Pourquoi Paris renoue avec Riyad malgré Khashoggi, les intérêts économiques et les critiques sur les droits humains
Après l’affaire Khashoggi, la France renouvelle son partenariat avec l’Arabie saoudite. Énergie, contrats et influence régionale expliquent ce rapprochement, malgré les critiques persistantes sur la répression et les droits humains.

La France accueille Mohammed ben Salmane malgré les accusations liées à l’assassinat de Jamal Khashoggi et les critiques sur la situation saoudienne. Paris privilégie désormais le dialogue avec Riyad pour sécuriser des intérêts économiques, énergétiques et diplomatiques au Moyen-Orient, sans faire disparaître les tensions sur les libertés publiques.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Pourquoi la France reçoit-elle avec autant d’égards un dirigeant longtemps présenté comme infréquentable ? La réponse tient en partie à une réalité simple : l’Arabie saoudite est devenue trop importante, sur le plan économique comme diplomatique, pour être tenue à distance.
De l’affaire Khashoggi au retour des honneurs
Mohammed ben Salmane entame dimanche 23 août 2026 une visite officielle de deux jours à Paris. Le prince héritier saoudien doit rencontrer Emmanuel Macron. Il participera aussi à la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien depuis la relance de cette relation.
Cette rencontre intervient près de huit ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Le 2 octobre 2018, celui-ci était entré au consulat saoudien d’Istanbul pour récupérer des documents. Il n’en était jamais ressorti.
En février 2021, une évaluation déclassifiée du renseignement américain estimait que Mohammed ben Salmane avait approuvé une opération visant à capturer ou tuer le journaliste. Le prince héritier a toujours nié avoir ordonné son assassinat.
À l’époque, son image de réformateur s’était effondrée. Le président américain Joe Biden avait même promis de traiter l’Arabie saoudite comme un État « paria ». Les dirigeants occidentaux limitaient leurs contacts publics avec le prince héritier.
La France a cependant rouvert la porte rapidement. Emmanuel Macron s’est rendu à Djeddah le 4 décembre 2021. Mohammed ben Salmane a ensuite été reçu à Paris le 28 juillet 2022. Cette poignée de main avait provoqué de vives critiques politiques, notamment à gauche.
Un modernisateur qui concentre tous les pouvoirs
Pour comprendre ce retournement, il faut revenir à l’ascension de Mohammed ben Salmane. Nommé prince héritier le 21 juin 2017, il s’est imposé comme l’homme fort du royaume. Il contrôle les principaux leviers politiques, sécuritaires et économiques du pays.
Son projet central s’appelle Vision 2030. Lancé en 2016, ce plan vise à réduire la dépendance de l’Arabie saoudite au pétrole. Riyad veut développer le tourisme, les nouvelles technologies, les infrastructures, l’industrie, la culture et le sport.
Les transformations sociales sont visibles. Les cinémas ont rouvert. Les concerts se sont multipliés. Depuis juin 2018, les Saoudiennes ont le droit de conduire. Le pouvoir présente ces changements comme les signes d’une société qui entre dans une nouvelle ère.
Mais cette modernisation s’accompagne d’une forte concentration du pouvoir. En novembre 2017, plusieurs princes, responsables et hommes d’affaires avaient été arrêtés dans le cadre d’une opération officiellement présentée comme une lutte contre la corruption. Certains avaient été retenus au Ritz-Carlton de Riyad.
Pour ses détracteurs, cette opération a surtout permis d’écarter des rivaux et de reprendre le contrôle d’importantes fortunes. Le même rapport de force s’est retrouvé dans la politique étrangère, notamment au Yémen et au Liban.
Pourquoi Paris mise de nouveau sur Riyad
La première raison est énergétique. L’invasion russe de l’Ukraine, commencée le 24 février 2022, a bouleversé les marchés. Les pays européens ont cherché à réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes.
L’Arabie saoudite n’est pas le principal fournisseur de pétrole de la France. Elle reste toutefois l’un des poids lourds du marché mondial. Sa capacité à augmenter ou réduire sa production lui donne une influence directe sur les prix et sur la stabilité des approvisionnements.
La deuxième raison est commerciale. Vision 2030 mobilise des centaines de milliards de dollars. Les entreprises françaises espèrent obtenir des contrats dans l’énergie, l’aéronautique, la défense, les transports, le tourisme et les infrastructures.
