Citoyens, que révélera le déjeuner du 20 avril entre le RN et le Medef : stabilité économique, pression sur les salaires et choix budgétaires à venir
Le déjeuner officiel du 20 avril entre le RN et le bureau exécutif du Medef soulève une question concrète pour les citoyens : quelles tensions et quels arbitrages sur les salaires, la fiscalité et les protections sociales peut-on attendre ? Analyse des scénarios possibles.

Un déjeuner qui vaut test politique
Pour un patron, rencontrer Jordan Bardella n’a plus rien d’exceptionnel. Pour un salarié, pour un petit entrepreneur ou pour un investisseur, c’est pourtant une question très concrète : si le RN se rapproche du patronat, quelles règles changeront demain sur les charges, les impôts et le droit du travail ?
Le calendrier politique pousse les deux camps à se regarder sans détour. Le président du RN doit déjeuner le 20 avril avec le bureau exécutif du Medef, dans un format officiel et collectif. En mars, Marine Le Pen a déjà déjeuné avec Patrick Martin. Le 7 avril, elle a aussi dîné avec une quinzaine de grands dirigeants, dont plusieurs poids lourds du CAC 40.
Un contexte économique qui rend les patrons prudents
Ce rapprochement tombe dans une économie française qui avance lentement. L’Insee a mesuré une croissance de 0,2 % au quatrième trimestre 2025. Le chômage a remonté à 7,9 %, l’inflation a atteint 1,7 % en mars 2026 et le taux d’utilisation des capacités de production reste à 80,7 % au premier trimestre.
Du côté des entreprises, le ton reste mesuré. Au premier trimestre 2026, la Banque de France relève une inflation perçue de 1,5 % par les chefs d’entreprise, une anticipation à un an de 2 % et une hausse salariale attendue de 1,5 %. Autrement dit : pas de fièvre, mais pas non plus de grand élan.
Et les finances publiques restent sous pression. La Cour des comptes estime le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025 et rappelle que la France a repoussé trop longtemps les efforts nécessaires pour repasser durablement sous 3 % de déficit. Elle souligne aussi qu’un effort important doit encore être fourni à partir de 2026.
Ce que cherche chacun derrière la porte du Medef
Côté RN, l’objectif est clair : se montrer fréquentable. À la Rencontre des Entrepreneurs de France 2025, le Medef avait déjà offert une scène commune à plusieurs chefs de partis, dont Jordan Bardella, qui y défendait l’idée d’un État recentré sur ses missions régaliennes et d’un pays qui “aime” davantage ceux qui créent et investissent. Le message est simple : le RN veut entrer dans la catégorie des partis avec lesquels on parle de budget, d’industrie et de compétitivité, pas seulement d’immigration ou de sécurité.
Côté patronal, la logique est plus défensive. Les grands groupes veulent savoir à quoi s’en tenir avant qu’un scrutin ou une crise politique ne rebattent les cartes. Ils cherchent à mesurer le risque sur la fiscalité, la main-d’œuvre, l’énergie, la commande publique et la relation avec Bruxelles. Les petites entreprises, elles, ont moins de marges pour absorber un changement brutal de cap. C’est une inférence raisonnable : plus le carnet de commandes, la dette et les coûts montent, plus la stabilité réglementaire compte.
Pour les salariés, l’équation est différente. Un programme plus pro-business peut promettre moins de charges pour les employeurs et donc, en théorie, plus d’investissement. Mais il peut aussi se traduire par une pression accrue sur les salaires, les protections collectives ou les dépenses publiques. Dans un pays où la croissance reste molle et où les finances de l’État sont déjà tendues, chaque baisse de prélèvements doit être financée quelque part.
Entre banalisation et méfiance
Patrick Martin, lui, reste loin de l’enthousiasme. En janvier, il expliquait à Reuters qu’il ne comprenait pas la doctrine économique du RN et que les entreprises se préparaient à un éventuel accès au pouvoir du parti par principe de réalité, sans pour autant en faciliter la venue. Cette réserve dit beaucoup : le patronat ouvre la porte, mais il ne signe pas un chèque en blanc.
La contre-lecture vient des syndicats. La CGT estime que le discours économique du RN s’est profondément transformé depuis l’abandon de la sortie de l’euro et qu’il s’aligne désormais largement sur la politique de l’offre défendue par le patronat. Pour elle, la normalisation du RN masque un alignement sur les demandes des grandes entreprises, sans prise en compte des travailleurs.
Entre ces deux lectures, le même constat domine : le RN n’est plus seulement jugé sur son histoire. Il est désormais évalué comme une hypothèse de pouvoir. Et c’est précisément cela qui change la donne dans les salons feutrés des organisations patronales.
Ce qu’il faut surveiller d’ici là
Le prochain jalon, c’est le 20 avril. Il dira si le Medef traite le RN comme un interlocuteur parmi d’autres ou comme un partenaire politique en phase de préparation. Après ce déjeuner, il faudra regarder les mots employés sur les impôts de production, les cotisations patronales, la simplification et la place des retraites dans le débat économique.
La suite se jouera aussi dans les chiffres. Si la croissance reste faible, si l’incertitude politique dure et si l’effort budgétaire se durcit encore en 2026, le dialogue entre le RN et les grands patrons cessera d’être un sujet de curiosité. Il deviendra un morceau du rapport de force politique français.



