La faible remontée de la popularité de Macron et Lecornu ne dissipe pas la pression sur l’exécutif
Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu gagnent quelques points dans un sondage Ipsos BVA-Cesi, mais restent très impopulaires. Le signal est faible alors que le gouvernement demeure sous la menace d’une crise parlementaire.

Deux têtes de l’exécutif restent très impopulaires. Mais le signal compte quand même, parce qu’en politique, une petite remontée change parfois l’humeur d’un début d’été déjà chargé de tensions. Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu gagnent quelques points, alors que le Parlement continue de tester la solidité du gouvernement.
Un exécutif encore sous pression
Le décor est simple. Le président de la République est toujours au centre du jeu, et le Premier ministre doit composer avec une majorité fragile et une Assemblée capable de renverser le gouvernement par une motion de censure, c’est-à-dire un vote qui peut le forcer à partir. Début juillet, une telle motion a encore été déposée à l’Assemblée nationale.
Dans ce contexte, un sondage de popularité ne dit pas tout. Mais il dit quelque chose. Il mesure la température politique du moment. Et cette température reste très froide pour l’exécutif, même si elle remonte légèrement. Le président conserve une image très dégradée, tandis que le chef du gouvernement peine encore à s’installer dans le paysage.
Les chiffres du sondage
Emmanuel Macron recueille 21 % d’avis favorables, soit deux points de plus qu’en juin. À l’inverse, 74 % des personnes interrogées disent avoir un avis défavorable sur son action, en recul de trois points. Cinq pour cent ne se prononcent pas. Sébastien Lecornu, lui, obtient 27 % d’avis favorables, en hausse de trois points, contre 61 % d’avis défavorables, en baisse de cinq points. Douze pour cent ne se prononcent pas. Le mouvement est réel, mais il reste modeste.
Le sondage repose sur un échantillon de 1 001 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus. Il a été mené du 15 au 17 juillet 2026. Autrement dit, il capture un instant précis, pas une tendance gravée dans le marbre.
Ce que ces chiffres changent vraiment
Pour l’exécutif, la hausse est utile surtout politiquement. Elle peut desserrer un peu l’étau, sans le faire disparaître. Un chef de l’État à 21 % de favorables reste très loin d’un niveau de confort. Un Premier ministre à 27 % n’a pas encore l’assise nécessaire pour faire oublier les rapports de force à l’Assemblée. En clair, la remontée améliore l’air ambiant, pas la structure du bâtiment.
Pour les Français, ces chiffres comptent surtout s’ils se traduisent en capacité à faire voter un budget, à éviter une crise institutionnelle et à tenir une ligne claire sur les réformes. Quand le gouvernement est faible, chaque arbitrage devient plus coûteux. Les concessions se multiplient. Les délais aussi. Et les mesures les plus impopulaires deviennent plus difficiles à défendre. La fragilité politique finit donc par peser sur la vie quotidienne, même loin de Paris.
Les bénéficiaires d’une légère remontée sont connus : d’abord le gouvernement, qui peut y voir un petit signe de respiration ; ensuite, les ministres les mieux identifiés, qui profitent parfois d’un effet de notoriété. Mais les perdants restent nombreux : les oppositions, qui peinent à transformer l’impopularité de l’exécutif en dynamique majoritaire ; et les citoyens, qui ne gagnent pas automatiquement en stabilité politique.
Qui sort du lot au gouvernement
Dans le classement des ministres jugés parmi les « meilleurs », Gérald Darmanin arrive largement en tête avec 40 % des suffrages. Laurent Nuñez suit avec 25 %. Jean-Noël Barrot et Roland Lescure sont à égalité à 12 %. Puis viennent Aurore Bergé et Serge Papin à 10 %, Catherine Vautrin, Édouard Geffray et Jean-Pierre Farandou à 7 %, Annie Genevard, David Amiel et Catherine Pégard à 6 %, Monique Barbut et Vincent Jeanbrun à 5 %, et Jean-Didier Berger à 4 %. Ce classement récompense surtout la visibilité, le portefeuille et la capacité à apparaître utiles ou rassurants.
Ce type de palmarès favorise souvent les ministres perçus comme régalien, économique ou très exposés. L’Intérieur, la Justice, l’Économie ou les Affaires étrangères attirent plus facilement l’attention que des postes plus techniques. À l’inverse, les ministères moins identifiés paient souvent le prix d’une moindre lisibilité publique.
Une opposition qui garde la main sur le conflit politique
Si l’exécutif grappille quelques points, l’opposition conserve un levier puissant : le Parlement. Début juillet, une motion de censure a été déposée contre le gouvernement, puis examinée à l’Assemblée nationale. C’est le signe qu’une partie des députés continue de juger la situation politique instable et insuffisamment tranchée.
De son côté, la gauche radicale et communiste accuse le gouvernement d’aggraver la crise démocratique, notamment à cause de l’usage répété du 49.3, cet outil constitutionnel qui permet d’engager la responsabilité du gouvernement sur un texte sans vote final, sauf censure. Cette critique sert clairement les oppositions qui veulent montrer qu’elles peuvent incarner le contre-pouvoir. Elle rappelle aussi que, derrière la popularité, la vraie question reste la capacité à gouverner sans forcer le passage à chaque étape.
Le gouvernement, lui, a intérêt à transformer la légère embellie d’opinion en argument de crédibilité. Le président a déjà occupé le terrain international et économique ces dernières semaines, avec notamment le sommet du G7 à Évian et le sommet Choose France à Versailles. Mais cette présence ne suffit pas à effacer une réalité plus lourde : sur le terrain intérieur, l’exécutif doit encore prouver qu’il peut durer et décider.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera moins dans les enquêtes d’opinion que dans l’Assemblée nationale et dans la préparation du prochain budget. Tant que le gouvernement n’aura pas sécurisé sa base parlementaire, la moindre séquence de vote pourra rallumer la crise. La petite hausse enregistrée en juillet améliore l’image. Elle ne règle rien sur le fond. Et, en politique, c’est souvent le fond qui finit par reprendre le dessus.



