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RELATIONS DIPLOMATIQUES

Comment Eramet veut mieux valoriser le manganèse gabonais sans renoncer à la rentabilité

En marge de la visite d’État du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris, du 19 au 22 juillet 2026, Eramet a signé avec sa filiale Eramet Comilog et la République gabonaise un protocole d’accord qui dessine une trajectoire industrielle inédite pour le manganèse gabonais. Trois scénarios de transformation locale sont mis à l’étude, avec un objectif : transformer davantage sur place et se rapprocher de marchés à plus forte valeur ajoutée, selon une stratégie progressive et sélective où chaque investissement restera conditionné à l’existence de débouchés, à une énergie compétitive et à une rentabilité démontrée.

Échantillons de manganèse tenus par un opérateur devant un site industriel de transformation au Gabon.

La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema, la deuxième en France depuis son élection en avril 2025, a placé le manganèse au premier rang de l’agenda franco-gabonais. Accompagné d’une importante délégation de ministres, de chefs d’entreprise et de journalistes, le président gabonais est venu à Paris assurer le suivi des accords conclus à Libreville en novembre 2025, lors du déplacement d’Emmanuel Macron au Gabon. C’est dans ce cadre que le protocole a été signé le 20 juillet 2026 à l’Élysée, en présence des deux chefs d’État. Il organise l’étude de solutions industrielles visant à transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an au Gabon d’ici à la fin 2031.

La création de valeur ne dépend pas seulement de la quantité de minerai extraite. Elle tient à la capacité d’un groupe à transformer cette ressource, à diversifier ses débouchés et à investir au bon moment. Cette ambition n’est pas encore un programme d’investissements engagé. Le protocole fixe une méthode, identifie trois scénarios et détermine les conditions de leur mise en œuvre. Eramet entend ainsi avancer dans la chaîne de valeur sans renoncer à sa discipline industrielle et financière.

Transformer davantage localement

Au Gabon, Eramet s’appuie sur un socle industriel déjà constitué. À travers Comilog, le groupe transforme une partie du minerai au Complexe industriel de Moanda depuis 2000 et au Complexe métallurgique de Moanda depuis 2015, présenté comme l’unique site de transformation du manganèse en activité au Gabon et en Afrique centrale. Le protocole prolonge donc une expérience concrète : augmenter progressivement la part transformée sur le territoire, dans des conditions qui créent de la valeur pour l’économie locale comme pour l’opérateur.

L’oxyde de manganèse peut entrer dans la chaîne de valeur des batteries pour véhicules électriques ou dans les aciers à haute performance ; les alliages sont destinés à la sidérurgie. Eramet ne pose pas pour principe que toute transformation locale serait créatrice de valeur : chaque scénario est confronté à ses coûts, à ses débouchés et à ses conditions opérationnelles.

Trois scénarios complémentaires

Le premier scénario porte sur une usine d’oxyde de manganèse dans la région de Libreville, d’une capacité initiale de 10 000 tonnes par an, soit environ 20 000 tonnes de minerai transformé, avec une mise en service possible d’ici fin 2028. Son échelle maîtrisée permettrait de tester un marché ciblé avant d’envisager de nouvelles unités de 50 000 tonnes par an, avec le soutien de partenaires investisseurs, si les débouchés se confirment. La première usine reste soumise à une décision finale d’investissement.

Le deuxième scénario concerne la réfection du Complexe métallurgique de Moanda et un plan d’amélioration de sa rentabilité. Les études doivent déterminer un optimum économique et la capacité appropriée, qui pourrait atteindre 70 000 tonnes d’alliages par an, soit environ 150 000 tonnes de minerai, avec un redémarrage envisagé d’ici fin 2029. Avant de développer un nouvel actif, le groupe examine la possibilité de restaurer une infrastructure existante et de capitaliser sur les compétences déjà présentes à Moanda.

Cette option assume un passif. Le CMM a connu un parcours industriel difficile : dysfonctionnements récurrents relevés dès ses premières années, abandon en 2020 de la production de manganèse métal au profit de l’oxyde, rentabilité sous pression. En 2025 encore, l’EBITDA de l’activité alliages d’Eramet a reculé de 20 %, pénalisé par la baisse des prix de vente et la hausse du coût des réducteurs. Rechercher un « optimum économique » à Moanda revient à reconnaître que la transformation locale n’y a pas encore trouvé son équilibre, et à vouloir le corriger.

