Sans accompagnement, les aides à la transition énergétique risquent de laisser petites communes et ménages modestes de côté
Le gouvernement ne renouvellera pas quatre programmes d’accompagnement énergétique et prolonge Actee jusqu’à mi-2027. Les élus et les associations craignent que les ménages modestes et les petites communes peinent davantage à engager leurs projets.

Le gouvernement met fin à quatre programmes liés à la rénovation, à la mobilité et à la lutte contre la précarité énergétique, tandis qu’Actee est prolongé jusqu’à mi-2027. Il veut réorienter les certificats d’économies d’énergie vers l’électrification. Les associations et des élus alertent sur les difficultés que pourraient rencontrer les ménages modestes et les petites communes sans
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Qui aidera une famille modeste à rénover son logement, ou une petite mairie à choisir les travaux pour son école ? Derrière l’arrêt de plusieurs programmes d’accompagnement énergétique, c’est l’accès concret à la transition qui se joue.
Le gouvernement veut réorienter les certificats d’économies d’énergie vers l’électrification. Les structures concernées dénoncent, elles, la disparition d’un soutien indispensable aux ménages précaires et aux collectivités peu équipées.
Un arbitrage sur les moyens de la transition
Le conflit porte sur les certificats d’économies d’énergie, ou CEE. Ce mécanisme oblige les fournisseurs d’énergie à financer des actions réduisant la consommation. Ils peuvent notamment soutenir des travaux ou contribuer à des programmes d’accompagnement, comme l’explique le ministère dans sa présentation du dispositif des CEE.
L’État fixe donc les règles, mais ces financements ne correspondent pas simplement à une enveloppe du budget national. Leur orientation détermine quels projets et quels bénéficiaires peuvent recevoir un soutien.
Le cadre distingue deux leviers : financer des équipements et préparer leur déploiement. Les programmes d’accompagnement reconnus par le ministère peuvent soutenir l’information, la formation, la rénovation des bâtiments publics ou la lutte contre la précarité énergétique. Leurs actions ne produisent pas directement des économies d’énergie : elles cherchent à rendre celles-ci possibles.
C’est précisément cette étape préparatoire que défendent les associations et les élus concernés. Pour eux, proposer une aide ne suffit pas toujours : encore faut-il identifier les besoins, choisir les travaux et construire un projet réalisable.
Quatre programmes sans renouvellement, Actee en sursis
La décision annoncée le 29 octobre 2026 prévoit de ne pas renouveler au moins quatre programmes à la fin de l’année. Toits d’abord soutient le logement des personnes précaires et la production de logements performants. Territoires zéro exclusion énergétique accompagne des ménages modestes dans leur rénovation.
Deux autres dispositifs sont concernés : Tims, consacré aux mobilités sobres et accessibles, et Slime, qui accompagne les collectivités contre la précarité énergétique. Il ne s’agit donc pas uniquement de rénovation : les déplacements du quotidien entrent aussi dans cet arbitrage.
Actee, pour Action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique, bénéficiera d’une prolongation de quelques mois, jusqu’à mi-2027. Ce programme met des experts à disposition des collectivités pour préparer la rénovation de leurs bâtiments publics.
Son directeur, Guillaume Perrin, dénonce une « décision complètement incompréhensible ». Il fait valoir que le dispositif a accompagné plus de 6 000 écoles vers l’adaptation au changement climatique depuis sa création en 2019. Ce chiffre porte sur l’accompagnement, pas sur autant de rénovations achevées.
Cette annonce intervient après une première réduction : début septembre, l’enveloppe destinée à accélérer la rénovation thermique des écoles avait déjà perdu 40 millions d’euros.
Les petites communes et les ménages modestes en première ligne
Pour une mairie, disposer d’un financement et savoir comment l’utiliser sont deux problèmes différents. Danielle Mametz, maire de Boëseghem, dans le Nord, résume cette dépendance : « Nous ne sommes pas équipés en ingénierie pour choisir les travaux énergétiques qui seront les plus efficaces. »
À Saint-Juvat, dans les Côtes-d’Armor, le maire Dominique Ramard défend également le conseil apporté par Actee. Sa commune a mobilisé ses experts pour lancer la rénovation thermique de bâtiments publics.
Ces témoignages montrent l’impact différencié de l’arbitrage. Les collectivités disposant de spécialistes en interne ne dépendent pas de la même manière d’un appui extérieur. Pour une petite commune sans cette compétence, perdre le conseil peut compliquer la préparation du projet, avant même la recherche d’entreprises.
Du côté des ménages, l’enjeu dépasse aussi l’achat d’un équipement. Le réseau Cler indique avoir accompagné plus de 300 000 personnes à travers Tims et Slime, vers des solutions de mobilité ou des travaux de rénovation énergétique.
Le besoin reste important. L’Observatoire national de la précarité énergétique rappelle qu’en 2023, 3,1 millions de ménages consacraient plus de 8 % de leurs revenus aux dépenses énergétiques de leur logement. Il souligne aussi les difficultés liées aux fortes chaleurs, où se combinent mauvaise isolation, faibles ressources et vulnérabilités sociales.
Électrifier davantage, mais avec quel accompagnement ?
Le ministère de l’Énergie défend une autre hiérarchie des priorités. Il souhaite « recentrer » les CEE sur l’électrification, au nom de la souveraineté énergétique. Il cite notamment de futurs programmes de leasing social pour les voitures électriques et les pompes à chaleur.
Cette orientation privilégie ainsi l’accès à des équipements électriques. Elle vise les ménages susceptibles de bénéficier de ces offres et ouvre des débouchés aux filières correspondantes. Le gouvernement affirme rechercher les dispositifs les plus efficaces, et non réaliser des économies budgétaires.
Les responsables des programmes contestent ce raisonnement. Leur intérêt est aussi de préserver leurs financements et leurs équipes. Mais leur critique porte sur un mécanisme concret : supprimer l’accompagnement risque, selon eux, d’écarter les publics qui rencontrent déjà le plus d’obstacles.
Cler dénonce ainsi un abandon des ménages précaires. L’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher critique également la décision : « On ne peut pas prétendre accélérer la transition énergétique tout en supprimant les moyens qui permettent aux plus modestes d’y prendre part. »
Le désaccord ne porte donc pas seulement sur l’électricité. Il oppose deux façons d’utiliser les moyens disponibles : soutenir davantage l’équipement, ou préserver les structures qui permettent aux ménages et aux communes de préparer leurs projets.
Deux échéances pour mesurer les conséquences
La première échéance arrive fin décembre 2026, avec le non-renouvellement des quatre programmes. D’ici là, les modalités de clôture et le devenir des accompagnements engagés seront déterminants pour les bénéficiaires.
La seconde se situe à mi-2027 pour Actee. Entre ces deux dates, les futurs dispositifs d’électrification devront préciser leurs bénéficiaires, leurs conditions d’accès et la place du conseil. C’est sur ces critères concrets que se mesurera la continuité du soutien aux publics les moins autonomes.



