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CONFLITS & CRISES La gauche face à ses ambiguïtés

Gaza et antisémitisme : pourquoi les propos de Ségolène Royal divisent la gauche et inquiètent les associations juives

Après ses propos sur Gaza et les voix juives et israéliennes, Ségolène Royal est accusée d’essentialiser les Juifs de France. La polémique ravive les tensions de la primaire sociale-démocrate.

Salle de débat française vide, pupitres alignés, micros et feuilles blanches, dans un grand décor institutionnel.
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En bref

Lors d’un débat de la primaire sociale-démocrate, Ségolène Royal a appelé à davantage de voix israéliennes et juives contre la politique menée à Gaza. Des organisations juives et plusieurs responsables politiques lui reprochent d’avoir associé l’identité juive à une responsabilité dans le conflit ou dans la lutte contre l’antisémitisme.

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Quand une personnalité politique demande « plus de voix israéliennes et juives » pour dénoncer la situation à Gaza, une question surgit immédiatement : qui doit répondre des décisions du gouvernement israélien, et qui doit répondre de l’antisémitisme en France ?

Une phrase prononcée pendant le premier débat

La polémique est née lors du premier débat de la primaire sociale-démocrate, organisé mercredi 23 septembre. Cinq candidats s’affrontaient dans cette compétition destinée à désigner un représentant pour la présidentielle de 2027.

Interrogée sur la situation à Gaza et sur la progression de l’antisémitisme, Ségolène Royal a déclaré que cette montée « n’est pas due à Israël », mais aux « actuels dirigeants » du pays. Elle a ensuite estimé qu’« il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe » à Gaza est « intolérable ».

Le sens défendu par l’ancienne ministre était double. D’une part, elle voulait distinguer la population israélienne du gouvernement de Benyamin Nétanyahou. D’autre part, elle estimait que des prises de position plus nombreuses contre la conduite de la guerre pourraient contribuer à réduire les tensions et l’antisémitisme.

La séquence, également rapportée dans ce compte rendu du débat de la primaire sociale-démocrate, a immédiatement déplacé la discussion. La question n’était plus seulement celle de Gaza. Elle portait aussi sur la manière de parler des Français juifs et de leur rapport supposé au conflit.

La réponse des organisations juives

Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a dénoncé une « trahison de l’idéal républicain ». Selon lui, demander aux Juifs de prendre position sur Gaza revient à les rendre responsables de la haine dont ils sont victimes.

Sur les réseaux sociaux, il a résumé sa critique ainsi : les responsables doivent être les antisémites, et non les citoyens juifs auxquels certains attribuent une responsabilité collective. Cette distinction est centrale dans le débat français. La République reconnaît des citoyens. Elle ne leur assigne pas une position politique en fonction de leur religion ou de leurs origines.

Philippe Meyer, vice-président du Crif, a lui aussi condamné des propos « moralement et politiquement intolérables ». Il a rappelé qu’être juif ne signifie pas soutenir le gouvernement israélien. Il n’existe donc pas, selon lui, de catégorie officielle des « bons » et des « mauvais » Juifs selon leurs opinions sur Gaza.

Ariel Goldmann, président de la Fondation du Judaïsme français, a posé une question symétrique à Ségolène Royal. Demanderait-elle aux musulmans de France de se mobiliser pour dénoncer les régimes algérien ou iranien ? Cette comparaison vise à mettre en évidence le risque d’un traitement différent selon la religion supposée des citoyens.

L’Union des étudiants juifs de France a formulé le même reproche dans des termes plus directs : « Les Juifs ne sont pas et ne seront jamais responsables de l’antisémitisme. » La ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a également estimé qu’aucun Français juif n’était responsable de la situation à Gaza.

Le point de désaccord : critiquer Israël sans assigner les Juifs

Le fond du débat tient à une ligne de séparation simple, mais souvent malmenée. Critiquer la politique du gouvernement israélien relève du débat politique. Accuser des citoyens français de devoir s’en expliquer en raison de leur identité religieuse relève d’une autre logique.

Le terme « essentialiser » désigne précisément le fait de réduire une personne à une identité supposée et de lui attribuer des opinions ou des responsabilités collectives. Dans ce cas, le reproche adressé à Ségolène Royal est d’avoir relié les prises de parole attendues sur Gaza à l’identité juive ou israélienne.

Cette distinction concerne directement les citoyens ordinaires. Un Français juif peut soutenir le gouvernement israélien, le combattre, défendre la cause palestinienne ou ne pas vouloir commenter le conflit. Aucune de ces positions ne permet de déduire sa responsabilité dans un acte antisémite commis en France.

Elle protège aussi la possibilité de critiquer les décisions israéliennes. Refuser l’amalgame entre Juifs et gouvernement israélien ne revient pas à interdire la dénonciation des opérations militaires à Gaza. Au contraire, cette séparation permet de discuter de la responsabilité des dirigeants, des choix militaires et des conséquences humanitaires sans viser une communauté entière.

Le contexte politique rend toutefois cette clarification plus difficile. Depuis le début de la guerre, les prises de position sur Gaza sont devenues un marqueur électoral majeur à gauche. Les candidats cherchent à dénoncer les souffrances des civils palestiniens tout en condamnant l’antisémitisme et les attaques contre les civils israéliens.

Une polémique qui révèle les tensions de la primaire

La réaction la plus directe est venue de Jérôme Guedj, autre candidat à la primaire. Il a accusé Ségolène Royal d’« essentialiser » les Juifs de France et d’adresser une injonction à une communauté. Cette intervention a transformé le débat en affrontement sur les principes républicains.

La séquence illustre aussi les lignes de fracture de la gauche sociale-démocrate. Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Ségolène Royal ne défendent pas la même lecture du conflit israélo-palestinien. Ils divergent sur les mots à employer, sur le degré de responsabilité du gouvernement israélien et sur la manière de lutter contre l’antisémitisme.

Pour Ségolène Royal, la formule ne visait pas les Français juifs. Elle a expliqué le lendemain qu’elle souhaitait « soutenir et encourager les Israéliens qui se dressent contre le régime » de Benyamin Nétanyahou. Elle a également affirmé n’avoir « jamais essentialisé » les Français de confession juive.

Cette défense ne répond pas entièrement à la critique. Ses adversaires ne contestent pas seulement son intention. Ils contestent la formulation employée et ses effets possibles. Dans un débat aussi chargé, une phrase peut être interprétée comme une demande adressée à une communauté entière, même si son auteur voulait parler d’opposants israéliens au gouvernement.

Ce qu’il faut surveiller désormais

La polémique pourrait peser sur la suite de la primaire sociale-démocrate. Les prochaines confrontations devront préciser la position de chaque candidat sur Gaza, l’antisémitisme et la distinction entre le gouvernement israélien, les citoyens israéliens et les Français juifs.

Il faudra surtout observer si Ségolène Royal maintient cette formulation ou si elle la reformule. L’enjeu dépasse son cas personnel. Il concerne la capacité des responsables politiques à condamner une politique étrangère, à défendre les civils palestiniens et à combattre l’antisémitisme sans assigner une communauté française à un conflit situé à plusieurs milliers de kilomètres.

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