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INTERNATIONAL La France entre les blocs

À l’ONU, Macron mise sur la coopération pour protéger les civils et défendre l’indépendance face aux grandes puissances

À l’ONU, Emmanuel Macron a défendu le multilatéralisme, la reconnaissance de l’État palestinien et des moratoires en Ukraine. Il propose aussi une coopération internationale pour éviter une dépendance technologique envers Washington et Pékin.

La salle de l’Assemblée générale de l’ONU avec les pupitres des délégués et la tribune au centre.
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En bref

Devant l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a défendu la coopération internationale face aux rivalités entre grandes puissances. Il a soutenu la solution à deux États, proposé des moratoires pour protéger les civils en Ukraine et appelé à partager les moyens nécessaires au développement d’une intelligence artificielle indépendante.

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Que peut encore peser la France quand les guerres s’enlisent, que les grandes puissances se confrontent et que les règles internationales reculent ? À New York, Emmanuel Macron a répondu par un plaidoyer pour la coopération entre États. Mais son discours a aussi révélé les limites concrètes de cette ambition.

Un dernier grand plaidoyer pour le multilatéralisme

Le 22 septembre 2025, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron a défendu une idée centrale : les États ne peuvent pas régler seuls les crises qui les dépassent.

Le président français a dénoncé le « retour de l’impérialisme », « l’arrogance » et « la force sans règle ni retenue ». Il a également alerté contre la concentration du pouvoir et des richesses entre les mains de quelques puissances.

Son diagnostic est direct. Le monde se divise progressivement entre blocs rivaux. Dans ce contexte, les pays les moins puissants risquent de subir les décisions prises par les plus grands.

Emmanuel Macron a donc appelé à « ne rien céder » à cette évolution. Il a opposé deux visions : celle d’un « retour de la loi de la jungle » et celle d’une « société internationale civilisée ».

Cette deuxième option repose sur le multilatéralisme. Le terme désigne une organisation des relations internationales fondée sur des décisions prises collectivement, notamment dans le cadre de l’ONU.

La France cherche ainsi à défendre un espace entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Cette stratégie correspond à la ligne d’« autonomie stratégique » promue par Emmanuel Macron. Elle vise à éviter que l’Europe ne devienne un simple soutien de Washington ou une puissance dépendante de Pékin.

Gaza au centre des tensions diplomatiques

Le conflit à Gaza a occupé une place majeure dans le discours présidentiel. Emmanuel Macron a décrit la situation humanitaire comme un « spectacle qui nous fait honte à tous ».

Il a aussi posé une question politique : « Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? » Cette formule vise les gouvernements qui condamnent la situation sans parvenir à imposer un cessez-le-feu durable ni un accès humanitaire suffisant.

Le président français a réaffirmé son soutien à une solution à deux États. Ce projet prévoit la coexistence d’un État israélien et d’un État palestinien, avec des garanties de sécurité et une reconnaissance mutuelle.

Le même jour, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Il a toutefois associé cette reconnaissance à plusieurs conditions politiques : la libération des otages, un cessez-le-feu, la démilitarisation de Gaza et l’exclusion du Hamas de la future gouvernance du territoire.

Cette position cherche à répondre à deux impératifs. D’un côté, elle affirme le droit des Palestiniens à disposer d’un État. De l’autre, elle maintient la condamnation de l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 et la demande de sécurité pour Israël.

La réaction israélienne a été très hostile. Le bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou a qualifié d’« absurdité grotesque » les propos d’Emmanuel Macron sur la Cisjordanie. Israël conteste notamment l’idée que le Hamas serait absent de ce territoire et accuse le président français de présenter une lecture partiale du conflit.

Le désaccord dépasse donc la question des mots. Pour la France, l’absence de perspective politique alimente la guerre et fragilise la sécurité régionale. Pour le gouvernement israélien, la priorité reste la neutralisation du Hamas et la prévention de nouvelles attaques.

