Primaire socialiste 2027 : les électeurs face au choix entre rassemblement à gauche et autonomie vis-à-vis de LFI
Le dernier débat de la primaire sociale-démocrate a confirmé les convergences sur l’école et les retraites, mais aussi les divisions sur LFI, l’Ukraine et la stratégie présidentielle.

Les cinq candidats de la primaire sociale-démocrate ont affiché des positions proches sur l’abrogation de la réforme des retraites et le soutien à l’école. Ils restent profondément divisés sur une éventuelle alliance avec La France insoumise, la stratégie électorale et la réponse à la guerre en Ukraine. Le vote doit départager ces orientations avant 2027.
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Que reste-t-il d’une primaire quand les candidats parlent autant de leurs divergences que des problèmes du pays ? À quelques jours du vote, le dernier débat de la primaire sociale-démocrate a surtout exposé les fractures de la gauche non mélenchoniste.
Une primaire qui se joue aussi sur la stratégie
Dimanche 4 octobre, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel se sont retrouvés pour leur troisième et dernier débat télévisé. Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre.
Cette consultation doit désigner le candidat de la social-démocratie pour l’élection présidentielle de 2027. Elle réunit des personnalités issues du Parti socialiste, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste.
Sur le fond, les candidats convergent parfois. Ils veulent notamment revenir sur la réforme des retraites de 2023. Ils défendent aussi un effort important pour l’école. En revanche, leur stratégie politique reste très conflictuelle.
La question centrale est simple : faut-il construire une alliance avec La France insoumise ou tourner définitivement la page ? Derrière ce débat, se joue une autre bataille. Chaque candidat cherche à définir ce que doit être la gauche capable de gouverner.
Une polémique entre Glucksmann et Royal
Le débat a commencé par une passe d’armes autour de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Raphaël Glucksmann y évoquait une supposée « danse du ventre » de Ségolène Royal auprès d’Emmanuel Macron.
L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a dénoncé une attaque à connotation sexuelle. Elle a estimé que ces propos contribuaient à « dégrader une femme » et a dit avoir été particulièrement choquée par leur auteur.
Raphaël Glucksmann a répondu que les images avaient été enregistrées dans un cadre privé. Il a aussi assuré que ses paroles ne comportaient aucune intention sexiste.
Olivier Faure a contesté cette présentation. Selon lui, la séquence avait été filmée lors d’une réunion militante. Il a surtout demandé à Raphaël Glucksmann de présenter des excuses.
Le candidat de Place publique a finalement déclaré : « Je suis vraiment désolé si ces propos ont été perçus comme étant sexistes. Ils n’avaient pas vocation à sortir. » Cette réponse n’a pas mis fin à la tension. Elle a toutefois permis de clore provisoirement la polémique avant le débat de fond.
École : des promesses communes, des méthodes différentes
Les cinq candidats ont ensuite été interrogés sur la crise de l’Éducation nationale et sur les mobilisations dans les lycées. Tous ont affiché leur soutien aux revendications des élèves.
Jérôme Guedj a jugé ces revendications « absolument légitimes ». Il a cependant condamné les violences et défendu un maintien de l’ordre plus protecteur. Il a notamment évoqué l’abandon de l’usage des lanceurs de balles de défense, les LBD, dans certaines opérations.
Emmanuel Maurel a proposé l’abrogation de Parcoursup. Cette plateforme organise l’accès à l’enseignement supérieur, mais elle est régulièrement critiquée pour le stress qu’elle provoque chez les élèves et leurs familles.
Il veut également revenir sur la réforme du baccalauréat de 2019. Celle-ci a supprimé les anciennes filières générales, comme les séries L, ES et S, au profit d’un choix de spécialités.
Raphaël Glucksmann a défendu une loi de programmation sur cinq ans. Son projet comprend la rénovation des bâtiments scolaires, la hausse des salaires enseignants et la baisse du nombre d’élèves par classe.
Ces propositions ne répondent pas aux mêmes intérêts. Les élèves attendent davantage de stabilité et d’orientation. Les enseignants réclament surtout des moyens et de meilleures conditions de travail. L’État, lui, devrait financer des dépenses durables dans un contexte budgétaire contraint.
