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ANALYSES & OPINIONS Derrière les chiffres de l’immigration

Pourquoi les chiffres de la pauvreté des immigrés ne valident pas l’affirmation d’une personne sur deux

Les données de l’Insee montrent que 32,8 % des immigrés vivent sous le seuil de pauvreté, et non 50 %. Le chômage est aussi plus fréquent, mais le résultat varie selon la population choisie pour la comparaison.

Des passants, dont une personne avec un dossier, se dirigent vers l’entrée d’un centre de service public dans une rue française.
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En bref

En 2024, 32,8 % des immigrés vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % de l’ensemble de la population étudiée : le chiffre annoncé de 50 % n’est pas confirmé. En 2025, leur taux de chômage atteint 12,4 % des actifs, mais la comparaison change selon que l’on retient toute la population ou les personnes sans ascendance migratoire.

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Être immigré en France signifie-t-il vivre dans la pauvreté une fois sur deux ? Les statistiques montrent une fragilité sociale importante, mais elles ne justifient pas ce raccourci.

Le 3 novembre 2026, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à la présidentielle, affirme que « 50-51% » des immigrés vivent en situation de « précarité ou de pauvreté ». Il ajoute que le chômage les touche presque deux fois plus. Ces deux affirmations demandent des réponses distinctes.

Pauvreté : près d’un immigré sur trois, pas un sur deux

Pour 2024, l’Insee mesure un taux de pauvreté de 32,8 % parmi les immigrés, contre 15,4 % pour l’ensemble de la population étudiée. La proportion atteint 39,7 % pour les personnes nées en Afrique et 23 % pour celles nées en Europe. Ces écarts importants apparaissent dans les données de l’Insee sur la pauvreté selon le lien avec l’immigration.

Le seuil correspond à 60 % du niveau de vie médian, celui qui partage la population en deux. En 2024, il représente 1 337 euros mensuels pour une personne seule et 2 807 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Le calcul tient compte des prestations sociales et des impôts directs.

Attention au périmètre : cette enquête concerne la France métropolitaine et les personnes vivant en logement ordinaire. Elle exclut notamment les personnes sans abri et celles hébergées en structures collectives. Ces limites empêchent d’en faire un recensement exhaustif de toutes les difficultés sociales. Elles ne permettent toutefois pas de déduire un taux de 50 %.

« Précarité ou pauvreté » : deux notions qui ne s’additionnent pas

La formule de Bruno Retailleau associe une mesure statistique précise, la pauvreté monétaire, à une notion plus large : la précarité. Celle-ci peut désigner l’instabilité professionnelle, les difficultés de logement ou l’impossibilité de faire face à une dépense imprévue.

L’Insee utilise aussi un indicateur de privation matérielle et sociale. Il mesure l’impossibilité financière de couvrir au moins cinq besoins parmi treize, comme chauffer son logement ou acheter des vêtements neufs. Cette approche complète celle des revenus ; elle ne constitue pas une population supplémentaire à additionner aux personnes pauvres.

Une même personne peut en effet cumuler faibles revenus, emploi instable et privations. Sans définition précise ni traitement des recoupements, le chiffre de « 50-51% » ne peut donc pas se comparer directement au taux officiel de pauvreté. Le constat solide reste celui d’une surexposition des immigrés aux difficultés économiques, pas d’une moitié statistiquement établie.

Chômage : un écart réel, mais avec quelle population ?

Sur l’emploi, le diagnostic est plus proche des données. Dans son tableau du chômage selon l’origine géographique en 2025, l’Insee indique 12,4 % de chômage chez les actifs immigrés de 15 à 64 ans. Le taux atteint 13,8 % pour ceux nés en Afrique, contre 7,7 % pour l’ensemble des actifs du même champ.

Le rapport avec la moyenne générale est donc d’environ 1,6, et non deux. En revanche, les personnes sans ascendance migratoire directe affichent un taux de 6,5 %. Avec cette référence, le chômage des immigrés est presque deux fois supérieur. La formule dépend donc du groupe retenu.

Autre distinction essentielle : immigré ne signifie pas étranger. L’Insee classe comme immigrée toute personne née étrangère à l’étranger, même après une naturalisation. Opposer les immigrés aux « nationaux » mélange ainsi deux catégories qui se recoupent, comme le rappelle son dossier sur l’immigration, l’intégration et les discriminations.

Enfin, le taux de chômage porte uniquement sur les actifs : les personnes en emploi ou au chômage. Il ne signifie pas que 12,4 % de tous les immigrés sont chômeurs. Le même tableau indique que 61,9 % des immigrés de 15 à 64 ans occupent un emploi.

Des situations très différentes derrière la moyenne

Les difficultés ne frappent pas tous les parcours avec la même intensité. Une étude du ministère de l’Intérieur publiée le 2 novembre 2026 montre notamment un écart d’activité important entre femmes et hommes. Parmi les immigrés originaires de pays hors Union européenne, cet écart atteint 18 points en 2025.

Le temps passé en France compte également. L’enquête Elipa 2 suit des personnes admises au séjour en 2018 : leur taux d’emploi passe à 68 % en 2022, soit 14 points de plus qu’en 2019. Les bénéficiaires d’un titre humanitaire restent cependant davantage exposés au chômage. Les femmes, notamment les mères de jeunes enfants, rencontrent aussi davantage d’obstacles.

Ces résultats, présentés dans le dossier de l’Insee, montrent pourquoi une photographie globale ne suffit pas à juger les perspectives des nouveaux arrivants. La durée d’installation, le motif du séjour et les contraintes familiales modifient concrètement l’accès à l’emploi.

Limiter les entrées ou lever les obstacles à l’emploi ?

Bruno Retailleau tire de ces difficultés un argument pour réduire l’immigration. Il estime que la France manque de capacités d’accueil et que l’immigration pèse sur les régimes sociaux. Sa position entend protéger les finances publiques et éviter l’arrivée de personnes promises, selon lui, à des conditions difficiles. Il propose un référendum.

Mais les taux de pauvreté et de chômage ne constituent pas, à eux seuls, un bilan budgétaire. Ils ne mesurent ni l’ensemble des cotisations et impôts versés, ni toutes les dépenses publiques concernées. Passer du constat social à une conclusion sur les comptes publics exige donc une autre démonstration.

Une autre lecture met l’accent sur les obstacles rencontrés en France. Une étude de la Dares sur les discriminations à l’embauche, fondée sur des candidatures testées dans douze métiers, documente des écarts de traitement selon l’origine supposée. Cette approche oriente l’action vers les pratiques de recrutement, au bénéfice des candidats concernés, plutôt que vers les seules entrées.

Dans les prochaines semaines, le point à surveiller sera la traduction de la proposition référendaire en question précise et en mesures concrètes. Il faudra distinguer leurs effets sur les nouveaux arrivants de ceux sur les immigrés déjà installés, dont certains sont français.

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