Ukraine : des moratoires difficiles à imposer

Emmanuel Macron a également proposé un « double moratoire » sur les frappes visant les infrastructures énergétiques et civiles en Russie et en Ukraine.

Un moratoire est une suspension temporaire d’une action. Dans ce cas, l’objectif serait de protéger les populations à l’approche de l’hiver, alors que les attaques contre les réseaux électriques et les installations énergétiques peuvent priver des millions de personnes de chauffage et d’électricité.

Le président français a aussi défendu un moratoire en mer Noire. Il permettrait, selon lui, de sécuriser la circulation des céréales et de limiter les effets de la guerre sur les pays dépendants des exportations ukrainiennes et russes.

Cette proposition bénéficierait d’abord aux civils ukrainiens et russes. Elle pourrait aussi aider les pays importateurs de céréales, notamment dans les régions déjà exposées à l’insécurité alimentaire.

Mais sa mise en œuvre dépend entièrement de l’accord des belligérants. Or la Russie et l’Ukraine utilisent leurs infrastructures comme des leviers militaires. Une suspension limitée pourrait donc être perçue comme un avantage temporaire offert à l’adversaire.

La proposition française illustre ainsi une difficulté constante de la diplomatie : obtenir des engagements communs quand les parties en guerre estiment encore pouvoir gagner par la force.

Une « coalition des indépendants » sur l’intelligence artificielle

Le troisième volet du discours concernait l’intelligence artificielle. Emmanuel Macron a appelé les États attachés à leur indépendance à unir leurs moyens pour ne dépendre ni des États-Unis ni de la Chine.

Il a proposé de mutualiser les capacités de calcul, les investissements et les infrastructures nécessaires au développement de modèles avancés. Il a aussi défendu une IA « open source », c’est-à-dire une technologie dont le fonctionnement et l’utilisation peuvent être partagés plus largement.

Pour les pays européens et les États émergents, l’enjeu est stratégique. Les systèmes d’IA nécessitent des investissements considérables, des puces électroniques, des centres de données et beaucoup d’électricité. Sans coopération, seuls quelques groupes privés et quelques grandes puissances peuvent rivaliser.

Cette stratégie pourrait donc réduire la dépendance technologique des pays moins puissants. Elle pose toutefois une question : qui financerait les infrastructures et qui contrôlerait les usages ? Une IA plus accessible ne garantit pas, à elle seule, une technologie plus sûre ou plus démocratique.

Les associations et les chercheurs alertent depuis plusieurs années sur les risques liés aux biais, à la surveillance, à la désinformation et à la consommation énergétique des centres de données. La souveraineté technologique ne peut donc pas se limiter à produire des modèles concurrents de ceux des États-Unis et de la Chine.

Une influence française à mesurer sur le terrain

Le discours présidentiel affirme une ambition : préserver des règles communes dans un monde marqué par les rapports de force. Toutefois, la capacité de la France à transformer ces propositions en décisions dépend de ses partenaires.

Sur Gaza, Paris doit convaincre Israël, les pays arabes, les États-Unis et les autres membres de l’ONU. Sur l’Ukraine, un moratoire suppose un engagement russe et ukrainien. Sur l’intelligence artificielle, la France doit obtenir des financements et des coopérations durables.

Les prochaines étapes permettront donc de distinguer le message diplomatique des résultats concrets. Il faudra suivre la mise en œuvre de la reconnaissance française de l’État de Palestine, les discussions sur un cessez-le-feu à Gaza et les initiatives destinées à protéger les infrastructures civiles en Ukraine.

Le calendrier international devra également préciser si la « coalition des indépendants » peut devenir un véritable projet industriel. Sans moyens communs, elle restera un slogan. Avec des investissements et des règles partagées, elle pourrait devenir l’un des rares leviers permettant à des pays intermédiaires de peser face aux grandes puissances.

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