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CONFLITS & CRISES La guerre sous le seuil

Pourquoi les menaces hybrides russes mettent à l’épreuve la cohésion de l’Otan et de l’Union européenne

La France alerte sur l’intensification des pressions russes contre l’Europe. Cyberattaques, désinformation et sabotages visent à affaiblir le soutien à l’Ukraine et à diviser les Alliés.

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En bref

La France estime que la Russie cherche à affaiblir le soutien européen à l’Ukraine en multipliant les pressions militaires, cyber et informationnelles. Cette stratégie vise aussi à diviser l’Otan et l’Union européenne, tandis que les États renforcent leur défense collective et la protection des infrastructures critiques.

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La guerre en Ukraine ne se joue pas seulement sur le front. Elle se joue aussi dans les cyberattaques, les campagnes de désinformation, les pressions sur les infrastructures et les divisions politiques. Pour la France, la question est donc simple : jusqu’où la Russie peut-elle pousser les Européens sans provoquer une réponse collective ?

Une stratégie qui vise aussi la cohésion européenne

La ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, Alice Rufo, estime que Moscou cherche à mesurer la réaction de ses adversaires. Invitée jeudi 17 septembre sur BFMTV-RMC, elle a déclaré que « la Russie teste les limites, et teste l’Otan et l’Union européenne ».

Selon elle, l’objectif serait double. La Russie chercherait d’abord à « limiter notre soutien à l’Ukraine ». Elle tenterait aussi d’« impressionner pour diviser l’Otan et l’UE », a-t-elle ajouté.

Alice Rufo prévoit une aggravation de la situation. « Cela va continuer et probablement s’intensifier », a-t-elle prévenu. Cette analyse s’inscrit dans un contexte de tension durable entre Moscou, les pays européens et l’Alliance atlantique.

Que signifie « tester les limites » ?

L’expression ne désigne pas nécessairement une attaque militaire directe contre un pays membre de l’Otan. Elle renvoie plutôt à une série d’actions destinées à observer la réaction des États européens.

Ces actions peuvent prendre plusieurs formes. Il peut s’agir de cyberattaques, de sabotages, de campagnes de manipulation de l’information ou de pressions économiques. Elles peuvent aussi passer par des provocations militaires, des violations d’espace aérien ou des opérations menées par des intermédiaires.

L’Otan définit les menaces hybrides comme un mélange de moyens militaires et non militaires. Leur objectif est de brouiller la frontière entre la paix et la guerre. Elles cherchent également à fragiliser les institutions et à semer le doute dans les opinions publiques.

Cette méthode permet à l’agresseur de maintenir une pression constante tout en évitant, autant que possible, un affrontement ouvert. Elle rend aussi la riposte plus complexe. Une cyberattaque ou une opération de désinformation ne déclenche pas automatiquement les mêmes mécanismes qu’une attaque armée clairement identifiée.

L’Otan et l’Union européenne face à une pression croissante

L’Otan considère désormais la Russie comme la principale menace pour la sécurité euro-atlantique. L’Alliance affirme avoir renforcé ses capacités de surveillance, de défense cyber et de protection des infrastructures critiques.

Depuis 2016, l’Otan indique qu’une opération hybride visant un ou plusieurs de ses membres pourrait, selon sa gravité, conduire à l’activation de l’article 5. Ce mécanisme constitue le principe de défense collective : une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.

La décision ne serait toutefois pas automatique. Les Alliés devraient évaluer la nature de l’attaque, son origine et son niveau de gravité. Cette marge d’appréciation explique pourquoi chaque incident devient un test politique autant que sécuritaire.

L’Union européenne agit sur un autre terrain. Elle utilise notamment les sanctions, la coopération entre services et la protection des infrastructures. Le Conseil de l’UE affirme que les campagnes russes comprennent des sabotages, des cyberattaques, des manipulations de l’information et des tentatives d’ingérence électorale.

En mars 2026, les États membres ont adopté de nouvelles conclusions pour renforcer la capacité de l’Union à prévenir et contrer les menaces hybrides. Le dispositif vise à protéger les États membres, les institutions européennes et les partenaires de l’Union.

Un enjeu concret pour les citoyens

Ces tensions peuvent sembler éloignées de la vie quotidienne. Pourtant, leurs effets peuvent toucher directement les citoyens.

Une cyberattaque contre un opérateur public peut perturber l’accès à certains services. Une campagne de désinformation peut influencer la perception d’une élection ou d’un conflit. Une attaque contre une infrastructure énergétique peut provoquer des coûts supplémentaires et alimenter l’inquiétude.

Les conséquences ne sont pas les mêmes pour tous. Les grandes entreprises disposent généralement de moyens importants pour renforcer leur cybersécurité. Les petites entreprises, les collectivités locales et les associations ont souvent moins de ressources.

Les territoires proches du flanc oriental de l’Europe vivent, eux aussi, une pression plus directe. Ils doivent renforcer leurs frontières, leurs infrastructures et leurs capacités de réaction. Les pays d’Europe occidentale sont davantage concernés par les risques cyber, économiques et informationnels.

Pour l’Ukraine, l’enjeu reste encore plus immédiat. Toute baisse du soutien militaire, financier ou politique européen peut réduire sa capacité à résister à l’armée russe. Pour les gouvernements européens, la difficulté consiste donc à maintenir cette aide sans épuiser leurs budgets ni diviser leurs opinions publiques.

Le débat porte sur le niveau de réponse

Le gouvernement français défend une ligne de fermeté. Dans cette perspective, céder aux pressions russes pourrait encourager de nouvelles opérations. La France soutient donc le renforcement de la défense européenne et la poursuite de l’aide à l’Ukraine.

Cette position bénéficie d’abord aux autorités ukrainiennes et aux pays européens qui se sentent directement menacés. Elle répond aussi aux préoccupations des secteurs industriels de défense, appelés à produire davantage d’équipements et de munitions.

Ses contreparties sont également concrètes. Une hausse des dépenses militaires réduit les marges budgétaires disponibles pour d’autres politiques publiques. Les entreprises et les ménages peuvent aussi subir les effets de sanctions prolongées, de tensions énergétiques ou de nouvelles contraintes économiques.

Les gouvernements européens doivent donc convaincre leurs opinions publiques. Ils doivent expliquer pourquoi le soutien à l’Ukraine est nécessaire, mais aussi préciser sa durée, son coût et ses limites. Sans cette transparence, la stratégie de fermeté peut nourrir la fatigue et les divisions qu’elle cherche précisément à éviter.

La Russie, de son côté, rejette les accusations occidentales et présente l’élargissement de la coopération militaire européenne comme une menace pour sa sécurité. Ce désaccord alimente une confrontation durable des récits, en plus de la confrontation stratégique.

Les prochaines étapes à surveiller

Dans les prochaines semaines, l’attention se portera sur les éventuelles nouvelles actions attribuées à la Russie contre des pays européens. Les autorités devront déterminer s’il s’agit d’incidents isolés ou d’une campagne coordonnée.

Il faudra aussi observer la capacité des États membres à maintenir une position commune. L’Otan devra continuer à renforcer sa défense collective. L’Union européenne devra, de son côté, coordonner ses réponses contre les cyberattaques, les sabotages et les manipulations de l’information.

Enfin, le soutien à l’Ukraine restera le principal indicateur de cette cohésion. La question ne sera pas seulement de savoir si la Russie intensifie sa pression. Il faudra aussi mesurer la capacité des Européens à y répondre sans se diviser.

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