À Issy-les-Moulineaux, la disparition d’André Santini ouvre une nouvelle page pour une mairie marquée par 45 ans de pouvoir
Maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1980, André Santini est mort à 85 ans. Sa disparition lance une succession municipale sensible dans une ville qu’il a profondément marquée, entre continuité politique et recomposition locale.

Une ville, un visage, une époque
Quand un maire reste en place plus de quarante ans, ce n’est plus seulement une carrière. C’est une partie de l’identité d’une ville qui bascule. À Issy-les-Moulineaux, la mort d’André Santini referme un cycle ouvert en 1980. Il avait 85 ans.
Pour les habitants, la question est simple : que devient une commune quand celui qui l’a incarnée pendant si longtemps disparaît d’un coup ? À très court terme, la ville continue de fonctionner. Mais le conseil municipal doit se remettre en ordre de marche pour élire un nouveau maire. Le droit prévoit une convocation dans les quinze jours suivant la vacance du poste, si le conseil est complet.
André Santini était l’une des figures les plus connues des Hauts-de-Seine. La mairie d’Issy-les-Moulineaux indique qu’il a été élu maire en 1980, qu’il a dirigé la commune pendant plus de quatre décennies et qu’il a aussi été député des Hauts-de-Seine de 1988 à 2017. Il a également occupé la fonction de secrétaire d’État chargé de la Fonction publique entre 2007 et 2009.
Le long règne d’un maire bâtisseur
Son parcours raconte une forme classique de la politique locale française : l’ancrage municipal d’abord, puis l’influence nationale. Formé au droit et passé par Sciences Po, né à Paris le 20 octobre 1940, il a bâti sa carrière dans la durée, au point de rester pendant des décennies le visage d’Issy-les-Moulineaux.
La ville souligne qu’il a contribué à transformer la commune en territoire reconnu pour son dynamisme économique et technologique. C’est l’un des points centraux de son héritage : Issy est souvent citée comme un laboratoire urbain de la proche banlieue parisienne, avec une politique assumée d’attractivité économique, de modernisation des services publics et d’investissement dans l’image de la ville. Cette stratégie a surtout bénéficié aux habitants et aux entreprises installées sur place, dans une commune longtemps en concurrence avec d’autres pôles de l’ouest parisien.
Mais cette longévité a aussi installé une question de pouvoir. Quand un élu reste si longtemps en place, les opposants ont moins de leviers pour peser, et les rouages municipaux s’imbriquent avec la personnalité du maire. À Issy, le dernier scrutin municipal de mars 2026 a encore montré cette concentration du pouvoir local : la liste conduite par Santini a recueilli 47,93 % des voix au second tour et a obtenu 37 sièges sur 49.
Cette implantation a aussi reposé sur des mandats parallèles. André Santini a présidé le Syndicat des eaux d’Île-de-France de 1983 à 2026, selon la mairie. Dans les faits, cela lui donnait une influence qui dépassait largement les frontières d’Issy-les-Moulineaux, sur un service essentiel et très concret : l’eau du robinet. Là encore, les grands bénéficiaires d’un tel réseau sont les collectivités et les opérateurs qui maîtrisent ces structures, bien plus que les usagers, qui voient surtout le service fonctionner sans toujours en percevoir les choix politiques.
Un héritage contesté, pas seulement salué
Sa disparition intervient dans un contexte politique chargé. Au printemps 2026, son nom restait au centre de plusieurs controverses, notamment après des accusations d’atteintes sexuelles et de harcèlement portées par d’anciens collaborateurs, ainsi que l’annulation par le tribunal administratif de la protection fonctionnelle que la commune lui avait accordée. Dans cette affaire, Santini bénéficiait évidemment du soutien de sa majorité, mais la contestation portait aussi sur l’usage des moyens publics pour défendre un élu mis en cause.
La campagne municipale avait déjà révélé des lignes de fracture. Son retour en lice, à 85 ans, avait divisé à Issy-les-Moulineaux. Une partie de ses soutiens voyait en lui un maire expérimenté, capable de garantir la continuité. Ses adversaires y lisaient au contraire une personnalisation excessive de la vie locale et une difficulté à préparer la suite. Ce débat n’était pas abstrait : dans une ville dense, bien dotée et attractive, la question de la succession détermine autant les projets urbains que l’équilibre entre quartiers, services publics et marges de manœuvre de l’opposition.
La commune devra désormais gérer la transition. Le conseil municipal compte 49 sièges. Tant que la nouvelle équipe n’a pas désigné un maire, l’intérim suit le cadre prévu par le code général des collectivités territoriales. Ce n’est pas une élection générale. Les Isséens n’ont donc pas à revoter immédiatement. Ce sont leurs élus qui choisissent la nouvelle tête de l’exécutif local.
C’est là que se joue l’enjeu principal. Pour la majorité municipale, il faut préserver la continuité politique et administrative. Pour l’opposition, l’ouverture est réelle : une disparition peut accélérer une recomposition, surtout quand le leadership reposait autant sur une personne. Pour les habitants, l’enjeu est plus prosaïque : savoir si les projets engagés seront maintenus, ajustés ou ralentis. Les grands chantiers urbains, les services de proximité, les arbitrages budgétaires et la relation avec le territoire métropolitain dépendent souvent de cette stabilité.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La prochaine étape est claire : la réunion du conseil municipal qui doit formaliser la nouvelle direction de la ville. Le calendrier légal impose une élection rapide du nouveau maire, dans les quinze jours suivant la vacance, si le conseil est complet. C’est ce vote qui dira si Issy-les-Moulineaux entre dans une simple période d’ajustement, ou dans une vraie séquence de succession.
Au-delà d’Issy, cette disparition rappelle aussi ce que pèse un maire dans la vie politique française. Dans les grandes communes franciliennes, la longévité municipale fabrique des réseaux, des habitudes et parfois des dépendances. Quand cette figure s’efface, tout doit être réorganisé : la représentation politique, la chaîne de décision, et la manière de raconter la ville. C’est souvent là que commence la vraie page d’après.



