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ÉCONOMIE Le coût du dimanche supplémentaire

Après les violences, les ouvertures dominicales aideront-elles vraiment les commerces à compenser leurs pertes avant Noël ?

Le gouvernement veut permettre trois dimanches d’ouverture supplémentaires avant Noël pour soutenir les commerces touchés par les violences. Les chambres de commerce saluent la mesure, tandis que la CGT alerte sur ses conséquences pour les salariés.

À l’heure bleue, un commerçant lève le rideau de sa boutique tandis que des passants avancent dans une rue animée.
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En bref

Le gouvernement veut autoriser trois dimanches supplémentaires avant Noël pour aider les commerces touchés par les violences et leurs pertes d’activité. Les chambres de commerce soutiennent cette possibilité, tandis que la CGT dénonce les contraintes supplémentaires pour les salariés. Les décisions des préfets préciseront les modalités locales.

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Ouvrir davantage le dimanche peut-il aider une boutique à surmonter plusieurs samedis de pertes ? Pour les salariés, la question se pose autrement : qui prendra en charge le coût familial de ces journées supplémentaires ?

Le gouvernement mise sur des ouvertures exceptionnelles avant Noël pour soutenir les commerces touchés par les violences en marge des manifestations. Mais cette réponse divise. Les représentants des commerçants réclament davantage de possibilités d’ouverture. La CGT défend, elle, le repos des salariés et leurs revenus.

Trois dimanches supplémentaires, à décider localement

Le lundi 2 novembre 2026, le ministre du Commerce, Serge Papin, a annoncé vouloir demander aux préfets d’autoriser trois dimanches supplémentaires avant Noël. Sur RTL, il a également envisagé d’aller plus loin, après des discussions avec les organisations patronales et syndicales. La mise en œuvre doit se faire département par département, comme le précise son annonce sur les ouvertures dominicales exceptionnelles.

Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’un calendrier uniforme pour tous les magasins. L’annonce ministérielle doit déboucher sur des décisions administratives locales. Un arrêté, c’est-à-dire une décision écrite de l’autorité compétente, doit fixer le périmètre des autorisations.

Cette initiative prolonge une première annonce gouvernementale du jeudi 29 octobre. L’exécutif encourageait déjà les maires et les préfets à faciliter les ouvertures exceptionnelles. Les professionnels souhaitent pouvoir accueillir leurs clients les dimanches jusqu’à Noël.

Des dégâts matériels, mais aussi des journées sans recettes

Le réseau des chambres de commerce et d’industrie, les CCI, soutient la mesure. Il affirme que 2 488 commerces ont subi les violences du 17 octobre, puis 50 supplémentaires le 24 octobre et 27 le 31 octobre. Parmi les établissements touchés, 1 161 auraient subi de fortes dégradations : pillages, saccages ou incendies.

Les dommages dépassent toutefois les seules vitrines cassées. Selon les CCI, plus de 6 000 commerces sont empêchés de travailler. Les commerçants signalent également des baisses de chiffre d’affaires de 60 % à 80 % les samedis de mobilisation. Ces estimations viennent du réseau consulaire, qui représente les intérêts des entreprises.

Son objectif est clair : offrir des occasions de vente supplémentaires aux commerçants privés d’activité. Pour le gouvernement, l’ouverture dominicale constitue ainsi un outil de soutien économique avant les fêtes. Elle ne remplace cependant ni les marchandises détruites ni la remise en état des locaux.

C’est une limite concrète du dispositif. Une boutique capable d’accueillir rapidement ses clients peut utiliser ces créneaux. Un établissement encore inutilisable ne dispose pas de la même possibilité. L’autorisation d’ouvrir et la capacité réelle de reprendre l’activité restent deux choses différentes.

Le dimanche reste encadré par plusieurs régimes

L’annonce ne signifie pas que tous les commerces étaient jusque-là fermés le dimanche. Des exceptions existent déjà selon l’activité ou la localisation. Les commerces alimentaires peuvent notamment ouvrir jusqu’à 13 heures. Certaines zones touristiques bénéficient également de règles particulières, rappelle la réglementation officielle sur l’ouverture dominicale des commerces.

Les maires peuvent, pour leur part, autoriser jusqu’à douze dimanches par année civile. Ce plafond n’est pas une réserve automatiquement disponible en novembre : chaque commune possède son calendrier. Sa modification exige normalement un délai minimal de deux mois avant le premier dimanche concerné.

La voie préfectorale repose sur un autre mécanisme. Elle permet une dérogation au repos dominical lorsque celui-ci porte préjudice au public ou compromet le fonctionnement normal de l’établissement. Il faut donc distinguer les autorisations municipales existantes des décisions attendues des préfets.

Ces différences comptent pour les salariés. Dans le cadre des « dimanches du maire », leur accord écrit est nécessaire. Ils bénéficient aussi d’une rémunération au moins doublée et d’un repos compensateur. Il ne faut pas transposer automatiquement ces garanties à toutes les formes de travail dominical : le régime juridique applicable reste déterminant.

Qui bénéficie de l’ouverture, qui en supporte les contraintes ?

Pour un commerçant, une journée supplémentaire représente une possibilité de recettes, pas une garantie de bénéfice. L’enjeu consiste à couvrir les frais d’ouverture tout en retrouvant suffisamment de clients. Le résultat dépend donc de la fréquentation, mais aussi des moyens nécessaires pour faire fonctionner le magasin.

Les règles elles-mêmes distinguent les situations. Un gérant peut généralement ouvrir seul, sans employer de salariés ce jour-là, sous réserve d’éventuelles restrictions préfectorales. Une entreprise qui mobilise une équipe doit, en revanche, organiser le travail et respecter les contreparties applicables. Petits indépendants et enseignes employant plusieurs salariés n’abordent donc pas l’ouverture avec les mêmes contraintes.

Du côté des salariés, la liberté de refuser constitue un point central. Pour les dérogations préfectorales, Service Public rappelle l’exigence d’un accord écrit et la protection du refus de travailler le dimanche. Celui-ci ne peut justifier une sanction, un licenciement ou une discrimination.

La CGT conteste la réponse, les arrêtés seront décisifs

Interrogée le 2 novembre sur France 2, Sophie Binet s’est opposée à davantage de dimanches travaillés. La secrétaire générale de la CGT souligne que les salariés du commerce sont majoritairement des femmes et connaissent déjà de nombreux horaires atypiques. Elle place ainsi la vie familiale au centre du débat.

Elle reproche également aux mesures gouvernementales de favoriser les employeurs. Selon elle, les salariés placés en chômage partiel perdent 40 % de rémunération. Ce chiffre constitue une dénonciation syndicale : il ne décrit pas automatiquement la situation individuelle de chaque salarié concerné.

Le désaccord porte donc sur la répartition de l’effort. Les CCI veulent redonner des débouchés aux commerces. La CGT refuse que leur relance repose sur des contraintes supplémentaires pour les équipes. Dans les prochains jours, les arrêtés préfectoraux permettront d’examiner les dates retenues, les établissements concernés et les conditions concrètes de ces ouvertures avant Noël.

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