Incendies dans le Sud-Ouest : pourquoi une base aérienne à Mont-de-Marsan redevient un enjeu citoyen
Après les incendies qui ont frappé le Sud-Ouest, le gouvernement réexamine la création d’une base aérienne à Mont-de-Marsan. Coûts, réactivité et moyens disponibles alimentent le débat.

Le gouvernement remet à l’étude une base aérienne de la Sécurité civile à Mont-de-Marsan, après les incendies qui ont durement touché le Sud-Ouest. Le projet pourrait rapprocher les Canadair des Landes et de la Gironde, mais son coût, sa maintenance et son utilité face au pré-positionnement saisonnier restent à évaluer.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Après un été marqué par de violents incendies dans le Sud-Ouest, une question revient chez les habitants des Landes et de la Gironde : les avions bombardiers d’eau peuvent-ils intervenir assez vite lorsque le feu démarre ? Le gouvernement remet désormais à l’étude une base aérienne de la Sécurité civile à Mont-de-Marsan.
Un projet né après les incendies de 2022
Le massif des Landes de Gascogne est l’un des principaux espaces forestiers d’Europe. Il s’étend sur les Landes, la Gironde et le Lot-et-Garonne. Ses pins maritimes forment un couvert dense, particulièrement exposé aux départs de feu pendant les périodes chaudes et sèches.
Les incendies de l’été 2022 ont renforcé la pression sur l’État. Les feux de La Teste-de-Buch et de Landiras avaient ravagé des dizaines de milliers d’hectares en Gironde. Ils avaient aussi provoqué des évacuations massives et mis à rude épreuve les pompiers.
Dans ce contexte, l’exécutif avait annoncé la création d’une seconde base aérienne de la Sécurité civile. Mont-de-Marsan apparaissait comme une implantation logique, au cœur du massif forestier et à proximité de la Gironde.
La Sécurité civile ne dispose actuellement que d’une base aérienne permanente pour ses avions et ses hélicoptères : la base de Nîmes-Garons, dans le Gard. Des avions peuvent toutefois être positionnés temporairement sur d’autres aérodromes durant la saison des feux.
Le projet n’est pas abandonné, affirme Laurent Nuñez
Lundi 17 août 2026, lors d’une conférence de presse à Mérignac, Laurent Nuñez a annoncé une nouvelle étude du dossier. Le ministre de l’Intérieur s’exprimait aux côtés de Sébastien Lecornu, venu en Gironde après les incendies qui ont touché le Sud-Ouest.
Selon Laurent Nuñez, le projet de Mont-de-Marsan « n’a pas été abandonné ». Il n’a pas été mis en œuvre pour des raisons « essentiellement opérationnelles et non pas financières », a-t-il précisé.
Le ministre a expliqué que ses prédécesseurs avaient privilégié le pré-positionnement des moyens aériens. Cette méthode consiste à installer temporairement des avions près des zones les plus menacées, en fonction du niveau de risque et des prévisions de départs de feu.
« C’est le choix qui a été fait », a insisté Laurent Nuñez. Mais le Premier ministre lui a désormais demandé de reprendre l’étude du dossier. L’examen devra porter sur deux aspects : le coût du projet et son fonctionnement concret.
Une base pourrait notamment accueillir des Canadair, ces avions capables d’écoper de l’eau en mer ou sur un plan d’eau, puis de la larguer directement sur les flammes. Elle devrait aussi disposer d’installations adaptées à la maintenance, au ravitaillement et à la disponibilité des équipages.
Une base permanente ne réglerait pas tout
La création d’une implantation à Mont-de-Marsan offrirait un avantage évident : réduire le temps de trajet vers les Landes et la Gironde. Dans les premières minutes d’un incendie, cette rapidité peut limiter la progression du feu et faciliter le travail des équipes au sol.
Le bénéfice serait particulièrement important pour les communes forestières éloignées des grandes agglomérations. Elles dépendent aujourd’hui d’un dispositif national qui doit répartir ses avions entre plusieurs massifs. En cas d’incendies simultanés, cette concurrence entre territoires devient plus forte.
