Reconquête met Sarah Knafo au premier plan, et les électeurs cherchent encore qui portera vraiment 2027
Sarah Knafo lance une grande consultation pour bâtir un programme, tandis qu’Éric Zemmour reste officiellement en attente. Chez Reconquête, la question de l’incarnation pour 2027 s’impose déjà.

Une campagne qui commence avant d’en dire le nom
Pour un parti qui veut exister en 2027, la vraie question est simple : qui incarne la suite ? À droite de la droite, Reconquête semble déjà répondre par deux visages. D’un côté, Éric Zemmour, le fondateur. De l’autre, Sarah Knafo, devenue en quelques mois la figure la plus visible du mouvement.
Le décor est celui d’une présidentielle encore lointaine, mais déjà omniprésente dans les calculs des états-majors. Zemmour a dit à l’automne 2025 qu’il se « préparait » pour 2027. Dans le même temps, Knafo a pris de l’épaisseur politique, au point que certains lui prêtent des ambitions nationales. Elle, de son côté, a démenti vouloir pousser son compagnon vers la sortie.
Ce que lance Sarah Knafo
Ce printemps, Sarah Knafo a mis en avant une « grande consultation » destinée à construire un programme pour 2027. Le principe est classique : aller au contact, écouter, recueillir des propositions, puis transformer ces échanges en base programmatique. L’initiative a été annoncée dans un format de tournée, avec un premier rendez-vous à Strasbourg et une communication centrée sur la participation citoyenne.
Sur le papier, l’exercice n’a rien d’original. Dans la pratique, il dit beaucoup de la stratégie de Reconquête. Le parti n’a qu’une élue majeure, Knafo elle-même, et reste associé à l’image d’un mouvement très personnel, bâti autour de Zemmour en 2022. En lançant une consultation nationale, la députée européenne travaille déjà un autre rôle : celui de productrice de programme, donc de candidate possible, ou du moins d’héritière crédible.
C’est là que le sujet devient politique, pas seulement médiatique. Une consultation permet de fédérer des sympathisants, de tester des thèmes et d’occuper le terrain. Elle aide aussi à contourner un handicap bien connu de Reconquête : un parti très exposé dans les médias, mais encore court en implantation locale et en appareil militant. Autrement dit, Knafo peut capitaliser sur sa visibilité, mais elle doit encore prouver qu’elle sait transformer cette notoriété en force durable.
Zemmour, Knafo et la bataille de l’incarnation
Officiellement, la ligne reste claire : Zemmour décidera lui-même de sa candidature. Knafo l’a répété le 20 mars, en assurant n’avoir « jamais émis l’idée d’être candidate à la présidentielle » et en rappelant le « rôle éminent » de Zemmour. Elle a aussi expliqué qu’une primaire ne serait pas une alliance, mais un moyen de « trancher » entre plusieurs candidats de droite.
Cette version est utile à Reconquête. Elle évite d’installer une guerre ouverte entre les deux figures du parti. Elle laisse aussi ouverte la possibilité d’une recomposition plus large à droite, idée que Knafo défend régulièrement. Laurent Wauquiez a d’ailleurs appelé à une candidature unique allant « d’Édouard Philippe à Sarah Knafo ». Zemmour, lui, s’est dit favorable à une grande primaire de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. Chacun y voit ce qu’il veut : un outil de clarification pour les uns, une machine à survivre pour les autres.
Mais l’hypothèse d’une montée en puissance de Knafo dérange aussi. Des observateurs ont souligné que sa communication peut masquer la radicalité de ses positions. Dans une analyse de début mars, Reuters France expliquait que sa ligne et son exposition médiatique nourrissaient un vote d’extrême droite plus bourgeois à Paris, tout en servant une stratégie de banalisation. Cette lecture ne dit pas qu’elle remplace Zemmour. Elle dit quelque chose de plus précis : son image travaille à élargir l’audience du camp qu’il a créé.
Qui gagne, qui perd, et ce qu’il faut surveiller
Si Knafo s’impose comme première porte-parole de 2027, elle gagne d’abord en autonomie. Elle peut construire sa propre ligne, son propre public et son propre calendrier. Zemmour, lui, risque de devenir un leader de plus en plus commentateur de son propre camp. C’est un danger classique pour les partis bâtis autour d’un nom : quand la nouvelle génération parle plus fort, le fondateur reste central, mais ne contrôle plus tout.
Pour les autres acteurs de droite, l’enjeu est différent. Une Knafo plus visible peut être utile à ceux qui veulent une coalition large contre le bloc central et contre le RN. Mais elle peut aussi compliquer la donne, car elle reste associée à Reconquête et à une ligne très dure sur l’immigration, la sécurité et la dépense publique. Les soutiens potentiels doivent donc arbitrer entre l’efficacité électorale et le coût d’image.
À l’inverse, ses adversaires trouvent dans cette montée en puissance une cible déjà connue. Le camp macroniste, la droite classique et le RN ont chacun intérêt à la traiter soit comme une concurrente sérieuse, soit comme une figure de rupture qu’il faut contenir. Cette ambiguïté fait sa force. Elle peut aussi devenir sa limite : plus elle prend de place, plus elle oblige tout le monde à se positionner. Et plus le débat sur 2027 se resserre autour d’elle, plus la question de fond revient : Reconquête prépare-t-il une candidature de Zemmour, une candidature Knafo, ou simplement une bataille d’influence pour survivre jusqu’à la présidentielle ?
L’horizon immédiat est donc double. D’abord, voir si la consultation annoncée par Knafo devient une vraie séquence nationale, avec des étapes, des thèmes et des relais locaux. Ensuite, attendre la décision de Zemmour lui-même, qui reste, à ce stade, le seul à pouvoir dire si Reconquête ira à 2027 avec son fondateur, sa numéro deux, ou les deux dans une compétition feutrée.



