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ACTUALITé NATIONALE

ISS : Sophie Adenot et ses coéquipiers évacués dans leur capsule pendant que Roscosmos répare une fuite d’air qui s’aggrave

La Nasa a ordonné vendredi aux cinq astronautes présents à bord de la Station spatiale internationale de rejoindre leur vaisseau Crew Dragon. Une fuite dans le module russe Zvezda s'est brutalement aggravée, ravivant les inquiétudes sur le vieillissement de la station.

Une alarme silencieuse depuis des années. Ce vendredi 5 juin, les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) n’ont pas eu le choix : la NASA leur a ordonné de quitter temporairement la station et de se réfugier dans leur capsule amarrée, combinaison spatiale sur le dos, au cas où la situation dégénère. À bord, parmi eux, la Française Sophie Adenot, colonel de l’armée de l’Air et de l’Espace et astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Le problème vient du module russe Zvezda, lancé en l’an 2000 et l’un des plus anciens éléments encore en service sur la station. Depuis septembre 2019, une fuite d’air persistante dans sa chambre intermédiaire est connue des deux agences. Elle avait été partiellement colmatée en juin 2025 après plusieurs tentatives. Mais ce lundi, la situation s’est brusquement aggravée : le taux de perte d’air a doublé, passant d’environ une livre par jour à deux livres, selon un haut responsable de la NASA qui a requis l’anonymat.

Cinq astronautes confinés dans le Crew Dragon

Ce sont en tout cinq astronautes qui ont été mis à l’abri. Les quatre membres de la mission Crew-12 Jessica Meir et Jack Hathaway (NASA), Sophie Adenot (ESA) et le cosmonaute russe Andreï Fediaïev ainsi que l’astronaute NASA Chris Williams, arrivé à bord d’un Soyouz en novembre 2025 dans le cadre du programme d’échange de sièges entre les deux agences. Tous ont rejoint la capsule Crew Dragon de SpaceX, amarrée à la station, en « posture de sécurité renforcée », selon les termes de la porte-parole de la NASA Bethanie Stevens.

Pendant ce temps, deux cosmonautes russes, Sergey Kud-Sverchkov et Sergey Mikayev, sont restés dans la station pour mener une « opération de réparation plus étendue », a précisé Roscosmos. La pression à bord de l’ISS est, pour l’heure, décrite comme stable par la NASA, qui a tenu à parler d' »excès de prudence » plutôt que d’urgence.

Reste que le mot « évacuation » était bien sur la table.

Un vieillissement qui inquiète depuis des années

Ce n’est pas la première fois que Zvezda sème le trouble. Le module, dont le nom signifie « étoile » en russe, est un élément vital de la station : il assure notamment la propulsion et le contrôle d’attitude de l’ISS. Placé en orbite en juillet 2000, il a été conçu pour une durée de vie bien inférieure aux 25 ans qu’il accumule aujourd’hui.

Depuis 2019, la fuite identifiée dans sa chambre intermédiaire a résisté à de multiples tentatives de colmatage. Les fissures, souvent invisibles à l’oeil nu, peuvent être causées par des micro-météorites, des cycles thermiques extrêmes ou simplement par la fatigue des matériaux. Au fil des ans, le taux de perte d’air a régulièrement progressé, atteignant selon les données disponibles mi-2025 un niveau trois à quatre fois supérieur à la normale acceptable pour la station.

Selon l’Inspecteur général de la NASA, les soudures internes ou externes du module sont parmi les causes les plus probables. Des solutions temporaires ont été appliquées, du ruban adhésif spécialisé à des produits d’étanchéité, sans jamais éliminer totalement le problème.

Une station sous pression politique et budgétaire

Cet incident survient dans un contexte déjà tendu sur l’avenir de l’ISS. La station, officiellement prévue pour être désorbitée en 2030, fait face à des pressions multiples. Elon Musk, dont l’entreprise SpaceX est pourtant chargée d’assurer la désorbitation via un contrat proche du milliard de dollars, a publiquement évoqué dès 2026 une date de retrait anticipée à 2027, souhaitant concentrer les ressources américaines sur la conquête de Mars. L’administration américaine, de son côté, a acté en 2026 une réduction budgétaire de 500 millions de dollars pour le programme ISS.

Roscosmos, engagée jusqu’en 2028, maintient officiellement ses obligations. Mais les incidents récurrents sur le segment russe alimentent les interrogations des partenaires européen, japonais et canadien sur la soutenabilité technique des années qui restent. L’ESA, dont dépend Sophie Adenot, n’a pas réagi publiquement à ce nouvel incident dans l’immédiat.

Pour la France, l’épisode est aussi symbolique. Adenot, première femme pilote d’essai d’hélicoptères en France, effectue sa première mission spatiale. Elle est à bord depuis le 14 février 2026, soit près de quatre mois déjà. Son retour est prévu à l’issue de la mission Crew-12, dont l’échéance n’a pas encore été précisée.

Quelles suites ?

Les réparations du 5 juin devaient se conclure dans la journée. La NASA devait ensuite évaluer leur efficacité avant de décider du retour des astronautes dans la station. Si les fuites persistent ou s’aggravent, le scénario d’une évacuation complète de l’ISS resterait sur la table, ce qui constituerait un événement sans précédent dans les vingt-cinq ans d’existence de la station.

Au-delà de la réparation immédiate, c’est la question de la prolongation de la station jusqu’en 2030 qui se pose avec une acuité renouvelée. Plusieurs voix scientifiques et institutionnelles, en Europe comme aux États-Unis, plaident pour que les décisions sur l’avenir de l’ISS ne soient pas dictées par le calendrier industriel d’un seul acteur, mais par une évaluation partagée des risques pour les équipages.

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