Reconnaissance de la Palestine : le pari français pour sortir Gaza et la Cisjordanie de l’impasse diplomatique
À l’ONU, Emmanuel Macron défend la reconnaissance de la Palestine et la solution à deux États. Israël rejette ses critiques sur Gaza et la Cisjordanie, alors que les violences compliquent toute issue politique.

À l’ONU, Emmanuel Macron appelle à un cessez-le-feu à Gaza, à la libération des otages et à la création de deux États. Il critique aussi les violences et l’expansion des colonies en Cisjordanie. Israël rejette cette analyse, tandis que la France tente de transformer sa reconnaissance de la Palestine en levier diplomatique.
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Que peut encore peser la diplomatie quand les bombardements continuent et que l’aide humanitaire n’atteint pas suffisamment les civils ? À l’ONU, Emmanuel Macron a choisi de poser cette question directement, en visant la situation à Gaza et la politique israélienne en Cisjordanie.
À l’ONU, Macron place la solution à deux États au centre
Le président français s’est exprimé le lundi 22 septembre 2025 à New York, lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Il y a défendu une nouvelle fois la création de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte avec des garanties de sécurité réciproques.
Cette prise de parole intervenait le jour où la France annonçait officiellement la reconnaissance de l’État de Palestine. La décision s’inscrivait dans une initiative franco-saoudienne soutenue par 142 pays. Elle prévoyait notamment la libération des otages détenus à Gaza, un cessez-le-feu, l’acheminement de l’aide et la mise en place d’une administration palestinienne de transition.
Emmanuel Macron a aussi rappelé la responsabilité du Hamas dans les attaques du 7 octobre 2023 et demandé la libération des otages. Mais il a surtout insisté sur les conséquences de la riposte israélienne pour les populations civiles palestiniennes.
« Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? », a-t-il lancé. Puis il a dénoncé l’idée de continuer à « contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ».
Gaza et la Cisjordanie, deux fronts liés mais différents
La bande de Gaza est contrôlée par le Hamas depuis 2007. Elle est devenue le principal théâtre de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023. La Cisjordanie, elle, est administrée en partie par l’Autorité palestinienne. Le Hamas n’y exerce pas le même contrôle politique.
Cette distinction explique l’argument avancé par Emmanuel Macron. Selon lui, les restrictions, les opérations militaires et l’expansion des colonies en Cisjordanie ne peuvent pas être justifiées uniquement par la lutte contre le Hamas.
Le président français a ainsi dénoncé des « violations » commises quotidiennement dans ce territoire. Il a estimé qu’elles rendaient plus difficile encore la création d’un État palestinien viable. Or, sans continuité territoriale entre Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, la solution à deux États risque de rester théorique.
Les données des Nations unies montrent aussi une hausse durable des violences liées aux colons israéliens. L’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires en Cisjordanie a recensé plus de 260 attaques de colons en octobre 2025, soit environ huit incidents par jour. Ces attaques ont provoqué des morts, des blessés ou des dégâts matériels.
Pour les habitants palestiniens, les conséquences sont concrètes : terres agricoles dégradées, accès bloqués, déplacements forcés et difficultés à rejoindre les écoles ou les services de santé. Les communautés rurales et bédouines sont particulièrement exposées.
La riposte israélienne : une accusation de déni de la menace
Le gouvernement israélien a immédiatement rejeté l’analyse française. Le bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou a qualifié les propos d’Emmanuel Macron d’« absurdité grotesque ».
Le dirigeant israélien a affirmé que des membres du Hamas ou d’autres groupes armés menaient régulièrement des attaques contre des Israéliens en Cisjordanie. Il a cité la mort récente d’un colon israélien, père de six enfants et également de nationalité française, tué par balles à la veille de Yom Kippour.
L’armée israélienne a annoncé l’arrestation d’un suspect palestinien dans un hôpital. Elle a ensuite conduit un raid dans le village auquel il était rattaché. Un ministre israélien a demandé l’exécution du tireur, en s’appuyant sur une nouvelle loi.
Cette réponse met en avant une réalité souvent rappelée par Israël : des civils israéliens sont victimes d’attaques en Cisjordanie. Pour les autorités israéliennes et leurs soutiens, la sécurité doit rester la priorité. Ils reprochent à Emmanuel Macron de minimiser les violences palestiniennes et de présenter la Cisjordanie comme un espace sans menace armée.
L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a lui aussi jugé le discours français « déconnecté de la réalité ». Cette réaction illustre le fossé entre Paris et le gouvernement israélien, mais aussi entre une partie des capitales occidentales sur la manière de répondre à la guerre.
Une confrontation diplomatique aux effets très concrets
Pour la France, la reconnaissance de la Palestine vise à préserver une perspective politique. Paris veut soutenir les Palestiniens favorables à une solution négociée, tout en maintenant la demande de libération des otages et de démantèlement militaire du Hamas.
Pour le gouvernement israélien, cette démarche arrive au mauvais moment. Elle est perçue comme une pression internationale supplémentaire, alors que les autorités affirment vouloir obtenir la sécurité par la poursuite des opérations militaires.
Les populations civiles, elles, ne maîtrisent aucun de ces leviers diplomatiques. À Gaza, les habitants dépendent de l’accès à l’eau, aux soins, à la nourriture et aux voies humanitaires. En Cisjordanie, les Palestiniens subissent les restrictions de circulation, les raids et les violences de colons. Les civils israéliens restent exposés aux tirs, aux attaques individuelles et à la menace d’autres groupes armés.
Le rapport de force est toutefois très inégal. Israël dispose d’une armée, d’un État et d’un soutien diplomatique important. Les Palestiniens vivent sous occupation en Cisjordanie et dans un territoire ravagé par la guerre à Gaza. Cette différence pèse directement sur leur capacité à se protéger et à négocier.
La France cherche donc à combiner plusieurs exigences : condamner les crimes commis par le Hamas, protéger les Israéliens, obtenir un cessez-le-feu et empêcher l’annexion progressive de la Cisjordanie. L’équilibre est diplomatiquement difficile. Il devient aussi plus fragile à mesure que les destructions et les violences se poursuivent.
Les prochaines étapes seront décisives
Le débat ne s’arrêtera pas au discours français. Benyamin Nétanyahou doit à son tour s’exprimer devant l’Assemblée générale de l’ONU. Son intervention permettra de mesurer s’il répond directement aux accusations françaises ou s’il privilégie la défense de la stratégie israélienne.
Il faudra aussi surveiller la mise en œuvre de la déclaration soutenue par 142 pays. Une reconnaissance diplomatique ne crée pas, à elle seule, un cessez-le-feu, une administration palestinienne ou un accès humanitaire durable.
Le véritable test sera donc concret : libération des otages, arrêt des bombardements, entrée de l’aide à Gaza et réduction des violences en Cisjordanie. Sans avancée sur ces quatre points, la solution à deux États restera une perspective diplomatique sans traduction sur le terrain.



