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ACTUALITé NATIONALE

Qui doit payer les dégâts des mégots ? Le projet de taxe sur le tabac relance le débat sur les incendies et le pollueur-payeur

Yannick Neuder veut taxer les fabricants de cigarettes pour créer un fonds dédié aux mégots. L’idée vise les pompiers, les forêts et la dépollution, alors qu’un dispositif existe déjà.

Réunion parlementaire avec micros et dossiers sur le financement de la lutte contre les mégots et les incendies

Qui paie quand un mégot finit dans l’herbe, dans un caniveau ou au bord d’une forêt ?

Chaque été, la même question revient. Qui finance la prévention, le nettoyage et, quand le feu part, les moyens d’intervention ? C’est sur ce terrain que Yannick Neuder veut pousser les fabricants de cigarettes à mettre davantage au pot. Le député LR annonce une proposition de loi pour créer un fonds dédié, alimenté par une taxe sur les industriels du tabac.

Le sujet n’est pas nouveau. En France, la filière des produits du tabac relève déjà de la responsabilité élargie du producteur, un principe de “pollueur-payeur” qui oblige les metteurs en marché à financer la prise en charge de certains déchets. Depuis 2021, cette filière fonctionne avec un éco-organisme agréé, ALCOME, chargé de réduire les mégots dans l’espace public et d’aider les collectivités.

Ce que propose le député

Le texte annoncé viserait à prélever 2 % du prix de vente des cigarettes. Yannick Neuder parle d’environ 15 euros pour 1 000 cigarettes vendues. Il avance un fonds de 350 millions d’euros, fléché vers les SDIS, l’Office national des forêts, le Centre national de la propriété forestière, les associations et les collectivités. L’argent servirait à acheter des équipements pour les pompiers, mais aussi à financer la dépollution des sols et des eaux.

Le député justifie sa démarche par un constat simple : selon lui, il n’existe pas aujourd’hui de mécanisme suffisant, du côté des fabricants de tabac, pour assumer l’impact environnemental des mégots. Il défend donc une logique de “juste répartition” de la charge. Sur le papier, la mesure cible d’abord les producteurs et, indirectement, les consommateurs de cigarettes.

Mais le calendrier compte. Au 30 juillet 2026, le ministre de l’Intérieur indiquait que 117 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de la saison. Une semaine plus tard, le ministère de l’Intérieur évoquait 116 085 hectares brûlés depuis le début de l’année. Dans les faits, ce type de chiffre nourrit l’argument d’urgence. Il rappelle aussi que la facture des incendies ne se limite pas aux seuls moyens de lutte : elle inclut la reconstruction, la remise en état des milieux naturels et l’équipement des secours.

Un fonds de plus… ou un vrai changement ?

Le point clé, c’est le chevauchement avec l’existant. Aujourd’hui, les fabricants financent déjà la filière mégots via ALCOME, qui redistribue des soutiens aux collectivités pour le nettoiement et la prévention. L’ADEME rappelle que cette filière a été mise en œuvre le 1er janvier 2021, et qu’elle repose sur les contributions des metteurs en marché. ALCOME indique avoir disposé d’un budget de 61 millions d’euros en 2024 et avoir soutenu les collectivités à hauteur de 2,08 euros par habitant pour les villes urbaines denses, 1,58 euro pour les touristiques, 1,08 euro pour les urbaines et 0,5 euro pour les rurales.

Autrement dit, la proposition de Yannick Neuder ne part pas d’une page blanche. Elle voudrait élargir ou renforcer un système déjà en place, avec une autre assiette et une autre destination de dépenses. Pour les services d’incendie et de secours, l’intérêt est évident : plus de ressources pour les véhicules, le matériel et la prévention. Pour les collectivités, l’avantage serait de sécuriser des financements réguliers. Pour les industriels du tabac, en revanche, la facture grimperait, dans un secteur déjà très taxé.

Le débat est donc moins moral qu’institutionnel. Faut-il créer une nouvelle taxe, ou mieux doter un dispositif existant ? En France, la composition du prix du tabac repose déjà largement sur les taxes, et le paquet de cigarettes à 20 unités vendu 13,50 euros au 1er janvier 2026 laisse une marge fabricant limitée. Ajouter une contribution dédiée peut paraître cohérent au nom du pollueur-payeur. Mais cela soulève aussi une question de lisibilité : à force de multiplier les circuits, qui finance quoi, et pour quel résultat mesurable ?

Les voix qui s’opposent ne racontent pas la même histoire

Les défenseurs d’un durcissement estiment que les fabricants doivent assumer le coût complet d’un produit dont les déchets polluent les rues, les rivières et, parfois, les zones forestières. Le Comité national contre le tabagisme va plus loin : il considère que la responsabilité ne peut pas être renvoyée seulement au fumeur “incivil”, et que l’industrie du tabac doit porter la charge du système. Cette lecture profite aux collectivités, aux associations environnementales et aux secours, qui réclament un financement plus stable.

En face, les acteurs déjà mobilisés dans la filière craignent la superposition des dispositifs. ALCOME défend un modèle où l’argent collecté sert à soutenir directement le terrain, avec des cendriers, des éteignoirs et des actions de sensibilisation. La Confédération des buralistes, elle, met en avant sa propre campagne sur les risques d’incendie aux côtés des pompiers et d’ALCOME. Leur position est claire : avant de créer une nouvelle taxe, il faut démontrer que le système actuel ne suffit pas.

Cette divergence dit quelque chose de plus large. D’un côté, les élus et les associations veulent faire payer davantage une filière accusée de laisser la collectivité gérer les dégâts. De l’autre, les professionnels du tabac et du réseau de vente redoutent une charge supplémentaire, alors que le prix du paquet est déjà un levier de santé publique et un sujet de contrebande. Le gagnant potentiel d’une nouvelle taxe serait donc le financement des secours et de l’environnement. Le perdant potentiel serait un secteur qui estime déjà contribuer, et qui plaide pour des règles stables.

Ce qu’il faudra surveiller

La suite se jouera au Parlement. Il faudra voir si la proposition de loi est déposée rapidement, puis si elle trouve une majorité pour aller au bout. Il faudra aussi regarder un point très concret : le texte ajouterait-il une taxe nouvelle à la filière mégots existante, ou refondrait-il tout le mécanisme actuel ? C’est là que se jouera l’équilibre entre financement utile, complexité administrative et acceptabilité politique.

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