À Pau, 344 voix d’écart donnent à Jérôme Marbot une large majorité pour transformer les priorités municipales
Jérôme Marbot devance François Bayrou de 344 voix au second tour à Pau, mais obtient 38 des 53 sièges municipaux. Participation, abstention et répartition des élus éclairent les marges de manœuvre de la nouvelle majorité.

Jérôme Marbot devance François Bayrou de 344 voix au second tour des municipales à Pau, avec 42,45 % des suffrages. Sa liste obtient 38 des 53 sièges du conseil municipal, malgré une participation de 55,63 %. Cette majorité facilitera les décisions locales, mais les choix budgétaires et la mise en œuvre des engagements détermineront leurs effets concrets pour les habitants.
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Comment quelques centaines de bulletins peuvent-ils changer durablement la gestion d’une ville ? À Pau, le second tour des municipales du 22 mars 2026 donne une réponse nette : une victoire électorale serrée peut produire une très large majorité municipale.
Jérôme Marbot, à la tête de la liste d’union de la gauche Nouvelle Ère, devance François Bayrou de 344 voix. Sa liste obtient pourtant 38 des 53 sièges du conseil municipal. L’alternance repose donc sur un écart limité dans les urnes, mais sur un rapport de force solide dans l’assemblée locale.
Trois listes, une victoire à 42,45 %
Les résultats officiels du second tour à Pau placent Nouvelle Ère en tête avec 11 174 voix, soit 42,45 % des suffrages exprimés. Nous aimons Pau, conduite par François Bayrou et classée divers centre, rassemble 10 830 voix, soit 41,14 %. L’Espérance pour Pau, menée par Margaux Taillefer pour le Rassemblement national, recueille 4 319 voix, soit 16,41 %.
La répartition des sièges amplifie cet écart. La liste de François Bayrou obtient 11 conseillers municipaux, contre quatre pour celle de Margaux Taillefer. Ensemble, ces deux groupes comptent donc 15 élus face aux 38 représentants de Nouvelle Ère.
Le scrutin inverse aussi l’ordre du premier tour. Le 15 mars, François Bayrou arrivait premier avec 33,83 %, devant Jérôme Marbot, à 26,31 %. Margaux Taillefer obtenait alors 16,26 %. Ces évolutions décrivent une progression des listes, mais elles ne permettent pas de reconstituer les choix individuels des électeurs entre les deux dimanches.
Pourquoi une courte avance donne autant de sièges
Il faut distinguer majorité des voix et majorité des sièges. Au second tour, une liste peut gagner sans dépasser 50 % des suffrages exprimés. Arriver première suffit pour bénéficier de la prime majoritaire : un mécanisme qui lui attribue d’abord la moitié des sièges, avec l’arrondi prévu par la loi.
Les sièges restants se répartissent ensuite proportionnellement entre les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages, y compris celle arrivée en tête. Ce mode de scrutin municipal expliqué par Vie publique favorise la constitution d’une majorité capable de gouverner. En contrepartie, il réduit le poids relatif des oppositions dans l’assemblée.
À Pau, le principal bénéficiaire institutionnel est donc Nouvelle Ère. Ses adversaires conservent une représentation, mais pas les moyens de bloquer seuls les décisions ordinaires. C’est le point central du résultat : une ville électoralement partagée dispose d’un conseil nettement dominé par une liste.
Autre précision importante : les habitants élisent les conseillers municipaux, pas directement le maire. Celui-ci accède à ses fonctions par un vote du conseil lors de sa première réunion. La victoire d’une liste lui donne ainsi la majorité nécessaire pour porter son candidat à la mairie.
Une participation qui limite la portée du mandat électoral
Sur 48 699 inscrits, 27 092 électeurs ont voté, soit une participation de 55,63 %. L’abstention atteint 44,37 %, avec 21 607 personnes restées à l’écart du scrutin. Le dépouillement compte également 464 bulletins blancs et 305 bulletins nuls. Au total, 26 323 suffrages ont contribué au classement des listes.
Les blancs représentent 1,71 % des votants et les nuls 1,13 %. Ils entrent dans la participation, mais pas dans les suffrages exprimés qui servent au calcul des scores. La liste gagnante rassemble ainsi 22,95 % des inscrits.
Ces chiffres ne remettent pas en cause la règle électorale. Ils imposent toutefois une distinction : obtenir les moyens de décider ne signifie pas recueillir l’adhésion de tous. Inversement, l’abstention ne constitue pas un bloc politique dont on pourrait attribuer les intentions à un camp.
Des priorités sociales, avec des arbitrages concrets
Au-delà des sièges, l’alternance porte un projet différent. Dans son programme municipal Nouvelle Ère, Jérôme Marbot défend notamment une tarification sociale des cantines, des chèques alimentaires locaux et un accompagnement gratuit des apprentissages. Il s’agit d’engagements de campagne, à distinguer de leur réalisation.
Son équipe proposait également une gratuité progressive des transports, immédiate pour les moins de 26 ans. Elle annonçait des parkings relais renforcés et un réseau cyclable sécurisé. Marbot justifiait aussi son projet par une critique : selon lui, les investissements avaient trop privilégié le centre-ville. Cette appréciation appartient au candidat, pas au résultat électoral.
Les bénéficiaires visés diffèrent selon les mesures : familles utilisatrices des cantines, jeunes voyageurs ou habitants des quartiers concernés. Mais l’accès effectif compte autant que le tarif. Un transport gratuit ne répond pas, à lui seul, aux besoins d’une personne éloignée d’une desserte adaptée.
La contrepartie sera donc budgétaire et pratique : quels services financer, à quel rythme et pour quels publics prioritaires ? Ce sont les décisions et leurs financements, plutôt que les seules annonces, qui permettront de mesurer les effets de l’alternance.
Une opposition affaiblie, mais un débat qui reste ouvert
François Bayrou, maire depuis 2014, a exprimé une inquiétude après sa défaite : « je crains un peu que ce soit une soirée difficile pour notre ville ». Cette réaction traduit le désaccord du camp sortant avec l’alternance ; elle ne démontre pas ses conséquences futures. Le 26 mars 2026, il a annoncé qu’il ne siégerait pas au conseil municipal.
Le scrutin dépasse aussi la seule mairie. Nouvelle Ère obtient 27 des 37 sièges communautaires attribués à Pau, contre sept pour Nous aimons Pau et trois pour le RN. Ces chiffres concernent la représentation paloise : ils ne décrivent pas, à eux seuls, l’ensemble du conseil de l’agglomération.
Pour la suite du mandat, les prochains débats budgétaires et votes sur les services locaux constitueront les échéances décisives à surveiller. Ils permettront d’identifier les mesures financées, leurs bénéficiaires réels et les arbitrages entre centre-ville, quartiers et besoins partagés à l’échelle intercommunale.



