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MUNICIPALITéS

À Issy-les-Moulineaux, la disparition d’André Santini laisse un vide après 46 ans de pouvoir municipal

André Santini est mort à 85 ans dans la nuit du 31 mai au 1er juin. À Issy-les-Moulineaux, sa disparition ouvre une page inédite après plus de quarante ans de mandat et des hommages venus de tous les camps.

Salle du conseil municipal française avec chaise vide, micros et dossiers flous dans une lumière naturelle claire

Une ville, un homme, une succession à écrire

Quand un maire reste en place plus de quarante ans, il finit par incarner bien plus qu’un mandat. À Issy-les-Moulineaux, la disparition d’André Santini, à 85 ans, ouvre une question très concrète : qui reprend une ville façonnée par un demi-siècle de pouvoir local ?

Le décès est survenu dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin 2026. La mairie d’Issy-les-Moulineaux a confirmé la nouvelle et rappelé qu’André Santini avait dirigé la commune à partir de 1980. Il venait aussi d’être réélu en mars 2026, pour un huitième mandat. La séquence est rare : un élu réélu, puis disparu quelques semaines plus tard, après avoir encore pesé sur la vie municipale jusqu’au bout. La confirmation officielle de la mairie d’Issy-les-Moulineaux précise qu’il a aussi marqué la ville par sa longévité et son rôle dans son développement.

André Santini n’était pas seulement un maire. Il a aussi été député des Hauts-de-Seine, secrétaire d’État chargé de la Fonction publique et président du Syndicat des eaux d’Île-de-France pendant des décennies. Cette accumulation de mandats lui a donné une influence qui dépassait largement sa seule commune. Elle lui a permis de peser sur l’urbanisme, les réseaux publics et l’attractivité économique du territoire.

Issy-les-Moulineaux, laboratoire d’un mandat hors norme

Le cœur de son bilan tient en une idée simple : Issy-les-Moulineaux a changé d’échelle. La ville de 70 000 habitants est passée, au fil des années, d’une commune de banlieue classique à un territoire recherché par les entreprises, les sièges sociaux et les grands projets immobiliers. Les élus proches d’André Santini saluent précisément cette transformation. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a parlé d’une ville “totalement” transformée. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a évoqué un homme qui a travaillé “jusqu’à la dernière heure” pour sa commune.

Cette lecture n’est pas seulement symbolique. Pour les habitants, elle se traduit par des équipements, des aménagements, des recettes fiscales et une image de ville dynamique. Pour les entreprises, elle a offert un cadre attractif, proche de Paris et bien connecté. Pour la commune, l’enjeu est inverse : plus une ville attire, plus elle doit arbitrer entre développement économique, logement, circulation et pression foncière.

Dans ce type de système, le bilan dépend toujours du point de vue. Les grands acteurs économiques gagnent souvent en visibilité, en stabilité et en accès aux décideurs. Les habitants, eux, attendent des services publics, des logements abordables et un cadre de vie soutenable. C’est là que se joue la différence entre une réussite de communication et une transformation durable.

Des hommages au-delà des camps politiques

Les réactions ont dépassé les frontières partisanes. À droite, Rachida Dati a salué un “maire visionnaire”. Dans le camp présidentiel, la ministre des Sports Marina Ferrari a rendu hommage à une “figure singulière” de la vie publique française. Yaël Braun-Pivet a résumé une perception largement partagée chez les élus : certains administrent une ville, d’autres entrent dans son histoire.

À gauche aussi, les mots ont été sobres et respectueux. Emmanuel Grégoire a salué un “maire bâtisseur”. Karim Bouamrane a parlé d’un homme qui aura consacré sa vie au service de ses concitoyens. Même le Rassemblement national, par la voix de Julien Odoul, a rendu hommage à son parcours. Cette convergence dit quelque chose de rare : Santini avait construit un personnage politique plus grand que son camp.

Ce type d’hommage dit aussi qui bénéficie de l’héritage. Les élus qui l’ont côtoyé se réclament d’une forme d’efficacité locale, fondée sur la durée, la maîtrise des dossiers et la proximité avec les réseaux économiques. À l’inverse, ses adversaires historiques ont souvent dénoncé un pouvoir très personnel, marqué par une forte centralisation des décisions.

Un héritage politique, mais aussi une zone d’ombre

La fin de carrière d’André Santini a aussi été accompagnée de procédures. En juillet 2022, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête après des plaintes déposées par deux jeunes employés pour agression sexuelle et harcèlement sexuel et moral. Les faits ont été contestés par l’élu. En novembre 2022, les deux hommes ont également porté plainte pour prise illégale d’intérêts. Ces éléments n’effacent pas le reste de sa trajectoire, mais ils empêchent de la résumer à une simple légende locale.

Pour les habitants, cette coexistence entre bilan de long terme et accusations graves produit une lecture plus complexe. D’un côté, un maire qui a laissé une empreinte forte sur le territoire. De l’autre, des procédures qui rappellent que la longévité politique peut aussi créer des rapports de dépendance, des habitudes de pouvoir et une moindre distance entre l’homme public et les institutions qu’il contrôle.

C’est là tout le paradoxe des barons locaux. Ils stabilisent une ville. Ils peuvent aussi la verrouiller. Ils accélèrent les projets. Ils concentrent aussi les critiques. Dans le cas d’Issy-les-Moulineaux, cette tension fait désormais partie du legs laissé par André Santini.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain enjeu est municipal. Il faudra voir comment la majorité isséenne réorganise la suite après un règne aussi long. La question n’est pas seulement celle du nom du futur maire. Elle porte aussi sur la méthode, les équilibres internes et la continuité des grands dossiers locaux.

À l’échelle francilienne, un autre point comptera : la place qu’occupait encore André Santini dans les réseaux d’influence des Hauts-de-Seine et du grand Paris. Sa disparition ferme un chapitre. Elle laisse aussi un vide politique dans un territoire où les alliances locales pèsent souvent autant que les étiquettes nationales.

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