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MUNICIPALITéS La peur au cœur du débat public

Après l’attaque de Trappes, protéger les habitants impose de combattre la banalisation du racisme au-delà du choc

Après l’attaque qui a fait un mort et cinq blessés à Trappes et La Verrière, le maire Ali Rabeh dénonce la banalisation du racisme et appelle à une réaction collective. Les données nationales rappellent que les faits enregistrés ne reflètent qu’une partie des atteintes vécues.

Une voiture particulière est stationnée au bord d’une rue résidentielle, devant des immeubles et du mobilier urbain.
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En bref

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, estime que la société a relâché sa vigilance face au racisme après une attaque meurtrière dans les Yvelines. L’enquête antiterroriste suit son cours et le bilan communiqué a évolué, tandis que les statistiques nationales montrent que les infractions enregistrées ne couvrent qu’une partie des personnes victimes de racisme. L’enjeu concerne à la fois la justice, la

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Comment continuer à vivre normalement quand on redoute d’être visé pour sa couleur de peau ou sa religion supposée ? À Trappes, cette peur est au cœur de l’alerte lancée par le maire Ali Rabeh après l’attaque meurtrière du vendredi 23 octobre.

Mardi 27 octobre, l’élu Génération.s estime que « la société dans son ensemble a baissé les armes » face au racisme. Son intervention pose une question politique : comment protéger les habitants sans limiter la réponse à l’émotion qui suit un attentat ?

Une peur qui dépasse les lieux de l’attaque

Ali Rabeh décrit des habitants qui « ont pris l’habitude d’être stigmatisés ». Pour lui, les discours qui désignent régulièrement une population comme un problème nourrissent un sentiment d’exposition permanent. Après l’attaque, affirme-t-il, « le sentiment qui domine, c’est évidemment la peur ».

Le maire appelle donc à « collectivement se ressaisir et tirer les leçons de ce qu’il s’est passé ». Il place le débat au-delà de la seule réponse policière. Sa position défend les habitants de sa commune, mais conteste aussi la manière dont Trappes apparaît dans le débat public.

Cette analyse reste celle d’un responsable politique. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir les causes précises du passage à l’acte. L’enquête doit distinguer les convictions du suspect, ses motivations, la préparation éventuelle de l’attaque et ses possibles soutiens.

Une enquête antiterroriste et un bilan réévalué

Vendredi 23 octobre, un homme a ouvert le feu depuis un véhicule à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Les autorités ont d’abord annoncé un mort et cinq blessés, dont une enfant de 12 ans. Le parquet national antiterroriste, chargé des affaires de terrorisme, a pris la direction des investigations. Emmanuel Macron a qualifié les faits d’attentat terroriste raciste lors de son déplacement sur place, comme le rapporte le compte rendu des premières déclarations officielles.

Le bilan a ensuite évolué. Lundi 26 octobre, le procureur antiterroriste Olivier Christen a fait état d’un mort et de sept blessés. Il a également indiqué que le parcours du tireur présumé comptait huit scènes de crime sur douze kilomètres, avec au moins 128 munitions tirées. Ces précisions figurent dans le point sur les annonces du parquet et la reprise de la garde à vue.

Le suspect, âgé de 39 ans, ne conteste pas les faits matériels, selon le procureur. Il conteste toutefois leur caractère raciste. Sa garde à vue a repris lundi après une interruption pour observation psychiatrique. Ces éléments imposent de distinguer trois questions : les faits commis, leur qualification pénale et l’état mental du suspect.

Le racisme enregistré ne montre qu’une partie du phénomène

L’alerte du maire intervient dans un contexte national documenté. En 2025, police et gendarmerie ont enregistré plus de 16 400 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux. Ce total comprend 9 700 crimes ou délits et 6 700 contraventions, selon les statistiques nationales sur les atteintes racistes en 2025.

Ces données ne recensent cependant que les faits connus des services de sécurité. La même publication indique que plus de 1,7 million d’adultes déclaraient avoir subi une atteinte raciste en 2023, dans le périmètre de l’enquête. Parmi eux, seuls 3,5 % avaient porté plainte.

Ce décalage éclaire une difficulté concrète : mesurer le racisme uniquement avec les plaintes laisse une grande partie des victimes hors du champ judiciaire. Il invite aussi à la prudence. Les injures, les menaces et les violences ne constituent pas des faits identiques. Leur regroupement statistique ne permet pas de prédire un attentat particulier.

Des conséquences inégales, des réponses à plusieurs niveaux

Les victimes blessées et les proches de la personne tuée subissent directement les conséquences de l’attaque. Pour les autres habitants, l’enjeu décrit par le maire concerne la sécurité quotidienne : pouvoir circuler sans craindre de devenir une cible. La peur ne pèse donc pas de la même manière sur tous.

Les institutions font également face à des responsabilités différentes. La justice doit établir les responsabilités individuelles. Les pouvoirs publics doivent protéger et prévenir. Pour une commune, défendre l’image du territoire ne remplace ni l’enquête ni l’accompagnement des personnes touchées. Inversement, une enquête pénale ne répond pas à toutes les expériences de stigmatisation.

Le diagnostic d’un abandon collectif mérite aussi une contrepartie. L’État dispose d’un plan national contre le racisme pour 2023-2026. En avril 2026, le gouvernement en a réuni le comité de suivi, en présentant notamment ses actions dans l’éducation et contre les discriminations. Ce bilan gouvernemental des dispositifs antiracistes montre l’existence d’une politique publique, sans démontrer à lui seul son efficacité.

À l’inverse, la Commission nationale consultative des droits de l’homme a critiqué les faiblesses du pilotage interministériel dans son rapport sur la lutte contre le racisme en 2024. Le désaccord porte ainsi moins sur la nécessité d’agir que sur la continuité, les moyens et les résultats de cette action.

Deux échéances pour sortir du seul choc

Dans les prochains jours, les annonces du parquet permettront de suivre les suites judiciaires de la garde à vue. Elles devront notamment préciser les responsabilités retenues et les éléments qui étayent les qualifications envisagées.

À Trappes, un rassemblement contre le racisme est par ailleurs annoncé vendredi 30 octobre à 18 heures, place des Merisiers, selon les informations locales sur l’hommage prévu une semaine après l’attaque. Ce rendez-vous donnera une première mesure de la mobilisation collective demandée par le maire, tandis que l’enquête poursuivra son propre calendrier.

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