Pour autant, une base supplémentaire ne créerait pas automatiquement de nouveaux avions. Les Canadair restent des appareils rares et coûteux. Leur disponibilité dépend aussi des opérations de maintenance, des équipages formés et de l’état général de la flotte.
Laurent Nuñez a donc averti qu’il ne fallait pas considérer Mont-de-Marsan comme « la solution idéale ». Une base permanente entraînerait des dépenses d’entretien, de maintenance, de personnel et d’infrastructures. Elle devrait également être intégrée au dispositif national de coordination des secours.
Le choix oppose ainsi deux logiques. La première mise sur une base fixe, plus prévisible et plus proche des zones à risque. La seconde privilégie un dispositif mobile, capable de déplacer les avions selon les incendies et les conditions météorologiques.
Le débat porte aussi sur les moyens disponibles
Le gouvernement défend la souplesse du pré-positionnement. En 2024, des moyens aériens avaient été installés dans le Sud-Ouest, notamment autour de Bordeaux. Le dispositif avait mobilisé des avions de type Air Tractor, un hélicoptère bombardier d’eau et d’autres appareils selon les besoins.
D’après une réponse publiée au Sénat, ces moyens avaient été engagés sur dix feux de forêt entre le 16 juillet et le 30 septembre 2024. Ils avaient réalisé 48 largages au cours de 200 heures de vol. Le coût de ce renforcement saisonnier avait atteint 6,5 millions d’euros.
Les autorités considèrent ce modèle comme adaptable. Elles peuvent renforcer le dispositif lorsque le risque augmente, sans financer toute l’année une infrastructure complète à Mont-de-Marsan.
Les élus et les oppositions répondent que cette souplesse ne remplace pas une capacité permanente. Ils reprochent à l’État d’avoir annoncé une seconde base après les incendies de 2022, avant de renoncer au projet au printemps 2025.
Au Sénat, le sénateur socialiste Hervé Gillé a dénoncé l’abandon d’un engagement présenté comme une réponse structurelle aux incendies. Il estime que les Landes et la Gironde, qui abritent le plus vaste massif de résineux d’Europe, doivent bénéficier d’un maillage durable.
La critique dépasse toutefois la seule question du lieu. Les collectivités demandent aussi davantage d’avions, une meilleure anticipation des risques et des moyens terrestres renforcés. Car les appareils bombardiers d’eau ne peuvent intervenir efficacement sans accès aux zones sinistrées, routes praticables et coordination avec les pompiers.
Un choix à mesurer face au changement climatique
Le changement climatique modifie la durée et l’intensité des saisons de feu. Les épisodes de chaleur et de sécheresse se multiplient. Les incendies peuvent aussi apparaître plus tôt ou plus tard dans l’année, ce qui complique le calendrier traditionnel de mobilisation.
Cette évolution favorise une stratégie combinant plusieurs outils. Le guet aérien, la surveillance des massifs, l’entretien des pistes, le débroussaillement et l’intervention rapide doivent fonctionner ensemble.
Les grands départements forestiers disposent de moyens importants, mais les communes les plus petites n’ont pas toujours les mêmes capacités financières. Une implantation proche pourrait donc réduire certaines inégalités territoriales. Elle ne supprimerait pas, en revanche, les difficultés liées à l’entretien des forêts privées, à l’accès aux parcelles ou à la prévention des départs de feu.
Les prochaines étapes à surveiller
La nouvelle étude devra déterminer si Mont-de-Marsan peut accueillir durablement des appareils de la Sécurité civile. Elle devra aussi comparer le coût d’une base permanente avec celui des détachements saisonniers déjà utilisés dans le Sud-Ouest.
Le gouvernement devra enfin préciser le calendrier de cette expertise. Les prochains arbitrages budgétaires seront décisifs. Ils permettront de savoir si l’annonce débouche sur des travaux concrets, sur un dispositif saisonnier renforcé ou sur un nouveau report.
Pour les habitants des Landes et de la Gironde, l’enjeu est simple : disposer de moyens aériens suffisamment proches lorsque le prochain feu se déclarera. La décision attendue ne portera donc pas seulement sur une base. Elle dira quelle stratégie l’État veut retenir face à des incendies plus rapides, plus étendus et plus fréquents.



