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ÉCONOMIE

En signant des contrats géants à Oman, EDF et Suez montrent comment l’eau et l’énergie deviennent des enjeux de souveraineté

EDF et Suez ont décroché à Oman deux contrats majeurs, l’un pour le stockage d’électricité, l’autre pour l’eau potable. Ces accords renforcent leur présence au Moyen-Orient et illustrent un enjeu stratégique très concret.

Cour intérieure de l’Élysée vide et lumineuse, avec façade de pierre et marbre avant une visite officielle.

Deux contrats, une même logique

Quand un pays doit sécuriser son eau et son électricité, il ne signe pas seulement des contrats techniques. Il achète aussi de la stabilité. C’est exactement ce qu’Oman vient de faire avec deux groupes français, à la faveur de la visite officielle du sultan Haïtham ben Tarik à Paris le 29 juin 2026.

Les deux accords concernent des besoins très concrets : alimenter une capitale en eau potable, et stocker l’électricité produite quand le réseau en a le plus besoin. Derrière les montants, il y a donc une question simple : comment un État du Golfe prépare-t-il ses infrastructures pour accompagner la croissance de sa population et de son économie ?

Ce qui a été signé à Mascate et à Paris

Le premier contrat est signé par Suez. Il porte sur 2 milliards d’euros sur 15 ans, pour la gestion et la maintenance des services d’eau potable et d’assainissement de Mascate, ainsi que des gouvernorats de North Sharqiyah et South Sharqiyah. Le groupe dit couvrir 43 % de la population omanaise, soit environ 2,5 millions d’habitants, avec 240 puits industriels, 10 700 kilomètres de canalisations et 470 000 mètres cubes d’eau potable distribués chaque jour. L’accord comprend aussi la modernisation de quatre usines de dessalement d’eau de mer.

Le second contrat revient à EDF. Il est présenté comme un accord de 3 milliards de dollars, soit 2,62 milliards d’euros, pour développer et exploiter une station de transfert d’énergie par pompage au barrage de Wadi Dayqah, à environ 90 kilomètres au sud de Mascate. Le projet doit permettre de stocker jusqu’à 2 GW d’énergie. En clair, l’installation servira à pomper l’eau vers un réservoir en période de surplus, puis à la relâcher pour produire de l’électricité quand la demande grimpe.

La séquence politique compte aussi. À Paris, le sultan d’Oman a été reçu officiellement par Emmanuel Macron. L’Élysée a publié une déclaration conjointe au terme de la visite, signe que ces contrats s’inscrivent dans un cadre diplomatique assumé, pas dans une simple relation commerciale de routine.

Pourquoi Oman a besoin de ces projets

Oman a des contraintes très terre à terre. L’eau y est rare, la chaleur pèse sur les usages, et les besoins urbains montent avec l’extension de Mascate et des zones voisines. D’où le recours massif au dessalement et à des réseaux lourds à maintenir. L’annonce du contrat Suez intervient d’ailleurs après un autre chantier stratégique à Wadi Dayqah, déjà présenté par les autorités omanaises comme un projet destiné à diversifier les sources d’approvisionnement et à renforcer la sécurité du système en cas d’urgence.

Pour l’électricité, le raisonnement est similaire. Un pays qui développe du solaire et d’autres capacités intermittentes a besoin de solutions de stockage. La station de pompage-turbinage d’EDF doit jouer ce rôle d’équilibrage. C’est un outil classique, mais coûteux, qui aide à absorber les pics et à éviter de dépendre uniquement des centrales pilotables.

Ces infrastructures profitent d’abord à l’État omanais et à ses usagers. Elles sécurisent des services de base, réduisent les risques de coupure ou de tension sur l’eau, et peuvent accompagner l’urbanisation. Mais elles profitent aussi aux opérateurs privés, qui obtiennent des contrats longs, stables et souvent bien margés sur des activités d’exploitation et de maintenance.

Ce que ces contrats changent pour Suez et EDF

Pour Suez, l’enjeu dépasse largement Oman. Le groupe cherche depuis plusieurs années à concentrer ses moyens sur les métiers les plus rentables, comme l’eau et certains déchets spécialisés. Le contrat omanais devient donc un signal commercial fort dans une région où il est déjà présent, notamment au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Le contexte interne compte aussi. Suez a été fragilisé par la recomposition du secteur après la bataille capitalistique de 2021-2022, puis par la perte d’actifs à l’étranger lors de la reprise qui a suivi. Un contrat de cette taille sert donc à montrer que le groupe reste capable de gagner des marchés lourds hors d’Europe.

EDF, de son côté, poursuit une logique de diversification internationale dans les énergies bas carbone et les solutions de stockage. Le groupe revendique déjà une présence dans plusieurs projets à l’étranger dans l’hydraulique et les services énergétiques. Le dossier omanais montre qu’il cherche à monétiser son savoir-faire sur des actifs complexes, plutôt qu’à se limiter à la production électrique en France.

Il faut aussi lire ces accords comme un message envoyé aux marchés : EDF et Suez veulent montrer qu’ils savent encore emporter des contrats très visibles, face à des concurrents européens, asiatiques ou du Golfe. Dans des métiers d’infrastructures, la réputation d’exécution compte presque autant que le prix.

Des gagnants clairs, mais aussi des dépendances

Du côté omanais, le gain est immédiat : un service public consolidé, des réseaux modernisés, et des technologies que le pays n’a pas à développer seul. Mais il y a une contrepartie. Quand l’exploitation est confiée pour 15 ans à un opérateur étranger, l’État s’expose à une dépendance contractuelle de long terme. Il perd aussi une partie de la marge de manœuvre technique, financière et politique sur un service essentiel.

Du côté français, le bénéfice est économique et diplomatique. Ces contrats soutiennent le chiffre d’affaires, renforcent des positions au Moyen-Orient et donnent à Paris des arguments sur sa capacité à rester un partenaire utile dans une région où l’eau, l’énergie et la sécurité des routes maritimes sont étroitement liées. Le dossier intervient d’ailleurs dans un contexte où Oman joue un rôle de médiateur discret dans les équilibres régionaux, notamment vis-à-vis de l’Iran et du détroit d’Ormuz.

Il ne faut pas pour autant surinterpréter l’effet politique. Les contrats ne disent pas tout d’une relation bilatérale. Ils montrent surtout que la coopération franco-omanaise se traduit encore en projets d’infrastructure très concrets, là où se jouent les vrais rapports de force : l’accès à l’eau, la gestion du réseau et la sécurité énergétique.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la mise en œuvre : dans ce type de contrats, le vrai test commence après la signature, avec les calendriers de travaux, la montée en puissance des équipements et la tenue des performances promises. Ensuite, la diplomatie économique : si ces deux opérations se déroulent comme prévu, elles pourraient ouvrir la voie à d’autres accords franco-omanais dans l’énergie, l’eau ou les infrastructures.

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