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ÉCONOMIE & SOCIéTé Filière volaille

Bien-être animal : ce que LDC et Loué ont changé dans les élevages, alors qu’un poulet sur deux mangé en France est importé

Fenêtres, perchoirs, indicateurs mesurés sur chaque poulet, caméras en abattoir : LDC et les Fermiers de Loué ont transformé leurs élevages. Imparfait, le premier volailler français reste un rempart face à un poulet importé sur deux.

Des poules noires et rousses picorent sur un tapis de feuilles mortes, entre les rangées d’arbres nus d’un verger.
Hanifi Sarıkaya / Pexels

Volailles sur un parcours arboré, en automne. Photo d’illustration.

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En bref

LDC, qui travaille avec 6 500 éleveurs, a renforcé ses exigences : poulaillers avec fenêtres et perchoirs, densité limitée à 38 kg/m², suivi du comportement et des blessures, caméras en abattoir et aides aux travaux. Ces progrès, toujours contestés par des ONG, comptent alors que 52,4 % des poulets consommés en France sont importés, notamment pour les plats préparés et la restauration.

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Quand on achète un poulet ou un plat préparé, on sait rarement d’où vient la viande. En 2025, plus d’un poulet sur deux consommé en France était pourtant importé. L’autre moitié doit beaucoup à un groupe sarthois souvent caricaturé : LDC, maison mère du Gaulois et de Maître CoQ, et partenaire historique des Fermiers de Loué. Or le bien-être animal chez LDC a profondément changé en dix ans, avec des moyens importants et des limites réelles.

Un groupe familial né dans la Sarthe

LDC, pour Lambert Dodard Chancereul, naît en 1968 à Sablé-sur-Sarthe de la fusion de deux abattoirs familiaux. Coté en Bourse, il reste une entreprise familiale : ses familles fondatrices sont ses premiers actionnaires, aux côtés de la coopérative des Fermiers de Loué.

Selon son président du directoire, Philippe Gelin, LDC assure 60 % de la production de volailles vivantes en France et 40 % de la consommation nationale. Son chiffre d’affaires a atteint 7,3 milliards d’euros en 2025-2026.

Le groupe ne possède pourtant pas les élevages. Il travaille avec quelque 6 500 éleveurs indépendants en France, sous contrat. Mettre en cause LDC en bloc, c’est donc aussi viser ces milliers d’éleveurs.

À Loué, le lien remonte loin. La coopérative, fondée en 1960, a obtenu son premier Label rouge dès 1966, pour des volailles élevées sur parcours arborés. L’abattoir Cavol, propriété de LDC, a traité 23,3 millions de volailles en 2025. Il a bénéficié de 30 millions d’euros d’investissements en 2018, puis de plus de 10 millions pour des travaux qui s’achèvent fin 2026.

Le bien-être animal chez LDC se mesure sur l’animal

Premier levier : un cahier des charges maison, Nature d’Éleveurs. LDC s’est engagé à y faire entrer, fin 2025, tous les élevages de poulets qu’il abat en France. Des organismes indépendants les auditent chaque année sur 60 points. Un lot non conforme ne peut plus être vendu sous la démarche.

Les poulets y gagnent de l’espace : 38 kg par mètre carré, contre 42 tolérés par dérogation. Le groupe s’était engagé à abandonner cette densité maximale au 1er janvier 2026. Les bâtiments doivent aussi offrir fenêtres, perchoirs et objets à picorer.

Le plus intéressant tient aux indicateurs. Avec l’application Ebene, conçue par l’institut technique Itavi, éleveurs et techniciens observent les volailles. Se perchent-elles ? Prennent-elles des bains de poussière ? Comment réagissent-elles à l’homme ? Les interactions entre congénères, autrement dit leur vie sociale, font partie de la grille.

À l’abattoir, les pattes et les ailes de chaque poulet sont examinées. À Droué, dans le Loir-et-Cher, une caméra analyse même les coussinets plantaires. Ces mesures déclenchent primes ou pénalités pour l’éleveur. « L’objectif est d’aller vers des indicateurs le plus possible basés sur l’animal, sur le poulet », résume le collectif de filière lancé en septembre autour de LDC.

Selon ce collectif, l’usage d’antibiotiques a chuté de 61 % entre 2011 et 2024. La pododermatite, une lésion des pattes, a reculé de 37 %, et la diversité des comportements observés aurait progressé de 10 %.

