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Incendies et mégots : pourquoi Yannick Neuder veut faire payer davantage l’industrie du tabac pour réparer les forêts

Yannick Neuder veut déposer une proposition de loi pour taxer les industriels du tabac et financer reboisement et sécurité civile. Le débat relance la question de la responsabilité des fabricants face aux mégots et aux incendies.

Des citoyens et un élu local près d’une mairie, dans une scène de vie civique française en lumière naturelle.

Un mégot peut-il vraiment coûter plus cher que le paquet ?

Quand un départ de feu détruit des hectares de forêt, la facture ne tombe pas seulement sur les pompiers et les communes. Elle pèse aussi sur les propriétaires, les habitants, les agriculteurs et, au bout de la chaîne, sur les finances publiques. C’est sur ce terrain que Yannick Neuder veut avancer : faire payer davantage les industriels du tabac pour financer la lutte contre les incendies.

L’idée est politiquement simple. Le député Les Républicains de l’Isère annonce déposer une proposition de loi pour instaurer une contribution sur le chiffre d’affaires des fabricants de tabac. Selon lui, ces groupes doivent “prendre enfin leur part” dans un risque qu’il relie aux mégots abandonnés. Il veut orienter cette recette vers un fonds de reboisement et vers le financement de la sécurité civile.

Le cadre existe déjà, mais il ne couvre pas tout

Le tabac paie déjà pour une partie des dégâts qu’il provoque. Depuis la mise en place de la filière à responsabilité élargie du producteur pour les produits du tabac, les fabricants financent un éco-organisme chargé de la collecte des mégots et des actions de prévention. Le cadre réglementaire a été fixé par un arrêté publié sur Légifrance. Le principe est clair : le producteur contribue à la gestion du déchet qu’il met sur le marché.

Mais cette logique a ses limites. Elle sert surtout à ramasser et sensibiliser. Elle ne finance pas, à elle seule, les coûts très larges d’un grand incendie : mobilisation des sapeurs-pompiers, reconstitution forestière, remise en état des sols, protection des habitations et adaptation des massifs. C’est là que le député veut élargir l’addition.

Le contexte rend cette proposition politiquement exploitable. Le ministère de la Transition écologique rappelle que la France compte 17,6 millions d’hectares de forêt dans l’Hexagone et en Corse, et qu’environ un tiers des incendies d’origine connue relève des négligences, dont les mégots. Le même ministère indique aussi que les causes involontaires, comme les jets de mégots, représentent environ 15 % des départs de feu. Dans un pays boisé mais exposé à des étés plus secs, le sujet dépasse largement la seule question du déchet.

Ce que changerait une nouvelle taxe

Sur le papier, la mesure vise les industriels, pas les fumeurs. En pratique, la question est plus politique qu’elle n’en a l’air. Si la contribution augmente, les fabricants peuvent l’absorber, la répercuter en partie dans leurs prix, ou la contester sur le terrain juridique et économique. Les grands groupes disposent de marges, d’équipes de lobbying et d’une capacité à faire valoir qu’ils financent déjà une filière dédiée. Les petits acteurs, eux, supportent souvent plus mal une hausse de charge, surtout dans un marché sous pression.

Pour les collectivités, l’enjeu est immédiat. Les communes touchées par les feux financent l’urgence, puis la remise en état. Les départements et l’État interviennent sur la durée. Une ressource affectée au reboisement pourrait aider à lisser une partie de ces coûts. Mais encore faut-il qu’elle soit suffisante, stable et bien ciblée. Une taxe symbolique ne rebâtira pas une forêt. Une taxe trop lourde pourrait aussi se heurter à la réalité du marché et de la distribution du tabac.

Le raisonnement de Yannick Neuder s’appuie sur un argument de responsabilité. Il cite le volume de cigarettes vendues en France et le nombre de mégots qui finissent dans l’espace public. Le sujet n’est pas seulement environnemental. Il est aussi budgétaire. Qui paie quand un comportement individuel déclenche une catastrophe collective ? C’est la vraie ligne de fracture.

Une réponse déjà contestée par le secteur

Le camp industriel ne désarme pas. Le groupe Philip Morris France affirme déjà regretter les comportements à l’origine des départs de feu, mais estime qu’une nouvelle taxe sur les fabricants ne modifiera pas les gestes individuels. L’argument est classique : déplacer la charge vers le producteur ne change pas le geste du fumeur, donc ne réduit pas mécaniquement le risque. Le groupe rappelle aussi que les industriels financent déjà une structure dédiée à la collecte des mégots et à la sensibilisation.

Cette réponse touche un point sensible. La prévention compte, mais elle ne suffit pas toujours. Les données publiques du ministère montrent qu’une part non négligeable des feux part de négligences humaines. Autrement dit, le problème est à la fois comportemental et structurel. D’un côté, il faut empêcher le jet de mégot. De l’autre, il faut financer le ramassage, les campagnes de prévention et la réparation des dégâts. Les deux logiques ne s’annulent pas.

Le débat s’inscrit aussi dans une séquence plus large. L’Assemblée nationale a déjà travaillé sur la filière des mégots et sur la responsabilité des producteurs. Des travaux parlementaires rappellent que des dizaines de milliards de mégots sont vendus ou jetés chaque année en France, et que leur traitement pèse sur la collectivité. Le nouveau projet ne part donc pas de zéro. Il cherche plutôt à franchir un cran supplémentaire : faire contribuer davantage une industrie dont le produit génère à la fois pollution diffuse et risque d’incendie.

Ce qu’il faudra surveiller dans les prochaines semaines

La suite dépendra d’abord du dépôt effectif de la proposition de loi, puis de sa recevabilité et de son inscription à l’ordre du jour. Ensuite viendra le vrai test : trouver une majorité. Sur ce sujet, les soutiens peuvent venir des élus sensibles à la lutte contre les incendies et à la pollution des mégots. Les réserves, elles, viendront sans doute des députés inquiets d’un nouveau prélèvement sectoriel, du risque de répercussion sur les prix et de l’efficacité réelle du dispositif.

Si le texte avance, il ouvrira une question plus large que la seule filière tabac. Jusqu’où peut-on faire financer par un secteur les dommages causés par ses produits, même quand le geste final relève d’un comportement individuel ? C’est cette frontière, entre responsabilité industrielle et responsabilité des usagers, que le Parlement pourrait bientôt devoir tracer plus nettement.

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