À l’ONU, l’Iran tente de rouvrir le dialogue tandis que les tensions avec Washington menacent la stabilité mondiale
La venue de Massoud Pezeshkian à l’ONU intervient dans un contexte de tensions avec Washington, de guerre à Gaza et d’incertitudes sur le nucléaire iranien. Les discussions portent aussi sur l’Ukraine et l’intelligence artificielle.

Massoud Pezeshkian s’est exprimé à l’ONU alors que l’Iran et les États-Unis restent opposés sur le nucléaire, les sanctions et les crises régionales. Sa venue devait tester les possibilités d’un dialogue, dans un contexte marqué par Gaza, la guerre en Ukraine et les risques liés à l’intelligence artificielle.
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Que peut encore produire une prise de parole à l’ONU quand Washington et Téhéran se menacent ouvertement ? La venue de Massoud Pezeshkian à New York devait servir à tester la possibilité d’un dialogue, alors que les tensions militaires et nucléaires restaient élevées.
Une présence iranienne très surveillée à New York
Le président iranien Massoud Pezeshkian est arrivé à New York pour participer à la 79e Assemblée générale des Nations unies. Il devait s’exprimer à la tribune le mardi 24 septembre 2024, et non le mercredi 23 septembre comme l’indiquait initialement le calendrier transmis.
Cette intervention était particulièrement attendue. Élu en juillet 2024, Massoud Pezeshkian se présentait comme un réformateur relatif au sein du régime iranien. Sa marge de manœuvre restait toutefois limitée par le guide suprême, Ali Khamenei, qui conserve le dernier mot sur les grandes orientations de sécurité et de politique étrangère.
La présence du président iranien à New York a été rendue possible par l’octroi de visas américains à sa délégation. Cette décision intervient alors que les États-Unis et l’Iran n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980 et s’opposent sur le programme nucléaire iranien, les sanctions économiques et le rôle de Téhéran au Moyen-Orient.
Les autorités américaines ont justifié cette autorisation par leurs obligations de pays hôte du siège des Nations unies. Le principe est simple : les États-Unis doivent permettre aux représentants officiels des pays membres de participer aux réunions de l’ONU, même lorsque ces pays sont adversaires.
Le programme officiel de l’ONU confirme que Massoud Pezeshkian a pris la parole le 24 septembre 2024 lors du débat général de la 79e session.
Entre fermeté publique et ouverture diplomatique
Avant son discours, le président iranien avait promis de « défendre fermement » les positions de son pays. Cette formule visait d’abord l’opinion publique iranienne. Elle devait montrer que la nouvelle présidence ne renoncerait ni aux intérêts stratégiques de l’Iran ni à son refus de céder sous la pression américaine.
Mais le déplacement comportait aussi un volet diplomatique. Plusieurs responsables iraniens laissaient entendre que Téhéran souhaitait ouvrir une nouvelle phase dans ses relations internationales. L’objectif était de réduire l’isolement du pays sans accepter un accord perçu comme imposé par Washington.
Le principal dossier reste l’accord nucléaire conclu en 2015. Ce texte encadrait les activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée progressive des sanctions. Les États-Unis s’en sont retirés en 2018, sous la présidence de Donald Trump. Depuis, l’Iran a progressivement réduit ses engagements, tandis que les sanctions américaines ont continué de peser sur son économie.
Pour les dirigeants iraniens, une reprise des discussions ne peut donc pas se limiter à de nouvelles obligations nucléaires. Téhéran réclame aussi des garanties économiques et politiques. Washington, de son côté, veut empêcher que l’Iran puisse se rapprocher du seuil nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire.
Le face-à-face indirect avec Donald Trump
Le discours iranien intervenait après celui de Donald Trump, qui avait déclaré devoir choisir entre « anéantir » l’Iran et conclure un accord. L’ancien président américain évoquait également la possibilité d’une entente après l’élection présidentielle américaine de novembre 2024.
Ces déclarations plaçaient Massoud Pezeshkian dans une position délicate. Une réponse trop conciliante pouvait être interprétée comme une faiblesse à Téhéran. Une réponse trop dure risquait de fermer les rares canaux diplomatiques encore ouverts.
