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ÉLECTIONS Le programme avant les ambitions

Pour gouverner après 2027, les partis devront-ils s’entendre sur un programme avant de choisir leur candidat ?

Emmanuel Macron privilégierait un accord de gouvernement pour 2027 plutôt qu’une primaire. Mais entre Raphaël Glucksmann et David Lisnard, les désaccords de fond et la méfiance envers le pouvoir sortant compliquent déjà le rassemblement.

Des élus et représentants de partis discutent autour d’une table couverte de documents dans une salle de travail politique.
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En bref

Emmanuel Macron souhaite que des personnalités de sensibilités différentes élaborent un projet commun avant de désigner un candidat pour 2027. L’idée se heurte à des divergences programmatiques et à la volonté de plusieurs acteurs de se démarquer du pouvoir sortant. Pour les électeurs, l’enjeu est de savoir si cet accord peut produire une majorité capable de gouverner.

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Choisir un président suffit-il à donner au pays un gouvernement capable d’agir ? Derrière les discussions sur une candidature commune pour 2027, une autre question concerne directement les électeurs : quel programme pourrait réellement tenir ensemble la gauche sociale-démocrate, le centre et la droite ?

Une coalition avant la bataille des candidats

Emmanuel Macron souhaiterait que les prétendants à sa succession travaillent d’abord sur un projet commun. Son horizon : un rassemblement allant de Raphaël Glucksmann à David Lisnard, capable de gouverner et d’éviter un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Cette perspective reste une orientation politique, pas un accord conclu.

La différence avec une primaire est importante. Une primaire organise une compétition pour désigner un candidat. Une coalition suppose que plusieurs formations négocient des engagements communs, puis acceptent de les défendre ensemble. Les deux démarches peuvent se compléter. Mais elles ne règlent pas les difficultés dans le même ordre.

Le président privilégierait donc le contenu avant le casting. Il estime les candidats insuffisamment audibles sur le fond. Toutefois, il ne peut plus occuper la place centrale qui était la sienne en 2017 et en 2022. L’article 6 de la Constitution interdit plus de deux mandats présidentiels consécutifs. Emmanuel Macron ne peut donc pas briguer immédiatement un troisième mandat.

Pour son camp, l’intérêt serait de préserver une capacité d’influence après son départ. Pour ses partenaires potentiels, l’enjeu diffère : peser sur le programme sans devenir les simples héritiers du pouvoir sortant.

Le précédent de 2024 : faire barrage ne suffit pas à gouverner

Le problème dépasse les rivalités personnelles. Après les législatives de 2024, aucune coalition n’avait obtenu la majorité absolue. Les résultats officiels des élections législatives de 2024 illustrent cette fragmentation. Empêcher une victoire adverse n’avait pas fait naître un programme de gouvernement partagé.

La barre reste claire : 289 sièges sur 577 permettent de disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. C’est le seuil rappelé par l’explication du fonctionnement des majorités parlementaires. En dessous, un gouvernement doit chercher des soutiens supplémentaires ou éviter que les oppositions s’unissent pour le renverser.

Une victoire présidentielle ne résout donc pas automatiquement la question parlementaire. La Constitution distingue les deux élections. Elle donne également à l’Assemblée le pouvoir de renverser le gouvernement par une motion de censure, un vote qui impose sa démission.

Une coalition crédible devrait ainsi préciser davantage qu’un nom et quelques valeurs communes. Elle devrait définir les textes prioritaires, les désaccords acceptables et les règles de fonctionnement entre partenaires. Sinon, les conflits écartés pendant la campagne pourraient réapparaître dès le premier budget.

Un accord qui n’aurait pas le même prix pour chacun

Le périmètre envisagé impose un compromis particulièrement large. Raphaël Glucksmann et David Lisnard ne représentent pas les mêmes sensibilités. Les réunir obligerait leurs formations à expliciter leurs choix sur les dépenses publiques, les impôts, la protection sociale ou les services publics.

Pour les citoyens, ce ne sont pas des nuances secondaires. Un accord budgétaire devrait dire qui contribue davantage, quelles dépenses il protège et lesquelles il réduit. Salariés modestes, retraités, indépendants et entreprises n’en subiraient pas les mêmes effets. Sans arbitrages écrits, le rassemblement laisserait précisément ces questions ouvertes.

Le rapport de force entre partis compterait aussi. Une grande formation apporte des élus, des militants et une organisation de campagne. Un partenaire plus petit peut défendre une orientation précise, mais risquer de la voir diluée. À l’inverse, sa participation peut devenir décisive si aucune majorité ne se construit sans lui.

La désignation du candidat constitue donc également une négociation de pouvoir. Une primaire peut offrir une tribune aux personnalités moins installées. Un accord négocié entre dirigeants peut, lui, avantager les organisations disposant déjà d’un réseau. Aucun mécanisme ne garantit, à lui seul, un programme cohérent ou l’adhésion des électeurs.

Glucksmann et Lisnard ne répondent pas à la même logique

Les réactions montrent que le rassemblement reste loin d’aller de soi. Raphaël Glucksmann rejette la grande primaire proposée autour du centre et de la droite. Il lui reproche d’accentuer les différences tout en brouillant les orientations politiques. Il critique notamment la coexistence entre des continuateurs du macronisme et des partisans d’une union des droites, comme le rapporte le relevé des positions sur la primaire présidentielle.

Cette objection porte sur l’identité du rassemblement. Pour Glucksmann, préserver une offre sociale-démocrate distincte permet de défendre une alternative sans se fondre dans le bilan présidentiel. Son refus constitue donc un obstacle politique, pas seulement une querelle de procédure.

David Lisnard défend, au contraire, le principe d’une primaire ouverte. Mais il entend lui aussi marquer sa distance avec le pouvoir sortant. Son soutien à une procédure commune ne vaut donc pas adhésion à une coalition placée sous l’autorité d’Emmanuel Macron.

Les frontières divergent jusque chez les soutiens de la primaire. Aurore Bergé souhaite la réserver à la droite et au centre, selon les positions recensées sur une candidature commune pour 2027. Ce périmètre serait plus étroit que celui envisagé par le président.

Le prochain test : des engagements plutôt qu’une affiche

Dans les prochaines semaines, le premier indicateur sera donc l’ouverture éventuelle de discussions programmatiques. Qui accepte de négocier ? Sur quels sujets ? Avec quelles limites ? Un calendrier de travail et des engagements publics permettraient de distinguer une coalition en construction d’une simple hypothèse électorale.

L’échéance est fixée : les deux tours de la présidentielle auront lieu les 18 avril et 2 mai 2027. Avant cette confrontation, les partenaires potentiels devront trancher une question concrète : veulent-ils seulement sélectionner un candidat, ou s’engager à gouverner ensemble ?

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