À l’ONU, le multilatéralisme face au rapport de force : ce que les tensions mondiales changent pour les Français
À l’ONU, Emmanuel Macron défend la coopération internationale face à la stratégie de confrontation de Donald Trump. Crises énergétiques, guerre avec l’Iran et rivalités entre puissances peuvent toucher directement les ménages français.

À l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron oppose la coopération internationale à la logique de confrontation défendue par Donald Trump. La crise avec l’Iran, les tensions autour du détroit d’Ormuz et les rivalités entre puissances peuvent peser sur les approvisionnements, les prix de l’énergie et l’économie française.
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Que peut changer un discours prononcé à New York sur le prix de l’énergie, les conflits ou la sécurité en Europe ? En apparence, peu de choses. Pourtant, les prises de parole à l’ONU fixent les rapports de force et les priorités diplomatiques pour les mois à venir.
Un monde marqué par les crises et les menaces
La semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies se déroule du 18 au 28 septembre 2026. Elle réunit les dirigeants du monde entier autour des guerres, du climat, du développement et de la réforme de l’ordre international. L’ONU présente cette 81e session comme un moment destiné à relancer la coopération entre États.
Le contexte est particulièrement tendu. La guerre engagée par les États-Unis contre l’Iran a placé le détroit d’Ormuz au centre des inquiétudes. Ce passage maritime est essentiel pour les exportations d’hydrocarbures. Toute perturbation peut donc peser sur les marchés et, rapidement, sur les factures de carburant et d’électricité.
Le 22 septembre, Donald Trump a défendu son choix devant l’Assemblée générale. Il a présenté à Téhéran une alternative entre un accord et le risque d’un « anéantissement », selon le compte rendu publié par les Nations unies.
Quelques heures plus tard, Emmanuel Macron a choisi un autre registre. Le président français a défendu le droit international, l’action collective et le rôle des Nations unies. Son message central tient en une formule : « Ne cédons pas à la division du monde. »
Macron défend le multilatéralisme
Le multilatéralisme désigne une méthode simple dans son principe : plusieurs pays négocient et décident ensemble, plutôt qu’une seule puissance impose ses choix. Pour Emmanuel Macron, cette méthode reste indispensable face aux conflits, au changement climatique et aux bouleversements technologiques.
Le chef de l’État français a rejeté l’idée d’une opposition durable entre un « Nord » riche et un « Sud » marginalisé. Il a également contesté la constitution de blocs fermés, notamment entre les pays occidentaux et les puissances émergentes.
Cette position vise à préserver la capacité de dialogue de la France. Paris veut continuer à parler avec les États-Unis et ses partenaires européens, tout en conservant des relations avec les pays africains, arabes, asiatiques et latino-américains. La stratégie permet aussi à la France de défendre son siège permanent au Conseil de sécurité et son rôle de puissance diplomatique.
Mais le discours répond également à une inquiétude concrète. Lorsque les grandes puissances contournent les institutions internationales, les pays moins puissants disposent de moins de moyens pour défendre leurs intérêts. Les États insulaires, par exemple, subissent fortement le changement climatique alors qu’ils contribuent peu aux émissions mondiales.
La France cherche donc à présenter l’ONU comme un espace de protection collective. Paris défend aussi la coopération sur les océans, la transition énergétique, la santé mondiale et la régulation des nouvelles technologies.
Deux visions opposées de l’action internationale
Le contraste avec Donald Trump est net. Le président américain privilégie le rapport de force et la pression directe. Cette approche peut séduire les gouvernements qui veulent obtenir rapidement des concessions ou afficher leur fermeté devant leur opinion publique.
Elle comporte toutefois un risque majeur. Une menace publique peut réduire l’espace disponible pour une négociation. Elle peut aussi aggraver les tensions militaires et fragiliser les populations civiles. Dans le cas du conflit avec l’Iran, les conséquences dépassent largement les frontières des deux pays.
La ligne française n’est pas exempte de difficultés. Défendre la coopération ne suffit pas à rétablir la paix. L’ONU reste paralysée dans plusieurs crises par les désaccords entre membres permanents du Conseil de sécurité. De plus, les États du Sud reprochent régulièrement aux puissances occidentales d’invoquer le droit international de manière variable selon les conflits.
Cette critique est importante pour comprendre la portée du discours présidentiel. Le rapprochement entre le Nord et le Sud ne peut pas reposer uniquement sur des déclarations. Il suppose des engagements sur le financement du développement, l’accès aux technologies, la dette, le climat et la représentation des pays émergents dans les institutions mondiales.
Le Qatar a, lui aussi, appelé à une issue diplomatique à la crise. Sa position montre qu’une partie des acteurs régionaux refuse de choisir entre l’alignement sur Washington et la rupture avec les États-Unis. Ces pays cherchent à protéger leur sécurité, leurs échanges commerciaux et leurs approvisionnements énergétiques.
Des conséquences concrètes pour les Français
Les débats de New York peuvent sembler éloignés du quotidien. Pourtant, la situation internationale pèse déjà sur les prix de l’énergie. Le détroit d’Ormuz, les infrastructures énergétiques touchées en Russie et en Ukraine et les tensions sur les approvisionnements alimentent les inquiétudes des gouvernements européens.
Emmanuel Macron a réuni les chefs des partis représentés au Parlement le 18 septembre pour évoquer ces conséquences. L’exécutif français a notamment annoncé vouloir sécuriser les importations, renforcer les stocks et accompagner les ménages ainsi que les secteurs économiques les plus exposés.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les ménages modestes consacrent une part plus importante de leur budget au chauffage et aux déplacements. Les entreprises industrielles subissent directement la hausse de l’électricité et du gaz. Les grandes sociétés peuvent parfois négocier leurs contrats ou absorber une partie du choc. Les petites entreprises disposent de marges financières beaucoup plus limitées.
La politique étrangère devient ainsi une question économique et sociale. Un blocage maritime, une nouvelle escalade militaire ou une rupture d’approvisionnement peut affecter les transports, l’agriculture, l’industrie et les services publics.
Ce qu’il faut surveiller après l’Assemblée générale
La première échéance concerne l’évolution de la crise avec l’Iran. Il faudra observer si les menaces américaines débouchent sur une négociation ou sur une nouvelle escalade. La réouverture du détroit d’Ormuz constituera un indicateur essentiel pour les marchés et les gouvernements européens.
La France devra ensuite transformer son plaidoyer pour le multilatéralisme en résultats concrets. Les discussions sur le climat, la protection de la haute mer, le financement du développement et la régulation technologique permettront de mesurer la solidité de cette stratégie.
Enfin, la question de la réforme de l’ONU restera centrale. Tant que les grandes puissances continueront à privilégier leurs intérêts immédiats, l’appel à l’unité restera difficile à traduire en décisions. Le discours d’Emmanuel Macron ouvre donc une bataille diplomatique : préserver un cadre commun, malgré la montée des affrontements et la défiance entre les États.



