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ACTUALITé NATIONALE

Expulsion de Xenia Fedorova : l’État veut couper court à une voix jugée proche de la propagande russe

Le ministère de l’Intérieur a notifié un arrêté d’expulsion à Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France et chroniqueuse dans des médias de premier plan. Ses soutiens invoquent le pluralisme, tandis que l’exécutif parle de désinformation.

Un élu local de dos tient un dossier dans un couloir de mairie baigné de lumière naturelle.

Une question simple : peut-on laisser une chroniqueuse continuer à parler en France quand l’État estime qu’elle relaie une ligne de désinformation étrangère ?

Le gouvernement a répondu par une mesure lourde : un arrêté d’expulsion a été notifié à Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France et aujourd’hui chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et dans Le Journal du dimanche. En face, ses soutiens disent qu’on touche au pluralisme et à la liberté d’expression.

La séquence intervient dans un climat déjà tendu autour des médias liés à Vincent Bolloré. Depuis plusieurs mois, Xenia Fedorova est au cœur d’une bataille politique et médiatique. Le gouvernement la présente comme une relais de la propagande du Kremlin. Ses défenseurs, eux, la décrivent comme une voix dissidente qu’on voudrait faire taire.

Ce que la mesure vise, juridiquement

En France, une expulsion n’est pas une simple remarque administrative. C’est une mesure d’éloignement prévue par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le texte permet à l’autorité administrative d’expulser un étranger quand sa présence constitue une menace grave pour l’ordre public. Le site officiel Service Public précise qu’il s’agit d’une procédure distincte d’une OQTF, l’obligation de quitter le territoire français, et généralement plus lourde.

Dans le cas de Xenia Fedorova, le message politique est clair : l’exécutif ne lui reproche pas un simple désaccord idéologique, mais un alignement jugé actif sur la désinformation russe. Le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’a qualifiée de « propagandiste patentée » et a estimé qu’ouvrir ses micros ou ses colonnes revenait à « servir la soupe de Vladimir Poutine ».

Ce choix a une portée concrète. Une expulsion peut couper l’accès au territoire, compliquer le travail médiatique et fragiliser une carrière construite en France. Elle envoie aussi un signal aux autres acteurs soupçonnés de relayer des narratifs russes dans l’espace public français.

Pourquoi elle est devenue un cas politique

Xenia Fedorova n’est pas une inconnue dans le débat français. Elle a dirigé RT France, la déclinaison française de Russia Today, chaîne financée par l’État russe. L’Union européenne a suspendu la diffusion de RT et Sputnik en mars 2022, après l’invasion de l’Ukraine. Le Conseil de l’Union européenne expliquait alors vouloir réagir à des actions de désinformation et de manipulation de l’information menées par ces médias.

RT France a ensuite été liquidée en 2022-2023, après l’interdiction de diffusion et le gel de ses comptes en France. C’est dans ce vide qu’une partie de son réseau professionnel s’est reconstituée dans les médias du groupe Bolloré. Xenia Fedorova est aujourd’hui chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et dans le JDD.

Ses prises de position alimentent l’accusation. Elle reprend parfois le vocabulaire du pouvoir russe, parle d’« opération spéciale » pour l’Ukraine, et développe des arguments proches de ceux du Kremlin sur les pays baltes ou sur la responsabilité occidentale dans la poursuite de la guerre. Pour ses adversaires, ce n’est plus de la nuance éditoriale. C’est une répétition de messages de guerre informationnelle.

Qui gagne, qui perd ?

Si l’expulsion est confirmée, le gouvernement gagne sur deux tableaux. Il montre qu’il ne se contente pas de dénoncer la désinformation russe. Il agit. Il cherche aussi à rassurer un public inquiet de voir des relais du Kremlin occuper une place régulière dans des médias très visibles.

Mais les soutiens de Xenia Fedorova défendent une autre lecture. Le groupe Canal+ et le groupe Lagardère ont pris sa défense au nom du pluralisme et de la liberté d’expression. Leur argument est simple : on ne devrait pas écarter une intervenante parce que ses idées dérangent. Ils rappellent, en creux, que la démocratie vit aussi de la confrontation des points de vue.

Cette défense n’est pas neutre. Elle protège aussi un écosystème médiatique qui a choisi de lui offrir une place importante. CNews, Europe 1 et le JDD ont tout intérêt à montrer qu’ils restent des lieux de débat pluriel, surtout au moment où l’Arcom leur demande davantage d’équilibre dans l’expression des courants de pensée et d’opinion.

Pour les critiques, le vrai sujet n’est donc pas seulement la liberté d’une chroniqueuse. C’est la responsabilité des médias qui l’invitent. Un micro n’est pas un espace abstrait. Il distribue de l’influence, de la crédibilité et de l’audience. Quand cette tribune sert à répéter des éléments de langage du Kremlin, l’enjeu dépasse la seule personne visée.

Le précédent européen et la suite immédiate

Cette affaire ne tombe pas du ciel. Xenia Fedorova avait déjà été interdite de territoire en Allemagne, selon plusieurs sources de presse, en raison de ses activités passées chez Ruptly, l’agence liée à l’univers RT. À Bruxelles aussi, son nom a circulé : des eurodéputés ont demandé des sanctions, sans succès à ce stade.

En France, l’équation reste donc politique autant que juridique. Le ministère de l’intérieur a pris une décision. La suite dépendra des recours, de la solidité du dossier administratif et du regard du juge. En matière d’expulsion, les contentieux sont souvent serrés, car la défense invoque fréquemment la proportionnalité de la mesure et les attaches de la personne en France.

Le prochain point à surveiller est là : les recours déposés par son avocat et la réaction du juge administratif. S’ils suspendent ou annulent la mesure, le bras de fer repartira sur le terrain judiciaire. S’ils la valident, l’exécutif pourra revendiquer une ligne plus dure contre les figures soupçonnées d’alimenter la propagande russe dans l’espace médiatique français.

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