À Issy-les-Moulineaux, la succession du maire se règle sans urnes : le conseil municipal garde la main
Après la mort d’André Santini, Issy-les-Moulineaux doit recompléter son conseil municipal puis élire un nouveau maire. La procédure reste interne à l’équipe en place, avec un vote des élus.

Quand un maire disparaît en cours de mandat, qui tient la ville ?
Pour les habitants, la question est immédiate : qui signe les décisions, qui porte les projets, qui incarne la commune demain matin ? À Issy-les-Moulineaux, la réponse ne passe pas par une nouvelle élection ouverte à tous. Elle passe d’abord par le conseil municipal, qui doit remettre en ordre l’exécutif local avant de désigner un nouveau maire.
Le cadre est simple sur le papier. En France, le maire est élu par les conseillers municipaux. En cas de vacance en cours de mandat, le conseil doit être convoqué dans les quinze jours suivant la cessation de fonctions, à condition d’être complet. Le vote se fait à bulletin secret et à la majorité absolue.
À Issy-les-Moulineaux, la succession se joue d’abord à l’intérieur de l’équipe sortante
André Santini est mort le 1er juin 2026 à l’âge de 85 ans, moins de trois mois après avoir été réélu maire d’Issy-les-Moulineaux. La ville rappelle qu’il dirigeait la commune depuis 1980 et qu’il venait d’entamer un huitième mandat. La municipalité souligne aussi qu’il présidait le SEDIF depuis 1983, un autre poste stratégique en Île-de-France.
Son décès ne provoque pas une élection municipale ouverte. Il crée une vacance au sein du conseil municipal. La première étape consiste donc à faire entrer le suivant de liste, conformément au fonctionnement du scrutin municipal de liste. La commune compte 49 sièges, ce qui impose de retrouver le conseil au complet avant d’élire le nouveau maire.
Le plus probable est que le premier adjoint, Thierry Lefevre, prenne la suite. La ville le présente déjà comme 1er maire-adjoint chargé de l’administration générale, de la prévention et de la sécurité, ainsi que de la vie associative. Dans les faits, cela place la succession dans la continuité de l’équipe en place.
Le mécanisme est technique, mais ses effets sont très concrets
Cette procédure protège la stabilité municipale. Elle évite un vide de pouvoir et limite les à-coups pour les services publics locaux, les permis, le budget, les chantiers et les partenariats. Dans une ville dense et très insérée dans la métropole parisienne comme Issy-les-Moulineaux, l’enjeu est majeur : les décisions courantes ne peuvent pas rester suspendues plusieurs semaines.
Le système favorise aussi les équipes déjà élues. Le siège de maire se transmet, en pratique, à une majorité municipale déjà constituée. C’est un choix politique du droit français : la légitimité du maire vient d’abord des conseillers municipaux, eux-mêmes élus par les habitants. Les électeurs ne repassent donc pas aux urnes à chaque vacance, sauf cas particuliers.
Les communes de moins de 1 000 habitants relèvent d’un autre régime. La disparition du maire y peut conduire à un retour aux urnes dans les quinze jours. Mais pour une ville comme Issy-les-Moulineaux, ce n’est pas le cas : on reste dans une désignation interne au conseil. Autrement dit, les habitants conservent leurs élus, mais ne choisissent pas directement le successeur du maire défunt.
Qui gagne, qui perd, et pourquoi ce choix n’est pas neutre
La majorité municipale gagne en continuité. Elle garde la main sur le calendrier, les projets et la représentation de la ville. Les services municipaux y trouvent aussi un avantage : un interlocuteur identifié, une chaîne de décision courte, et moins d’incertitude. Pour les grandes communes, cette stabilité compte d’autant plus que les budgets, les équipements et les opérations d’urbanisme s’étalent sur plusieurs années.
Les oppositions, elles, disposent d’un angle d’attaque naturel. Elles peuvent dénoncer une succession verrouillée par la majorité sortante, surtout quand le maire est une figure installée depuis des décennies. À Issy-les-Moulineaux, André Santini occupait le fauteuil depuis 1980. Cette longévité donne à la transition une forte coloration politique : la ville change de visage, mais pas forcément de ligne.
Les habitants, eux, ne bénéficient pas tous de la même façon du statu quo. Pour certains, la continuité rassure. Pour d’autres, elle peut retarder une inflexion politique, notamment sur le logement, la circulation, la gestion des finances locales ou la place de la concertation. Dans une commune aisée comme Issy, le débat porte souvent moins sur la survie administrative que sur l’orientation des investissements et la manière de répartir l’effort entre centre, quartiers résidentiels et secteurs en mutation.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
La séquence va se jouer vite. Le conseil municipal doit d’abord être recomplété, puis convoqué pour élire le nouveau maire dans le délai légal de quinze jours. Le nom du successeur, la composition exacte du nouvel exécutif et l’éventuelle redistribution des délégations diront si la majorité choisit la continuité pure ou un simple ajustement d’équipe.
Il faudra aussi regarder un autre point : la manière dont la nouvelle équipe parlera aux Isséens après la disparition d’un maire qui a structuré la ville pendant plus de quarante ans. À court terme, tout l’enjeu est là. Maintenir le cap, sans donner l’impression d’une ville restée figée dans la silhouette de son ancien édile.