Le troisième scénario, le plus important par son échelle, prévoit une nouvelle usine d’alliages de manganèse à proximité de la côte, destinée au marché de l’acier, d’une capacité pouvant atteindre 265 000 tonnes par an (environ 530 000 tonnes de minerai), pour un démarrage possible en 2031. Compte tenu de son ampleur, elle ne pourrait être engagée qu’après une convention d’investissement distincte, la sécurisation des conditions énergétiques et logistiques et une décision finale d’investissement d’Eramet et d’Eramet Comilog.

Une stratégie de débouchés

Ces trois scénarios permettent à Eramet d’étudier plusieurs produits et plusieurs marchés plutôt que de miser sur un seul modèle industriel. Cette diversification rejoint les deux piliers stratégiques du groupe : croître dans les métaux nécessaires au développement économique mondial et développer durablement les métaux critiques de la transition énergétique. La capacité initiale limitée du projet d’oxyde vise à vérifier la demande avant d’engager davantage.

L’énergie, condition décisive

Transformer du manganèse suppose une énergie disponible, fiable et compétitive. Le protocole reconnaît cet accès comme un préalable au développement de la chaîne de valeur, en particulier pour les capacités d’alliages. Pour l’usine côtière, la République gabonaise doit assurer le développement des solutions énergétiques nécessaires, avec le soutien de tiers autres qu’Eramet et Eramet Comilog. Une transformation plus poussée ne sera pertinente que si le coût de l’énergie permet aux produits fabriqués au Gabon de rester compétitifs.

Investir avec discipline

L’examen des projets reposera sur des paramètres économiques objectifs, Eramet évaluant leur rentabilité de façon autonome afin de ne mettre en œuvre que des options rentables. L’objectif de transformation locale est affirmé, mais il ne conduit pas le groupe à suspendre ses critères de décision : chaque projet doit démontrer sa capacité à fonctionner durablement.

« Le résultat est là : une feuille de route ambitieuse, co-construite avec les autorités, reposant sur des études techniques sérieuses, un cadre de travail transparent et un partage clair des responsabilités et des conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Je suis convaincue qu’avec cette méthode, nous pourrons réussir ensemble et contribuer dans la durée au développement économique et industriel du Gabon. »

Christel Bories, présidente-directrice générale d’Eramet

Un comité réunissant des représentants de la République gabonaise, d’Eramet et d’Eramet Comilog se réunira au moins une fois par trimestre pour suivre l’avancement des trois projets industriels, de la filière de biocharbon et du fonds « Fabriqué au Gabon ».

Le biocharbon comme levier

La recherche de valeur concerne aussi les intrants et la maîtrise de la chaîne industrielle. Eramet et Eramet Comilog se sont engagés à développer une filière locale de biocharbon à partir de coproduits de l’industrie forestière gabonaise. Utilisable comme bio-réducteur en substitution du coke métallurgique, il pourrait réduire les importations de coke et décarboner la transformation du minerai. La filière a commencé à se matérialiser en juillet 2026 avec un four pilote installé à Lastourville, en partenariat avec Precious Woods ; une unité de 10 000 tonnes par an est à l’étude à l’horizon 2029.

Une valeur partagée localement

La feuille de route intègre enfin le futur fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon », lancé par Eramet et Eramet Comilog pour favoriser la création d’activités industrielles gabonaises et viser, à terme, la création de 3 000 emplois. Eramet Comilog et Setrag s’appuieront sur leurs politiques d’achat local pour offrir des débouchés à ces entreprises. Le montant du fonds et sa gouvernance ne sont pas encore publics : les 3 000 emplois constituent un objectif à terme, non des recrutements déjà programmés.

Eramet ne promet donc pas une création de valeur immédiate. Le groupe établit les conditions qui pourraient la rendre possible : des produits plus transformés, plusieurs marchés cibles, un développement par étapes, une énergie compétitive et une sélection rigoureuse des investissements. La volonté gabonaise de transformer davantage sur place et l’exigence de rentabilité du groupe ne sont pas opposées ; la feuille de route cherche à les rendre compatibles.

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