Aller au contenu
ACTUALITé NATIONALE

Affaire French Bukkake : le renvoi aux assises marque un tournant dans la reconnaissance des violences sexistes et racistes

Les seize accusés de l'affaire de la plateforme pornographique French Bukkake sont renvoyés devant la cour d'assises. La Cour de cassation a retenu les circonstances aggravantes de sexisme et de racisme, portant les peines encourues à trente ans.

Après des années de procédure, les victimes de la plateforme pornographique French Bukkake obtiennent ce qu’elles réclamaient : un procès aux assises. Seize accusés devront répondre de viols aggravés devant des jurés populaires, et non devant une simple cour criminelle comme initialement prévu.

La bascule s’est jouée en mai 2025, quand la Cour de cassation a retenu les circonstances aggravantes de sexisme et de racisme pour qualifier les viols commis lors des tournages de cette plateforme, aujourd’hui fermée. En reconnaissant ces circonstances, la haute juridiction a fait passer les peines encourues de vingt à trente ans de réclusion, ce qui place automatiquement l’affaire dans le champ des assises.

Un précédent juridique inédit

La portée de cette décision dépasse le seul dossier French Bukkake. La Cour de cassation a en effet précisé que l’accusation de proxénétisme (le fait de tirer profit de l’activité sexuelle d’autrui) pouvait être retenue contre toute personne qui « s’enrichit, en violation de l’ensemble des règles qui régissent le tournage de films pornographiques, de la participation payante de tiers à des activités sexuelles filmées ». En droit français, la pornographie n’est réprimée que si elle concerne des mineurs. Le proxénétisme, lui, est défini en lien avec la prostitution, qui n’est elle-même pas explicitement définie par la loi. Cette zone grise a longtemps compliqué les poursuites dans l’industrie pornographique.

Parmi les seize accusés figurent le dirigeant de la plateforme, son associé, un rabatteur présumé et plusieurs acteurs. Les juges d’instruction avaient ordonné dès l’été 2023 le renvoi des mis en cause, mais c’est la requalification par la Cour de cassation qui a permis aux parties civiles d’obtenir un procès devant jury.

Un dossier loin d’être refermé

Les associations de victimes saluent une avancée, tout en rappelant que le chemin vers le procès sera encore long. La constitution du jury, la fixation d’une date d’audience et la préparation des parties civiles prendront plusieurs mois. Les avocats de certains accusés contestent la requalification des faits et pourraient tenter de nouveaux recours.

Ce renvoi intervient dans un contexte où le débat sur les violences dans l’industrie pornographique s’est intensifié en France. Un rapport parlementaire de la délégation aux droits des femmes avait déjà pointé les failles du cadre juridique. L’affaire French Bukkake pourrait accélérer une évolution législative que les associations réclament depuis des années, en posant la question de la frontière entre activité pornographique consentie et exploitation sexuelle organisée.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.