé pour la première fois aux Haïtiens après le séisme dévastateur de janvier 2010, qui a tué plus de 300 000 personnes. La Syrie a bénéficié d’une désignation similaire en 2012, au plus fort de la répression menée par le régime de Bachar el-Assad. Le dispositif, conçu comme un filet de sécurité provisoire, a été renouvelé sans interruption pendant plus d’une décennie par les administrations successives, républicaines comme démocrates, au vu des conditions persistantes dans ces deux pays.
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La ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem, remplacée en mars par Markwayne Mullin, avait révoqué le TPS pour une quinzaine de nationalités. Des recours en justice avaient gelé la procédure. La Cour suprême considère désormais que la loi n’habilite pas la justice à contrôler ces décisions, un arrêt qui pourrait toucher plus d’un million de personnes issues de 17 pays.
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Le juge Samuel Alito, auteur de l’arrêt majoritaire, a estimé que les déclarations citées du président et de la ministre ne présentaient pas de caractère « ouvertement racial ». La juge Elena Kagan, dans une opinion dissidente virulente rejointe par Sonia Sotomayor et Ketanji Brown Jackson, a répliqué en reproduisant les propos que la majorité avait choisi de ne pas citer. Elle a rappelé les déclarations de Donald Trump affirmant que les Haïtiens de l’Ohio « mangeaient les chiens et les chats », et a estimé que ces propos exprimaient clairement une dimension raciale dans la volonté de retirer leur statut aux Haïtiens.
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Rare moment de tension à la Cour : Sotomayor a lu sa dissidence à haute voix depuis le banc, un geste réservé aux désaccords les plus profonds, provoquant une réplique publique d’Alito, visiblement contrarié.
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Un pays où le Département d’État déconseille de voyager
Les bénéficiaires du TPS haïtien ne sont pas des arrivants récents. Beaucoup vivent et travaillent aux États-Unis depuis plus de dix ans, paient des impôts, ont fondé des familles. Le programme concerne plus de 350 000 personnes, ce qui en fait l’un des plus importants du pays. Près d’un tiers d’entre eux travaillent dans le secteur de la santé, où leur départ creuserait des pénuries déjà critiques. À Springfield, dans l’Ohio, devenue symbole du débat sur l’immigration haïtienne, un directeur d’entreprise manufacturière employant une cinquantaine de travailleurs haïtiens a alerté sur les conséquences d’un exode massif sur la production locale.
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Or le pays vers lequel ces personnes seraient renvoyées reste l’un des plus dangereux au monde. Les gangs armés contrôlent environ 90 % de Port-au-Prince et se sont étendus à plusieurs départements. Plus de 1,45 million de personnes sont déplacées, soit une hausse d’un tiers en moins d’un an. En 2026, 6,4 millions d’Haïtiens, la moitié de la population, ont besoin d’une aide d’urgence. Le Département d’État américain déconseille lui-même tout voyage vers Haïti, invoquant la violence généralisée et les enlèvements. L’avocat des plaignants syriens avait d’ailleurs souligné lors de l’audience que le même Département d’État recommandait aux Américains se rendant en Syrie de rédiger un testament avant de partir.
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Quatre Haïtiennes expulsées des États-Unis en février ont été retrouvées décapitées et jetées dans une rivière plusieurs mois plus tard.
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Des conséquences immédiates, un précédent durable
La décision prend effet immédiatement. Dès le 6 juillet, les bénéficiaires perdront la possibilité de renouveler leur permis de conduire et leur autorisation de travail. Concrètement, des centaines de milliers de personnes en situation légale depuis des années basculeront dans l’irrégularité en quelques jours, exposées à des procédures d’expulsion et à la détention par les services d’immigration (ICE).
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Au-delà du drame humain, l’arrêt établit un précédent constitutionnel majeur. Alito a estimé que la loi régissant le TPS interdit « clairement » tout contrôle judiciaire des décisions de l’exécutif en la matière. Le juge Clarence Thomas est allé plus loin dans une opinion concurrente, arguant que les non-citoyens ne peuvent pas invoquer le droit à l’égalité de traitement face au gouvernement fédéral. Si cette lecture s’imposait, elle fermerait la porte à tout recours futur, quel que soit le pays concerné.
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Les deux décisions rendues ce jour-là confirment l’élargissement du plan de l’administration pour limiter les protections aux frontières et augmenter le nombre de personnes expulsables à l’intérieur du pays, a résumé Colleen Putzel-Kavanaugh, analyste au Migration Policy Institute. Le département de la Sécurité intérieure a salué une « victoire pour l’État de droit et le bon sens ». La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a dénoncé, elle, une « catastrophe » pour des milliers de familles de son État.
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Un symbole, entre stade et tribunal
Kagan a conclu sa dissidence en écrivant qu’elle s’opposait à ce que les bénéficiaires du TPS « puissent être mis dans le prochain avion ». À Springfield, Viles Dorsainvil, l’un des plaignants principaux de l’affaire, a prévenu que la décision n’empêcherait pas « l’ICE de séparer des familles », tout en appelant la communauté à se préparer ensemble.
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La prochaine étape se jouera dans les semaines qui viennent : la capacité, ou la volonté, de l’administration Trump de lancer des opérations d’interpellation massives contre des travailleurs intégrés depuis des années, dans des villes qui dépendent d’eux. Un projet de loi porté par des élus des deux bords au Congrès vise à prolonger le TPS pour les Haïtiens, mais ses chances d’aboutir restent incertaines dans le climat politique actuel.



