Après les incendies, comment la Gironde protège ses emplois et prépare le retour des touristes dans les communes touchées
Les incendies de l’été 2022 ont brutalement freiné le tourisme en Gironde et fragilisé des milliers d’emplois. Entre activité partielle, aides publiques et reconstruction, les professionnels réclament un soutien durable.

Les incendies de l’été 2022 ont provoqué une forte baisse des réservations en Gironde, touchant les hôtels, campings, restaurants et commerces. Au moins 27 000 salariés ont demandé l’activité partielle, tandis que les professionnels réclamaient une prise en charge élargie et des prêts garantis. Le bilan annuel a finalement été moins sévère que le choc observé fin juillet.
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Quand un incendie ravage une zone touristique, les dégâts ne s’arrêtent pas aux maisons et aux forêts brûlées. Les hôtels, campings, restaurants et commerces perdent aussi leurs clients. En Gironde, la crise de juillet 2022 a immédiatement frappé l’économie locale, en pleine haute saison.
Un département touristique brutalement déserté
À la fin du mois de juillet 2022, la fréquentation touristique avait diminué de moitié dans plusieurs secteurs de la Gironde. Le recul a touché des communes directement menacées par les flammes, mais aussi des territoires voisins, parfois épargnés par l’incendie.
Deux feux majeurs ont marqué l’été. Le premier est parti de La Teste-de-Buch, près du bassin d’Arcachon, le 12 juillet. Le second s’est déclaré à Landiras, dans le sud du département. Les incendies ont détruit ou parcouru près de 30 000 hectares de forêt en Gironde, selon le bilan établi ensuite par les services de l’État. Le feu de Landiras a repris au mois d’août.
La crise a entraîné des évacuations massives. Des milliers d’habitants et de vacanciers ont dû quitter leur logement, leur camping ou leur lieu de travail. Certaines routes et plusieurs sites touristiques ont été fermés pour protéger la population et faciliter l’intervention des secours. Le bilan officiel des incendies de l’été 2022 en Gironde souligne l’ampleur exceptionnelle de l’événement.
Dans les hôtels, la chute des réservations a été immédiate. Catherine Parinaud, qui dirigeait deux établissements en Gironde, évoquait une perte de 60 % de son portefeuille à Bordeaux et de 63 % à Pauillac. Pour le 15 août, son hôtel de Pauillac comptait seulement six chambres réservées, contre 40 l’année précédente.
Des entreprises privées de leur principale saison
Le tourisme concentre une part importante de ses revenus sur quelques semaines. Une réservation annulée en juillet ou en août ne se récupère pas toujours à l’automne. Cette dépendance fragilise particulièrement les petits hôtels, les campings indépendants, les restaurants et les activités de loisirs.
Les campings ont subi un double choc. Certains ont dû fermer temporairement. D’autres ont continué à fonctionner, mais avec beaucoup moins de clients. Sur le bassin d’Arcachon, les établissements ont également souffert de l’image d’une destination touchée par les flammes, même lorsque les zones touristiques restaient accessibles.
La situation a aussi concerné des entreprises éloignées du front de feu. Les fumées, les restrictions de circulation et la crainte d’un nouvel incendie ont modifié les comportements. Des visiteurs ont reporté leur séjour ou choisi une autre destination. Ainsi, un commerce peut perdre son activité sans avoir subi de dégâts matériels.
Selon les organisations patronales girondines, au moins 27 000 salariés ont demandé à bénéficier de l’activité partielle après les incendies. Ce dispositif, souvent appelé chômage partiel, permet à une entreprise de réduire temporairement le temps de travail tout en maintenant une partie du revenu des salariés grâce à une prise en charge publique.
Pour les employés, cette solution évite une rupture immédiate du contrat. Toutefois, elle ne garantit pas le maintien de l’activité sur le long terme. Pour les employeurs, elle limite les licenciements. Elle ne compense pas nécessairement les pertes de chiffre d’affaires, les réservations disparues ou les charges fixes.
