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ACTUALITé NATIONALE

Acétamipride dans la loi agricole : pourquoi la dérogation inquiète sur la santé et divise le gouvernement

L’Assemblée a adopté la loi d’urgence agricole, qui ouvre la voie à des dérogations sur deux pesticides controversés. Marine Tondelier accuse Annie Genevard de mettre en danger la santé publique et pointe les divisions du camp gouvernemental.

Salle de commission vide à l’Assemblée nationale avec micros et dossier agricole fermé sous la lumière du jour.

Un vote qui crispe jusque dans le camp présidentiel

Les pesticides ne sont pas qu’un sujet de spécialistes. Ils touchent directement ce qu’on mange, ce que les agriculteurs peuvent produire et le niveau de protection que l’État accepte d’imposer. C’est tout l’enjeu de la loi d’urgence agricole, adoptée à l’Assemblée nationale, au cœur d’une nouvelle crise politique autour de l’acétamipride et du flupyradifurone.

Dans la nuit, le texte a été entériné après une séance agitée. Il ouvre la porte à des dérogations pour deux substances controversées, dont l’acétamipride, un néonicotinoïde, et le flupyradifurone. Ces produits sont au centre d’un bras de fer ancien entre défenseurs de la production agricole et défenseurs de la santé publique et de la biodiversité.

Marine Tondelier, cheffe de file des Écologistes, a immédiatement haussé le ton. Elle demande la démission de la ministre de l’Agriculture et dénonce une décision qu’elle juge contraire à la sécurité sanitaire. Son attaque cible aussi les contradictions du bloc gouvernemental, alors que le Premier ministre avait lui-même demandé de ne pas réintroduire l’acétamipride.

Ce que change la loi, concrètement

Le cœur du texte n’est pas symbolique. Il peut permettre, à titre dérogatoire, le retour de substances que la France a déjà écartées ou strictement encadrées. En pratique, cela répond à une demande de certaines filières qui disent manquer d’alternatives face aux ravageurs, aux aléas climatiques et à la concurrence européenne.

Mais ce choix a un coût politique et sanitaire. L’Anses rappelle que les produits phytopharmaceutiques sont autorisés après évaluation des risques pour la santé humaine, la santé animale et l’environnement. L’agence a aussi documenté les néonicotinoïdes et rappelé que la France avait déjà instauré des restrictions sur plusieurs substances au même mode d’action.

Autrement dit, la ligne de fracture est simple. D’un côté, les exploitations les plus exposées aux impasses techniques veulent des outils rapides pour éviter des pertes de récolte. De l’autre, les organisations écologistes et une partie du monde scientifique redoutent un recul durable des protections, avec des effets qui ne se limitent pas aux champs mais concernent aussi l’eau, les pollinisateurs et l’exposition des riverains.

La position des bénéficiaires n’est pas la même selon la taille des exploitations. Les grandes filières, plus structurées, disposent souvent de relais techniques et de marges d’adaptation. Les petites fermes, elles, subissent plus fortement les coûts de transition, les normes, et l’absence d’alternatives immédiatement rentables. C’est l’un des ressorts du soutien syndical à la loi, mais aussi de la colère de ceux qui y voient une fuite en avant chimique.

Les cancers, l’argument qui change le débat

Marine Tondelier a aussi brandi un autre registre : celui de la santé publique. Elle cite une étude de l’Institut national du cancer publiée le 17 juillet et évoque une forte hausse des cancers chez les moins de 50 ans. Sans reprendre ce chiffre comme un verdict sur les pesticides, le constat général est bien là : le cancer reste une cause majeure de mortalité prématurée en France, et l’INCa documente depuis des années des évolutions préoccupantes sur certaines tranches d’âge.

Le raisonnement écologiste est politique autant que sanitaire. Il consiste à dire qu’un État ne devrait pas rouvrir la porte à une substance quand le doute demeure sur ses effets à long terme. À l’inverse, les partisans du texte rétorquent que l’interdiction brutale laisse certaines filières sans solution immédiate et fragilise leur compétitivité face aux voisins européens.

Le débat sur l’acétamipride concentre aussi une tension très française : protéger davantage que le droit européen, ou accepter des écarts pour aider des productions jugées stratégiques. L’Anses rappelle que l’acétamipride fait partie des néonicotinoïdes étudiés en profondeur. De son côté, la base européenne Ephy confirme qu’il s’agit d’une substance bien identifiée dans la réglementation phytosanitaire.

Qui soutient quoi, et pourquoi

Les soutiens du texte parlent d’urgence économique. Ils mettent en avant la simplification administrative, la défense de certaines cultures et la nécessité de ne pas laisser des producteurs seuls face à des impasses techniques. La FDSEA, par exemple, présente la loi comme une réponse aux difficultés quotidiennes du monde agricole et insiste sur la compétitivité des exploitations françaises.

En face, la Confédération paysanne dénonce un texte qui accélère un modèle productiviste et fait passer au second plan la protection de l’eau, des sols et de la biodiversité. Ce syndicat voit dans la réintroduction de certains pesticides un signal politique très clair : celui d’un recul des avancées environnementales au profit de quelques filières en tension.

Cette opposition est aussi un rapport de force. Les filières spécialisées, comme la noisette, la cerise ou certaines grandes cultures, pèsent fortement dans le débat dès qu’elles évoquent des pertes de rendement. Mais les associations environnementales et une partie du corps médical rappellent que les coûts sanitaires et écologiques ne sont pas supportés seulement par les producteurs ; ils sont diffus, collectifs et souvent différés.

Le gouvernement, lui, apparaît divisé. Le signal politique venu de Matignon n’a pas été suivi de façon nette par le ministère de l’Agriculture, ce qui nourrit l’idée d’un exécutif qui peine à tenir une ligne unique sur l’équilibre entre production et précaution. C’est précisément cette fracture que Marine Tondelier exploite en réclamant une démission.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain point de bascule sera la suite de la procédure parlementaire et, surtout, la version finale du texte. C’est là que se jouera la portée réelle des dérogations, leur encadrement et la marge laissée au gouvernement pour les appliquer ou les limiter par décret.

Il faudra aussi regarder si la polémique sur l’acétamipride reste cantonnée au Parlement ou si elle déborde davantage dans le débat public. Le sujet mêle santé, agriculture, environnement et souveraineté alimentaire. C’est rarement un dossier technique. C’est presque toujours un choix de société.

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