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ANALYSES & OPINIONS La bataille des écrans

Expulser une chroniqueuse russe ne suffit pas à couper son influence sur les médias français et le débat public

Après l’expulsion de Xenia Fedorova, CNews prévoit des interventions en visioconférence. Le gouvernement dénonce un contournement de la mesure, tandis que la chaîne invoque sa liberté éditoriale.

Collaborateur municipal consultant un dossier et une visioconférence dans un bureau de mairie française
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En bref

Xenia Fedorova fait l’objet d’un arrêté d’expulsion et d’un gel de ses avoirs en France, les autorités l’accusant de relayer des récits favorables au Kremlin. CNews envisage pourtant de continuer à l’inviter en visioconférence. Cette décision nourrit les inquiétudes sur l’influence étrangère, le pluralisme et la responsabilité des médias avant la présidentielle de 2027.

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Une personne expulsée de France peut-elle continuer à intervenir dans une grande chaîne française ? Dans le cas de Xenia Fedorova, la réponse semble être oui, à condition de parler à distance. Cette perspective provoque une nouvelle confrontation entre le gouvernement et les médias du groupe Bolloré.

Une expulsion décidée au nom de l’ordre public

Xenia Fedorova, chroniqueuse russe âgée de 45 ans, a fait l’objet d’un arrêté d’expulsion pris fin juillet 2026. Les autorités françaises lui reprochent de relayer des campagnes de désinformation attribuées au pouvoir russe.

Le document administratif estime que son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État. Il considère aussi que sa présence en France représente une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public.

La mesure s’est accompagnée d’un gel de ses avoirs pour six mois. Le tribunal administratif de Paris a ensuite rejeté son recours en urgence contre l’expulsion, le 3 août 2026. Cette décision ne clôt toutefois pas nécessairement toutes les procédures judiciaires.

La chroniqueuse est connue pour avoir dirigé RT France, média financé par la Russie et suspendu dans l’Union européenne après l’invasion de l’Ukraine. Elle intervenait ensuite sur CNews et Europe 1. Elle continuait également à publier dans le JDNews.

Dans le cadre européen, la diffusion de RT et de Sputnik a été suspendue après le 24 février 2022. L’Union européenne justifie cette mesure par le rôle attribué à ces médias dans les opérations d’influence russes. Le cadre européen contre les menaces hybrides russes vise notamment les campagnes de déstabilisation menées contre les États membres.

Barrot critique un retour par visioconférence

Vendredi 4 septembre, Jean-Noël Barrot a vivement critiqué l’annonce d’un retour prochain de Xenia Fedorova sur CNews. Le ministre des Affaires étrangères conteste son statut de journaliste.

« Nous l’avons démontré », a-t-il déclaré, en la présentant comme « une agente d’ingérence au service de la Russie » et « une agente de subversion ». Il a également affirmé qu’elle avait été sanctionnée par l’Union européenne, un point qui renvoie plus largement aux mesures européennes contre les relais de l’influence russe.

Jean-Noël Barrot s’est dit « très étonné » et « assez affligé » de voir de grands groupes de médias continuer à lui offrir une tribune. Il a reconnu que la liberté éditoriale restait un principe essentiel. Mais il estime que cette liberté n’empêche pas les groupes audiovisuels d’assumer leurs choix devant le public.

La chaîne a annoncé que Xenia Fedorova pourrait intervenir en visioconférence depuis l’étranger. Son présentateur Gauthier Le Bret a expliqué que l’arrêté d’expulsion l’empêchait d’être en France, mais pas nécessairement de participer à distance à une émission.

Le groupe audiovisuel s’appuie donc sur une distinction juridique simple. L’expulsion concerne la présence physique sur le territoire. Elle ne signifie pas automatiquement qu’une personne ne peut plus être entendue depuis un autre pays par une entreprise française.

Une bataille sur les frontières de la liberté éditoriale

Cette interprétation bénéficie d’abord aux médias qui souhaitent continuer à utiliser la chroniqueuse. Ils conservent une intervenante déjà identifiée par leur public. Ils évitent aussi que l’expulsion transforme son absence en rupture complète avec leurs antennes.

Elle bénéficie également à Xenia Fedorova. Une intervention régulière sur CNews lui permettrait de maintenir sa visibilité, son activité professionnelle et son influence dans le débat français, malgré la décision administrative.

À l’inverse, le gouvernement considère que cette solution réduit la portée concrète de l’expulsion. La mesure éloigne la chroniqueuse du territoire, mais ne l’empêche pas de toucher un public français depuis l’étranger.

Pour les autorités, l’enjeu dépasse donc le cas individuel. Il concerne la capacité de la France à limiter les opérations d’influence étrangères lorsque leurs relais disposent d’une plateforme médiatique nationale.

Le débat porte aussi sur la définition du journalisme. Les dirigeants de CNews présentent Xenia Fedorova comme une analyste capable d’apporter un autre regard sur la Russie et les relations internationales. Le gouvernement la décrit, lui, comme une actrice engagée dans une stratégie d’influence au bénéfice du Kremlin.

Ces deux lectures n’ont pas les mêmes conséquences. La première défend le pluralisme des opinions. La seconde met l’accent sur l’origine des récits, les relais utilisés et leurs effets possibles sur l’opinion publique.

Un sujet sensible à l’approche de la présidentielle

La polémique intervient alors que les partis se préparent déjà à la campagne présidentielle de 2027. Les médias audiovisuels jouent un rôle central dans cette période. Une présence régulière à l’antenne peut contribuer à installer certains thèmes, certains mots et certaines interprétations.

Les critiques adressées au groupe Bolloré portent précisément sur cette capacité de mise en avant. CNews, Europe 1 et le JDNews appartiennent à un même ensemble médiatique influent. Le choix de maintenir Xenia Fedorova dans ces espaces est donc observé comme un choix éditorial cohérent, et non comme une intervention isolée.

Les grands groupes peuvent plus facilement organiser des interventions à distance. Ils disposent de studios, d’équipes techniques et de moyens juridiques. Les médias plus petits, eux, n’ont pas toujours les ressources nécessaires pour vérifier les parcours, documenter les réseaux d’influence ou produire une contradiction en direct.

Pour les téléspectateurs, la question est concrète. Une opinion présentée comme une expertise peut-elle être comprise sans rappeler les activités passées de la personne qui la porte ? La réponse dépend de la transparence éditoriale, du contradictoire et de la manière dont l’invité est présenté à l’écran.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La première échéance sera la date effective d’une éventuelle intervention de Xenia Fedorova sur CNews. La chaîne a annoncé un retour « très prochainement », sans préciser le jour ni le format exact de cette participation.

Il faudra aussi suivre les suites judiciaires de l’arrêté d’expulsion et du gel de ses avoirs. La légalité de ces mesures pourrait encore être contestée devant les juridictions compétentes.

Enfin, le débat devrait se déplacer vers le rôle des médias dans la lutte contre les ingérences étrangères. Le gouvernement veut que les groupes expliquent leurs choix aux Français. Les chaînes, elles, invoquent leur liberté éditoriale. La confrontation entre ces deux principes ne fait que commencer.

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