L’État promet un soutien, les professionnels demandent davantage
Le gouvernement avait annoncé, le 4 août 2022, la prise en charge intégrale des indemnités d’activité partielle pour les salariés des très petites entreprises et des petites et moyennes entreprises situées dans les zones évacuées en Gironde et dans les Landes.
Cette mesure répondait d’abord aux situations les plus directement liées aux évacuations. Pourtant, le Medef de Gironde estimait qu’elle ne couvrait pas toutes les entreprises affectées. Son président, Mathias Saura, demandait une prise en charge à 100 % pour l’ensemble des entreprises touchées, ainsi que la création de prêts garantis par l’État.
Son argument était économique. Une entreprise qui disparaît ne verse plus de TVA, de cotisations sociales ni d’impôt sur les sociétés. Pour les représentants patronaux, aider rapidement les entreprises coûterait donc moins cher que de laisser se multiplier les faillites et les suppressions d’emplois.
Cette position bénéficie directement aux employeurs et aux salariés dont l’activité dépend du tourisme. Elle protège aussi les recettes des collectivités locales. Mais elle pose une question de ciblage : jusqu’où l’argent public doit-il compenser les pertes d’une entreprise qui n’a pas été directement sinistrée, mais qui subit les conséquences indirectes de la catastrophe ?
L’État avait également prévu une enveloppe de 300 000 euros pour financer des travaux urgents dans les collectivités concernées. Cette somme devait répondre aux premières nécessités, comme la remise en état d’équipements ou la sécurisation de secteurs endommagés. Elle ne pouvait toutefois pas couvrir seule la reconstruction des maisons, des campings et des infrastructures détruites.
Un bilan immédiat très lourd, mais plus nuancé sur l’ensemble de la saison
Le gouvernement devait se rendre en Gironde pour dresser le diagnostic des dégâts et évoquer la reconstruction. La visite devait réunir des élus, des entreprises et des représentants de l’État. Elle devait aussi permettre de coordonner les réponses dans plusieurs secteurs : logement, agriculture, tourisme, emploi et sécurité civile.
Le besoin n’était pas le même partout. Les communes directement brûlées devaient reconstruire et sécuriser. Les territoires touristiques voisins cherchaient surtout à rassurer les visiteurs et à préserver leur activité. Les grands groupes pouvaient parfois absorber plusieurs semaines difficiles. Les petites structures disposaient de moins de trésorerie et risquaient davantage de ne pas passer l’hiver.
Les données disponibles après la saison montrent toutefois une réalité plus contrastée que le choc observé à la fin juillet. L’Insee a recensé une baisse de 2,2 % de la fréquentation touristique en Gironde sur l’ensemble de la saison 2022. Sur le bassin d’Arcachon, les campings ont enregistré une baisse de 15 % des nuitées sur la saison complète.
Ces chiffres ne contredisent pas forcément la chute de 50 % constatée dans les jours suivant les incendies. Ils mesurent des périodes différentes. Après les évacuations et les annulations de fin juillet, le retour progressif des visiteurs et une fréquentation plus forte en août ont limité le recul annuel. Les données de l’Insee sur la fréquentation estivale 2022 en Nouvelle-Aquitaine permettent de distinguer le choc immédiat du bilan global de la saison.
La reconstruction ne se résume pas aux bâtiments
La question de l’après-incendie dépassait donc la seule remise en état des maisons. Elle concernait aussi l’avenir de la forêt, la prévention des feux, l’entretien des pistes et la capacité des communes à accueillir de nouveau des visiteurs.
Les professionnels du tourisme attendaient des mesures pour soutenir les réservations d’automne. Les élus, eux, devaient gérer les travaux urgents et l’accompagnement des habitants évacués. Les salariés espéraient conserver leur emploi malgré une activité fortement réduite.
Les prochaines étapes portaient sur l’évaluation précise des dommages, le versement des aides et la prolongation éventuelle des dispositifs d’activité partielle. Il fallait également suivre la réouverture des sites touristiques, l’évolution des réservations et les décisions concernant la reconstruction des communes les plus touchées.



