Pourquoi la victoire de l’AfD en Allemagne inquiète la France et fragilise les stratégies de barrage électoral
La victoire historique de l’AfD en Saxe-Anhalt relance le débat sur la progression de l’extrême droite en Europe. En France, gauche et centre alertent sur ses conséquences, tandis que le RN maintient ses distances avec son ancien allié allemand.

L’AfD a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8 % des voix, sans atteindre la majorité absolue. Ce succès historique place la formation d’extrême droite au centre des négociations régionales et renforce les inquiétudes de la gauche et du centre français sur la progression de ses idées en Europe.
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Que change, pour la France et pour l’Europe, la victoire d’un parti d’extrême droite dans un Land allemand ? Le scrutin du dimanche 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt ne donne pas encore les clés du gouvernement à l’AfD. Mais il fait sauter un verrou politique majeur.
Un résultat historique, mais pas encore un gouvernement
L’Alternative pour l’Allemagne, ou AfD, est arrivée largement en tête des élections régionales en Saxe-Anhalt. Selon les résultats provisoires définitifs, elle obtient 43,8 % des voix. Le parti dépasse ainsi de plus de deux fois son score de 2021.
La CDU, le parti conservateur du chancelier Friedrich Merz, arrive loin derrière avec 17,2 %. Il s’agit de son plus mauvais résultat dans ce Land. Le scrutin sanctionne donc à la fois la progression de l’AfD et l’effondrement de la formation qui dirigeait la région depuis vingt-quatre ans.
La victoire est historique pour une raison précise. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais un parti d’extrême droite n’avait remporté une élection régionale allemande. L’AfD devient donc la première force politique d’un Land, même si elle n’obtient pas la majorité absolue.
Cette majorité nécessiterait 42 sièges. Or, l’AfD en reste légèrement éloignée. Elle ne peut donc pas gouverner seule, sauf à obtenir le soutien d’une autre formation. Le parti affirme pourtant disposer d’un mandat clair pour diriger la Saxe-Anhalt.
Son candidat, Ulrich Siegmund, a déclaré que son parti avait « écrit l’histoire ». Il a aussi estimé que les électeurs avaient envoyé le message suivant : « Les choses ne peuvent pas continuer ainsi. »
Pourquoi la Saxe-Anhalt compte au-delà de ses frontières
La Saxe-Anhalt se situe dans l’ancienne Allemagne de l’Est. La région cumule plusieurs fragilités : un vieillissement démographique, des écarts de revenus avec l’Ouest et les effets persistants de la désindustrialisation.
Ces difficultés ne suffisent pas à expliquer seules le vote. Elles créent toutefois un terrain favorable aux discours qui désignent l’immigration, les élites politiques ou les institutions européennes comme responsables du déclassement.
L’AfD a également construit sa campagne autour d’un candidat local, âgé de 35 ans, qui cherche à apparaître comme accessible et proche des habitants. Cette stratégie lui permet de dépasser l’image de parti uniquement protestataire. Elle présente l’AfD comme une force capable de prendre les commandes.
Le parti reste pourtant classé comme organisation d’extrême droite par les services de renseignement intérieur de la Saxe-Anhalt. Son programme combine une ligne dure sur l’immigration, une critique de l’Union européenne et une politique étrangère favorable à un rapprochement avec la Russie.
Pour les électeurs qui ont choisi l’AfD, le résultat représente une sanction contre les partis traditionnels. Pour leurs adversaires, il marque au contraire la banalisation d’une formation qui remet en cause plusieurs principes de l’ordre démocratique allemand.
Une équation gouvernementale très difficile
La prochaine étape sera la formation d’une coalition. La CDU a exclu toute alliance avec l’AfD. Elle refuse également, à ce stade, une coalition avec Die Linke, le parti allemand de la gauche radicale.
Cette double exclusion réduit fortement les options. Le parti conservateur devra trouver une combinaison entre les autres formations représentées au parlement régional. Le Parti social-démocrate, les écologistes, Die Linke et le parti de Sahra Wagenknecht pourraient être sollicités, selon la répartition définitive des sièges.
Le BSW, la formation fondée par Sahra Wagenknecht, pourrait jouer un rôle décisif si elle franchit de peu le seuil électoral de 5 %. Ce seuil permet à un parti d’entrer au parlement régional. Dans un scrutin aussi fragmenté, quelques points peuvent donc déterminer la coalition possible.
Cette situation donne à l’AfD une force particulière, même sans majorité. Elle peut imposer ses thèmes dans les débats et négocier depuis une position dominante. À l’inverse, ses adversaires doivent construire une alliance large entre des partis qui divergent sur l’économie, l’immigration et la politique étrangère.
Le risque est celui d’un parlement difficile à gouverner. Une coalition anti-AfD pourrait empêcher le parti d’extrême droite de prendre la tête du gouvernement. Mais elle devrait ensuite adopter un programme commun, malgré des désaccords profonds.
En France, la gauche et le centre parlent d’un « signal d’alarme »
La victoire de l’AfD a immédiatement provoqué des réactions parmi les responsables politiques français qui se préparent à l’élection présidentielle de 2027.
Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « catastrophique démonstration de l’aveuglement des politiques européennes centristes ». Le leader de La France insoumise a également critiqué le projet allemand de renforcer fortement l’armée conventionnelle du pays.
