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ACTUALITé NATIONALE

La loi d’urgence agricole divise la majorité, entre soutien aux agriculteurs et crainte d’un passage en force sur les pesticides

Adoptée à l’Assemblée, la loi d’urgence agricole provoque une fracture jusque dans la majorité. Agnès Pannier-Runacher dénonce un passage en force sur l’acétamipride et un débat confisqué.

Dossier d’audition tenu par des mains anonymes dans une salle de commission parlementaire, avec micro et documents flous.

Quand un texte agricole devient un test démocratique

Pourquoi un projet de loi censé aider les agriculteurs déclenche-t-il, au même moment, un malaise jusqu’au sein du camp présidentiel ? Parce que derrière les aides, les simplifications et les promesses de stabilité, il y a aussi une question très concrète : jusqu’où l’État peut-il rouvrir la porte à des pesticides interdits en France sans rouvrir, en même temps, la crise de confiance avec le public ?

C’est ce débat qui a éclaté dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet 2026, au moment où l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Le texte a été présenté en Conseil des ministres le 8 avril 2026, examiné dans les deux chambres, puis validé en commission mixte paritaire le 16 juillet avant le vote final à l’Assemblée.

Ce que contient le texte adopté

Le cœur de la controverse tient à un article sur l’acétamipride et le flupyradifurone. Ces deux substances sont autorisées dans l’Union européenne, mais interdites en France pour un usage phytopharmaceutique. Le projet de loi prévoit de permettre à l’Anses, l’agence sanitaire chargée d’évaluer les risques et d’autoriser les produits, d’accorder des dérogations sous conditions.

Ce point n’est pas sorti de nulle part. Il prolonge une bataille engagée un an plus tôt autour de la loi dite Duplomb, qui avait déjà tenté de rouvrir la voie à l’acétamipride. Cette disposition avait ensuite été censurée par le Conseil constitutionnel le 7 août 2025. Le Conseil avait jugé que le cadre prévu ne respectait pas les exigences constitutionnelles, ce qui n’a pas éteint le sujet politique.

Pourquoi Agnès Pannier-Runacher parle de « passage en force »

Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique et députée EPR du Pas-de-Calais, s’est abstenue lors du vote. Mardi 21 juillet, elle a dénoncé un « passage en force » du gouvernement sur la réintroduction des néonicotinoïdes et un « déni de démocratie ». Son reproche vise surtout la méthode : le gouvernement a refusé de soumettre au vote des amendements déposés par sa propre majorité qui demandaient le retrait de l’article sur l’acétamipride.

Dans son raisonnement, le problème n’est pas seulement le fond. C’est aussi la façon de trancher. Elle estime qu’un sujet pareil « doit faire l’objet d’un débat » et que la loi ne peut pas être écrite à huis clos par une poignée de parlementaires en commission mixte paritaire, c’est-à-dire un groupe restreint de députés et de sénateurs chargé de trouver un compromis final. Cette critique renvoie à une tension classique : entre efficacité législative et délibération publique, qui profite ici clairement aux filières agricoles qui cherchent une décision rapide, mais inquiète ceux qui redoutent un recul sanitaire et environnemental.

La ministre n’a pas voté contre le texte. Elle a dit considérer que 77 articles sur 78 sont utiles pour les agriculteurs. Ce choix dit quelque chose de l’équilibre politique recherché par l’exécutif : sauver un paquet de mesures jugées utiles pour les exploitations, tout en assumant un article beaucoup plus explosif sur les pesticides.

Qui gagne quoi dans cette séquence ?

Les défenseurs du texte mettent en avant une réalité de terrain : certaines productions souffrent d’impasses techniques, de ravageurs et de pertes de rendement. Les organisations agricoles favorables à la loi, à commencer par la FNSEA et ses réseaux, y voient un outil de compétitivité et de lutte contre les distorsions de concurrence. Elles défendent l’idée qu’un agriculteur français ne peut pas rester seul avec des interdictions nationales si ses voisins européens disposent d’outils en plus.

À l’inverse, les opposants estiment que la logique du texte fait peser le risque sanitaire et écologique sur l’ensemble de la population, sans garantie suffisante de sortie par le haut. La CFDT-Agriculture parle d’« obstination toxique », tandis que la CGT dénonce une loi dangereuse pour la santé publique et les travailleurs. Leur angle est clair : les bénéfices sont immédiats pour certaines filières, mais les coûts potentiels sont diffus, plus durables, et supportés par les riverains, les salariés agricoles et les consommateurs.

Entre les deux, l’Anses joue un rôle central. C’est elle qui devrait, en théorie, arbitrer selon la science et les conditions d’usage. Mais ce point est précisément contesté : les uns disent qu’il faut faire confiance à l’expertise sanitaire pour encadrer les dérogations ; les autres répondent qu’une autorisation dérogatoire finit toujours par banaliser l’exception. C’est là que le conflit devient politique autant que technique.

La colère publique, l’autre donnée du dossier

Le dossier ne se résume pas au Parlement. Une pétition contre la loi Duplomb a réuni plus de 2 millions de signatures à l’été 2025. À l’Assemblée nationale, il est d’ailleurs rappelé que cette mobilisation a marqué un précédent dans l’histoire des pétitions parlementaires. Ce niveau d’adhésion a installé un fait politique simple : une partie du pays ne discute plus seulement d’agriculture, mais de santé, de biodiversité et de confiance dans la décision publique.

C’est aussi pour cela que la formule de Pannier-Runacher sur la peur et la colère résonne. Quand des citoyens ont l’impression qu’un sujet aussi sensible se règle sans véritable vote sur les points les plus controversés, la contestation ne s’éteint pas avec l’adoption du texte. Elle se déplace. Elle s’installe dans la durée. Et elle peut peser sur d’autres décisions à venir, y compris celles qui ne concernent pas directement l’agriculture.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite dépend d’abord de la navette législative et de la manière dont les décrets d’application encadreront, ou non, les dérogations. Ensuite, il faudra regarder si le gouvernement tient sa ligne d’équilibre, ou s’il est contraint de revoir l’article sur les pesticides sous la pression des députés de sa propre majorité, des syndicats agricoles et des associations environnementales. Dans ce dossier, la bataille ne fait pas que commencer : elle change simplement de terrain.

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