La difficulté est aussi économique. Les sanctions américaines limitent les exportations de pétrole, l’accès aux circuits financiers internationaux et les investissements étrangers. Les grands groupes iraniens peuvent parfois contourner une partie de ces restrictions grâce à des intermédiaires ou à des partenaires comme la Chine et la Russie. Les petites entreprises et les ménages, eux, disposent de beaucoup moins de solutions.
Cette pression nourrit l’inflation et fragilise le pouvoir d’achat. Elle touche donc directement la population iranienne. Dans le même temps, les autorités américaines estiment que les sanctions sont nécessaires pour contraindre Téhéran à modifier sa politique nucléaire et régionale.
Gaza et l’Ukraine au centre des échanges
L’Iran n’était pas le seul sujet sensible de cette journée. Emmanuel Macron a dénoncé à la tribune de l’ONU un « spectacle » qui « fait honte » à Gaza. Le président français a défendu la solution à deux États et appelé à agir face à la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne.
Il a également critiqué les opérations israéliennes en Cisjordanie. Emmanuel Macron a notamment affirmé que le Hamas n’y était pas actif comme il l’est à Gaza, où le mouvement contrôle de fait le territoire depuis 2007. Le bureau du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a qualifié ses propos d’« absurdité grotesque ».
Cette opposition illustre le désaccord entre la France et le gouvernement israélien sur la conduite de la guerre et l’avenir politique des territoires palestiniens. Paris insiste sur la nécessité d’un horizon politique. Israël met en avant la sécurité et la lutte contre les groupes armés.
La guerre en Ukraine devait aussi occuper les discussions. Volodymyr Zelensky a rencontré Donald Trump à New York. Le président ukrainien a déclaré que les deux pays souhaitaient voir le conflit prendre fin « avant l’hiver ».
Il a surtout renouvelé sa demande de systèmes de défense antiaérienne Patriot. Ces équipements américains sont conçus pour intercepter des missiles et certains projectiles très rapides. Pour l’Ukraine, ils protègent les villes et les infrastructures critiques. Pour Washington, leur livraison dépend toutefois des stocks disponibles, des coûts et de la stratégie militaire retenue.
L’intelligence artificielle, nouveau sujet de sécurité internationale
Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU devait enfin porter sur l’intelligence artificielle. Des dirigeants du secteur, dont Sam Altman pour OpenAI, Dario Amodei pour Anthropic et Clément Delangue pour Hugging Face, étaient attendus.
Le débat dépasse désormais la seule innovation technologique. Les États s’interrogent sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les conflits, la désinformation, la surveillance et les cyberattaques. Ils cherchent aussi à déterminer quelles règles pourraient s’appliquer aux entreprises privées qui développent ces outils.
Pour les grandes puissances technologiques, une coordination internationale peut limiter les risques et rendre les règles plus prévisibles. Pour de nombreux États et associations, l’enjeu est d’abord de contrôler les usages militaires et les effets sociaux de ces technologies. Les pays disposant de peu de moyens techniques redoutent, eux, de devenir dépendants des acteurs américains ou chinois.
Les prochaines étapes à surveiller
La prise de parole de Massoud Pezeshkian ne pouvait pas, à elle seule, relancer les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Elle pouvait toutefois fixer le ton de la nouvelle présidence iranienne et mesurer les possibilités de contacts indirects.
Le calendrier américain devait peser lourd. L’élection présidentielle de novembre 2024 pouvait modifier la politique de Washington à l’égard de Téhéran. Il fallait aussi surveiller les discussions européennes sur le nucléaire iranien, les tensions entre Israël et les groupes soutenus par l’Iran, ainsi que l’évolution de la guerre à Gaza.
À l’ONU, les discours donnent une visibilité mondiale aux positions nationales. Les décisions concrètes se prennent cependant ailleurs : dans les négociations diplomatiques, les réunions du Conseil de sécurité et les arbitrages militaires et économiques des États.