Le débat sur l’école ne porte donc pas seulement sur les programmes. Il concerne aussi la capacité à recruter, à rénover des établissements parfois vieillissants et à réduire les écarts entre territoires.
LFI, le sujet qui divise toute la gauche
Jean-Luc Mélenchon s’est invité dans les échanges, même lorsque les candidats souhaitaient parler d’autre chose. Jérôme Guedj a estimé que le dirigeant insoumis n’était pas « Voldemort », mais qu’il constituait un obstacle à la victoire face au Rassemblement national.
Cette attaque visait notamment Olivier Faure. Le premier secrétaire du Parti socialiste défend la possibilité de rassemblements à l’Assemblée nationale. Ses adversaires lui reprochent de laisser ouverte la porte à des accords avec La France insoumise.
Raphaël Glucksmann a confirmé son opposition à toute alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il refuse aussi une alliance avec la droite. Il affirme vouloir préserver une famille sociale-démocrate autonome.
Ségolène Royal l’a pourtant accusé de mener un « hold-up » sur le Parti socialiste. Selon elle, Raphaël Glucksmann chercherait à prendre le contrôle de l’espace social-démocrate après ne pas avoir réussi à créer une dynamique suffisante avec son propre parti.
L’intéressé a dénoncé un procès d’intention. Emmanuel Maurel a, de son côté, rappelé que les candidats avaient promis de soutenir le vainqueur. Cette règle vise à éviter qu’une primaire ne débouche immédiatement sur une nouvelle division.
Retraites : un accord sur l’abrogation, pas sur le financement
Interrogés par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, les cinq candidats ont annoncé vouloir abroger la réforme des retraites de 2023. Cette réforme prévoit de relever progressivement l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, avec une montée en charge jusqu’en 2030.
Le point d’arrivée fait toutefois débat. Raphaël Glucksmann refuse de promettre un retour à 60 ans. Emmanuel Maurel veut conserver l’âge légal de 62 ans et se dit opposé à la retraite par capitalisation, un système où chacun épargne individuellement pour compléter sa pension.
Jérôme Guedj défend plutôt une approche liée à la pénibilité. Il ne souhaite pas retenir un âge légal unique et propose de moduler la durée de travail selon les métiers exercés.
Cette convergence pourrait séduire les actifs opposés au recul de l’âge de départ. Mais elle laisse une question essentielle en suspens : comment financer l’abrogation de la réforme, alors que les dépenses de retraite augmentent et que les comptes publics restent sous pression ?
Ukraine : la diplomatie oppose encore les candidats
La guerre en Ukraine a fait apparaître une autre ligne de fracture. Ségolène Royal veut continuer à soutenir la défense de l’Ukraine, tout en intensifiant les efforts diplomatiques pour arrêter le conflit.
Jérôme Guedj a jugé cette position trop conciliante. Il souhaite que l’Ukraine puisse gagner la guerre, récupérer sa souveraineté territoriale et décider elle-même des conditions d’un éventuel cessez-le-feu.
Il défend aussi le maintien de l’aide financière et logistique française à Kiev. Raphaël Glucksmann appelle, pour sa part, l’Europe à pouvoir se défendre, y compris sans dépendre entièrement des États-Unis.
La divergence est importante. Les uns donnent la priorité à la négociation. Les autres craignent qu’un dialogue engagé trop tôt ne consolide les gains territoriaux russes. Dans les deux cas, les décisions auraient des conséquences concrètes sur les dépenses militaires, la sécurité européenne et la place de la France dans l’Union européenne.
Le vote doit maintenant départager ces lignes
Ce dernier débat a donc moins rapproché les candidats qu’il n’a clarifié leurs oppositions. La primaire devra départager plusieurs visions : une gauche rassemblée autour du PS, une social-démocratie indépendante de LFI ou une ligne davantage centrée sur les compromis républicains.
Les électeurs devront aussi comparer des promesses coûteuses. Rénover les écoles, revaloriser les enseignants, financer les retraites et soutenir l’Ukraine supposent des arbitrages budgétaires précis.
La prochaine échéance est le premier tour, organisé les 9 et 10 octobre. Le résultat indiquera quelle stratégie est majoritaire avant l’ouverture de la campagne présidentielle de 2027.