Des fenêtres aux caméras, plus de 100 millions investis

Ces progrès ont un coût. Depuis 2016, éleveurs et partenaires de la démarche ont investi 130 millions d’euros, selon le collectif. Ils ont ainsi posé environ 100 000 mètres carrés de fenêtres sur quelque 2 600 poulaillers. LDC verse des aides pour ces travaux. Il dit aussi avoir engagé 150 millions d’euros de hausses de prix pour l’amont, dont 60 millions supplémentaires en 2026-2027.

En aval, les caméras ont gagné les abattoirs. LDC s’était engagé à en équiper tous ses abattoirs de poulets et de dindes en France. En septembre 2026, plus de 80 % des poulets de la démarche étaient abattus sur des sites filmés. Plus des deux tiers étaient étourdis sous atmosphère contrôlée, la méthode que le groupe dit privilégier. Tous les animaux sont étourdis avant l’abattage, y compris rituel, affirme LDC.

Les Fermiers de Loué vont plus loin dans l’information du consommateur. Depuis 2019, la marque affiche sur ses poulets une note de bien-être animal, de A à E. Un certificateur indépendant note chaque éleveur sur 230 critères définis par quatre ONG : CIWF, LFDA, OABA et Welfarm. Objectif : la note A pour tous les poulets fermiers élevés en liberté.

Un poulet sur deux vient déjà de l’étranger

Pourquoi ces efforts comptent-ils au-delà de l’image d’un groupe ? Parce que la France ne produit plus assez de poulets. Selon l’interprofession Anvol, 52,4 % des poulets consommés en 2025 étaient importés, deux points de plus qu’en 2024.

Il s’agit surtout de filets et de préparations, plus de 600 000 tonnes, destinés à la restauration hors domicile et à l’industrie. L’enjeu se joue donc moins au rayon volaille qu’au restaurant, à la cantine ou dans les plats préparés.

La pression monte. Anticipant leur exclusion, les exportateurs brésiliens ont envoyé 56 % de volailles de plus vers l’Europe sur les huit premiers mois de 2026. Le Brésil a en effet été retiré le 3 septembre de la liste des pays autorisés, faute de garanties sur les antibiotiques. Mais cette suspension brésilienne pourrait vite être levée. Les volailles chinoises arrivent aussi en hausse de 30 % cette année, selon la filière. Et l’accord avec le Mercosur s’applique à titre provisoire depuis le 1er mai.

Dans ce paysage, LDC reste le premier rempart de la production française. Sans lui, la part importée grimperait mécaniquement, dont une partie produite hors d’Europe selon des règles moins strictes. Des élevages brésiliens utilisent encore des antimicrobiens interdits dans l’Union, rappelle l’interprofession.

Des critiques qui restent fondées

Ce bilan n’efface pas les critiques. Le 14 septembre, quatre ONG (CIWF France, OABA, Welfarm et LFDA) ont annoncé saisir la DGCCRF, le gendarme des fraudes. Elles visent le nouveau logo « Bien-être animal, filière agricole engagée », porté notamment par LDC. Selon elles, il admet des souches à croissance rapide et 38 kg/m², contre 30 dans l’European Chicken Commitment (ECC), le standard qu’elles défendent. Ce sont pourtant ces mêmes ONG qui ont conçu la note affichée par Loué.

« L’objectif de notre démarche est de promouvoir l’origine France sur nos produits », défend Dylan Chevalier, directeur RSE de LDC, cité par Réussir. En 2025, moins de 4 % des élevages du groupe respectaient l’ECC. LDC a lancé le 1er octobre des gammes ECC pour Le Gaulois et Maître CoQ. Il vise 100 % de ces gammes d’ici 2028, « en fonction de la réponse du marché ».

Autre angle mort : LDC importe lui-même de la viande pour des produits vendus sous la marque de ses clients, tout en assurant que ses grandes marques restent françaises. Des éleveurs jugent aussi leur rémunération trop juste face aux investissements demandés.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Plusieurs échéances diront si la dynamique tient. Il faudra d’abord suivre la réponse de la DGCCRF à la saisine des ONG. À Bruxelles, la réinscription du Brésil et l’avis de la Cour de justice de l’UE sur le Mercosur pèseront sur le marché. Enfin, la filière chiffre à 2,8 milliards d’euros sa trajectoire d’ici 2035, dont 2 200 nouveaux poulaillers, pour ramener les importations sous un poulet sur trois. Une ambition qui suppose des éleveurs, des abattoirs et des groupes capables d’investir en France.

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