En 2022, l’Arabie saoudite était le 29e client de la France et son 25e fournisseur. La relation progresse, mais elle reste moins importante pour Paris que pour Riyad. Cela crée une asymétrie : les entreprises françaises convoitent le marché saoudien, tandis que le royaume peut comparer les offres venues d’Europe, des États-Unis, de Chine ou d’ailleurs.
La troisième raison est diplomatique. Riyad entretient désormais des relations avec Washington, Pékin et Moscou. L’Arabie saoudite ne dépend plus d’un seul partenaire. Elle cherche à défendre ses intérêts en dialoguant avec plusieurs puissances.
Pour la France, cette autonomie rend le royaume incontournable. Paris veut aussi retrouver une capacité d’initiative au Proche et au Moyen-Orient. La question palestinienne, le Liban et la sécurité régionale offrent plusieurs terrains de coopération.
Un rapprochement utile, mais pas neutre
Pour l’Élysée, la visite doit resserrer les liens autour de grands sujets économiques et stratégiques. L’énergie, l’aéronautique et la défense figurent au premier rang. Les dirigeants doivent également discuter des crises régionales.
La clôture de la Coupe du monde d’e-sport 2026 illustre cette stratégie d’influence. L’événement se tient à Paris du 6 juillet au 23 août. Il rappelle que le sport et la culture servent désormais de passerelles entre les deux pays.
Cette diplomatie peut bénéficier aux industriels français. Elle peut aussi renforcer la coopération sur des dossiers où Riyad dispose d’une influence réelle. Au Liban, par exemple, l’Arabie saoudite reste un interlocuteur important pour le soutien aux institutions et à l’armée.
Pour les autorités saoudiennes, le bénéfice est également clair. Une réception officielle à Paris confirme leur retour dans le cercle des partenaires légitimes. Elle contribue à normaliser l’image du prince héritier et à attirer davantage d’investissements.
Le coût politique, lui, est supporté par les défenseurs des droits humains et les opposants à cette réhabilitation. Amnesty International et Human Rights Watch continuent de dénoncer la répression de la liberté d’expression, les procès inéquitables et le recours massif à la peine de mort.
Selon Human Rights Watch, au moins 322 personnes avaient été exécutées en Arabie saoudite entre le début de 2025 et le début du mois de décembre 2025. Amnesty souligne aussi les restrictions visant les militants, les travailleurs migrants et les personnes critiques du pouvoir.
Le contraste reste donc entier. Le royaume ouvre des cinémas, accueille des compétitions internationales et attire les grands groupes. Dans le même temps, la contestation politique demeure très sévèrement réprimée.
Ce que Paris devra clarifier
La France défend une politique de dialogue. Elle considère qu’un partenaire influent peut être plus utile autour d’une table qu’isolé. Cette approche peut faciliter la médiation régionale et protéger les intérêts économiques français.
Ses critiques redoutent cependant que le pragmatisme efface progressivement les droits humains. Ils demandent que les contrats et les échanges diplomatiques ne deviennent pas un blanc-seing donné au pouvoir saoudien.
La question est particulièrement sensible pour les ventes d’armes. Pour Riyad, elles répondent à des besoins de sécurité et renforcent son autonomie stratégique. Pour les associations et une partie de l’opposition, elles posent la question de leur utilisation dans les conflits régionaux.
Le rapprochement ne signifie pas que les désaccords ont disparu. Il montre plutôt qu’ils sont désormais traités à côté d’intérêts jugés prioritaires. La France ne renonce pas officiellement à ses positions sur les libertés. Mais elle accepte de les porter dans une relation devenue beaucoup plus dense.
Les prochaines étapes à surveiller
La réunion du Conseil de partenariat stratégique doit donner un contenu concret à cette nouvelle phase. Il faudra regarder les contrats annoncés, les engagements dans l’énergie et la défense, ainsi que les projets liés à l’aéronautique et aux infrastructures.
Les déclarations sur le Proche-Orient seront tout aussi importantes. Elles permettront de mesurer la capacité réelle de Paris et de Riyad à coordonner leurs positions sur la Palestine, le Liban et la stabilité régionale.
Enfin, les réactions françaises à la situation des droits humains diront jusqu’où va le nouveau pragmatisme. Le prince héritier a retrouvé les honneurs. Reste à savoir si cette normalisation s’accompagnera d’exigences précises, ou si les intérêts communs continueront de passer avant le reste.



