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ÉCONOMIE & SOCIéTé Smic, le pouvoir d’achat en question

Pourquoi le Smic français protège les salariés sans leur faire gagner autant de pouvoir d’achat que leurs voisins européens

Sur dix ans, le Smic français a surtout suivi l’inflation, tandis que plusieurs pays européens ont enregistré des gains de pouvoir d’achat plus importants. L’écart s’explique notamment par le rattrapage à l’Est et par des choix politiques différents.

Une salariée à la caisse d’un supermarché fait passer les achats d’un client sur le tapis roulant.
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En bref

Entre 2016 et 2026, le Smic français a surtout compensé l’inflation, sans gain de pouvoir d’achat comparable à celui observé dans les autres pays européens étudiés. Les fortes progressions à l’Est tiennent en partie au rattrapage de salaires partis de niveaux bas. En France, le débat porte aussi sur les minima de branche et l’éventualité d’une hausse supérieure à l’indexation automatique.

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Quand le Smic augmente, permet-il de vivre mieux ou seulement de payer les mêmes dépenses ? Cette distinction change tout dans la comparaison entre la France et ses voisins européens.

Yannick Jadot affirme que « la France est le pays européen qui a le moins fait évoluer son Smic » en dix ans. Le constat est fondé pour l’évolution du pouvoir d’achat du salaire minimum, parmi les pays de l’Union européenne qui disposent d’un minimum national. Mais il ne signifie pas que la France possède le salaire minimum le plus bas.

Une faible progression ne signifie pas un faible montant

Pour comprendre ce classement, il faut distinguer deux mesures. La hausse nominale désigne l’augmentation du salaire en euros. La hausse réelle retranche l’inflation : elle mesure ce que ce salaire permet effectivement d’acheter. C’est cette seconde approche qu’utilise Eurofound pour comparer les gains de pouvoir d’achat entre janvier 2016 et janvier 2026.

Dans son analyse des salaires minimums européens sur dix ans, l’agence européenne décrit une France à part. Les autres pays étudiés enregistrent des gains de pouvoir d’achat sur la période. En France, les revalorisations ont essentiellement protégé le minimum salarial contre la hausse des prix.

Le périmètre compte aussi. En janvier 2026, 22 des 27 États membres possèdent un salaire minimum national. Le Danemark, l’Italie, l’Autriche, la Finlande et la Suède n’entrent donc pas dans ce classement. Parler de toute l’Europe serait trop large.

À l’Est, un rattrapage ; ailleurs, des choix politiques

Les progressions les plus spectaculaires concernent des pays partis de niveaux nettement inférieurs. Entre 2016 et 2026, les salaires minimums réels ont plus que doublé en Roumanie et en Lituanie. Ils ont augmenté de plus de 50 % en Croatie, en Bulgarie, en Pologne et en Hongrie. Eurofound décrit un rapprochement progressif entre l’Est et l’Ouest.

Ce rattrapage ne suffit cependant pas à expliquer la position française. L’Espagne et le Portugal affichent des gains réels proches de 40 %. L’Allemagne, l’Irlande et la Grèce dépassent 20 %. Des décisions politiques ont joué, notamment les fortes hausses espagnole de 2019 et allemande de 2022.

Les montants restent pourtant très différents. Dans la photographie publiée par Eurostat pour janvier 2026, le minimum mensuel brut atteint environ 795 euros en Roumanie, 1 050 euros en Croatie et 1 823 euros en France. La Belgique se situe à 2 112 euros et les Pays-Bas à 2 295 euros. Ces chiffres correspondent à une date précise, pas nécessairement aux montants désormais applicables.

En France, le Smic atteint ainsi 1 867,02 euros brut mensuels depuis le 1er juin 2026, pour 35 heures hebdomadaires. Comparer seulement les montants en euros reste insuffisant : les prix diffèrent entre pays. Eurostat montre que les écarts se réduisent nettement lorsqu’on tient compte du coût de la vie.

Le mécanisme français protège, sans garantir un véritable gain

La France dispose d’une protection automatique. Chaque 1er janvier, la formule tient compte de l’inflation des 20 % de ménages aux revenus les plus faibles. Elle intègre aussi la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés.

Une hausse peut également intervenir en cours d’année lorsque l’indice de référence progresse d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation. Enfin, le gouvernement peut décider d’un « coup de pouce », c’est-à-dire d’une augmentation supplémentaire. Cette marge politique existe indépendamment de l’indexation automatique.

La distinction est importante pour les salariés. Une hausse imposée par l’inflation compense une augmentation des prix ; elle ne constitue pas nécessairement une amélioration du niveau de vie. La CGT souligne ainsi que la revalorisation automatique de 2,41 % de juin 2026 ne représente pas un coup de pouce gouvernemental.

Des grilles sous le Smic ne signifient pas neuf millions de salariés payés illégalement

Un autre problème concerne les minima de branche, ces planchers négociés entre syndicats et employeurs d’un même secteur. Lorsque leurs premiers niveaux passent sous le Smic, plusieurs qualifications peuvent se retrouver rémunérées au même minimum légal. La progression professionnelle se traduit alors moins clairement dans le salaire.

Il faut toutefois écarter une confusion majeure : couvrir plusieurs millions de salariés par des conventions comportant des minima trop bas ne signifie pas les payer tous sous le Smic. La règle applicable aux minima conventionnels inférieurs au Smic impose à l’employeur de compléter la rémunération pour atteindre le minimum légal.

Les enjeux varient fortement selon les entreprises. Lors de la revalorisation de novembre 2024, 19,4 % des salariés des entreprises de un à neuf salariés étaient directement concernés, contre 10,8 % dans celles de dix salariés ou plus. Une hausse touche donc proportionnellement davantage les petites structures, et les travailleurs qui y occupent les emplois les moins rémunérés.

Le prochain arbitrage oppose pouvoir d’achat et coût du travail

Les positions défendent des intérêts différents. Dans sa contribution au rapport d’experts de novembre 2025, la CFDT réclame un coup de pouce pour soutenir immédiatement les salariés modestes. Elle demande aussi de relever les grilles pour reconnaître les qualifications. Le Medef refuse, lui, une hausse supplémentaire : il invoque la compétitivité, le coût des exonérations et le tassement des hiérarchies salariales.

L’arbitrage dépasse donc le classement européen. Il porte sur le partage du coût entre employeurs, finances publiques et salariés, mais aussi sur la capacité des négociations à relever les rémunérations au-dessus du minimum. Eurofound insiste précisément sur la nécessité de renforcer ces négociations collectives.

La prochaine échéance régulière est le 1er janvier 2027. D’ici là, deux décisions compteront : le montant issu de la formule légale et l’éventuel supplément décidé par le gouvernement. Les accords de branche permettront ensuite de voir si la hausse bénéficie seulement au plancher ou redonne aussi de l’espace aux progressions salariales.

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