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a appelé à une « mobilisation générale ». Il estime que « l’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ».
Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a présenté le résultat comme un « terrible bilan pour l’Union européenne et ses traités ». Il a accusé l’extrême droite de progresser sur la pauvreté, la désindustrialisation et l’escalade militaire.
François Hollande a, lui aussi, exprimé son inquiétude. Il a décrit l’AfD comme l’une des extrêmes droites « les plus radicales d’Europe ».
À droite du centre, Gabriel Attal a parlé d’un « vrai signal d’alarme ». L’ancien Premier ministre a estimé que le simple appel au barrage républicain ne suffisait plus pour convaincre une majorité d’électeurs. Bruno Le Maire a également alerté sur le « danger » représenté par l’AfD.
Ces réactions traduisent deux inquiétudes. La première concerne la progression électorale de l’extrême droite. La seconde porte sur l’efficacité des partis traditionnels, qui ne peuvent plus se contenter de demander un vote contre l’AfD sans répondre aux difficultés économiques et sociales qui nourrissent son audience.
Le RN garde ses distances avec son ancien allié allemand
Le Rassemblement national n’a pas réagi publiquement, dans l’immédiat, à la victoire de l’AfD. Ce silence contraste avec l’attention portée par les responsables français de gauche et du centre.
La distance entre les deux partis n’est toutefois pas nouvelle. En 2024, le RN avait rompu son alliance européenne avec l’AfD après plusieurs déclarations controversées de responsables allemands, notamment celles de Maximilian Krah sur les membres de la SS.
Jordan Bardella avait confirmé cette rupture lors du forum de Cernobbio, en Italie, le samedi 5 septembre 2026. Interrogé sur une éventuelle reprise de la coopération, il avait répondu que ce n’était « pas prévu ».
Le président du RN avait néanmoins reconnu que la pression électorale de l’AfD avait contribué à faire évoluer la politique du gouvernement allemand. Il citait notamment le rétablissement de contrôles aux frontières nationales.
Le RN cherche donc à distinguer son projet de celui de l’AfD, tout en observant les thèmes qui permettent à cette dernière de progresser. Cette stratégie lui permet de conserver des alliés parmi les droites radicales européennes, sans assumer une proximité directe avec le parti allemand.
Les prochaines semaines seront décisives
Le premier enjeu sera la désignation du prochain ministre-président de Saxe-Anhalt. Ulrich Siegmund veut diriger le Land, mais l’AfD devra trouver des soutiens sans que les partis traditionnels ne renoncent officiellement à leur refus d’alliance.
Il faudra aussi observer le rôle du BSW et les éventuelles abstentions lors du vote d’investiture. Une coalition fragile pourrait émerger. À défaut, le Land pourrait entrer dans une période d’instabilité politique.
Enfin, le scrutin servira de test national pour Friedrich Merz. Le mauvais résultat de la CDU affaiblit sa majorité et renforce la pression pour durcir la politique migratoire. L’AfD, elle, cherchera à transformer sa victoire régionale en preuve qu’elle peut gouverner.
La question centrale n’est donc plus seulement de savoir si l’extrême droite peut arriver en tête. La Saxe-Anhalt doit maintenant montrer si elle peut convertir ce succès électoral en pouvoir exécutif.




1 commentaire
Je n’ai aucune sympathie pour l’extrême droite, mais j’estime que, quel que soit le pays où elle progresse, les grands partis traditionnels n’ont que ce qu’ils méritent. Au lieu de constamment évoquer le cordon sanitaire contre la montée du fascisme, les représentants des partis traditionnels feraient bien de se remettre en cause et de se poser les bonnes questions. Ils sont bien les seuls à s’étonner que l’électeur se détourne des partis traditionnels, qui aujourd’hui voient s’effriter leur toute puissance par leurs propres erreurs et inconscience. Hormis quelques privilégiés, qui a encore envie de voter pour ‘Renaissance’, le parti d’Emmanuel Macron qui change de nom comme un caméléon de couleur, quand on entend ses ministres dire aux Français qu’ils doivent se serrer encore davantage une ceinture déjà très serrée, pendant que le président de la République donne à l’Elysée des réceptions coûtant un demi-million d’euros payés par le contribuable ? Une fois élus, les représentants des partis classiques s’imaginent avoir tout les droits et que tout leur est dû. Ils semblent oublier que c’est l’argent du contribuable qui les paie et que, par conséquent, ils ne sont que des employés engagés temporairement par un employeur qui est le peuple français. Et il me semble que dans toute entreprise moderne, c’est l’employé qui doit se justifier vis-à-vis de l’employeur et non le contraire. Alors, messieurs-dames des partis traditionnels, que vous soyez ministres, parlementaires ou politiciens de tout poil, essayez donc enfin de comprendre une population qui vit de plus en plus mal, alors que vous ne cessez de vous octroyer des privilèges de plus en plus indécents. Le peuple vous rendra peut-être un peu de ce respect que vous avez perdu et qui ne vous est pas dû automatiquement, mais qui se mérite par votre attitude. Les intentions de l’extrême droite ne sont peut-être pas honnêtes, mais contrairement à ceux des grands partis traditionnels, leurs représentants passent du temps à écouter le peuple.