Aller au contenu
ACTUALITé NATIONALE

Le RN promet 62 ans pour certains, mais sa réforme des retraites laisserait d’autres actifs partir plus tard

Le Rassemblement national maintient l’idée d’un départ à 62 ans pour les carrières commencées tôt. Mais son projet repose aussi sur le financement et pourrait avantager surtout ceux qui ont travaillé jeunes.

Réunion publique en mairie avec des habitants autour d’une table, sur fond de documents flous sur les retraites

Partir à 62 ans, oui. Mais pour qui, exactement ?

La question paraît simple. En réalité, elle change tout : si l’on a commencé à travailler tôt, on ne parle pas de la même retraite que pour une carrière plus tardive. C’est précisément là que se joue la ligne défendue par le Rassemblement national sur le sujet.

En France, depuis la réforme de 2023, l’âge légal de départ monte progressivement à 64 ans, avec 43 annuités pour le taux plein à compter de la génération 1965. La loi a été adoptée en avril 2023 et elle continue de produire ses effets dans le calendrier de montée en charge.

La ligne du RN : 62 ans, mais pas pour tout le monde

Jeudi 28 mai, Jean-Philippe Tanguy a réaffirmé que la cible du RN restait un départ à 62 ans pour les personnes ayant commencé à travailler à 20 ans. Il a aussi insisté sur un point central : cette promesse ne vaut pas pour toutes les trajectoires professionnelles, mais pour celles où l’entrée dans la vie active a été précoce.

C’est un détail décisif. Avec un système fondé sur l’âge légal et les annuités, un salarié qui a commencé à 24 ans n’entre pas dans le même calcul qu’un salarié entré sur le marché du travail à 20 ans. Le député RN a d’ailleurs reconnu que, dans cette architecture, l’avantage irait d’abord à ceux qui ont eu des carrières longues et précoces.

Le RN explique aussi travailler sur le financement. Jean-Philippe Tanguy dit que promettre 62 ans suppose de trouver des recettes ou des économies, afin d’éviter une promesse “en l’air”. Le parti évoque même l’idée de remplacer l’âge légal par une durée de cotisation, autrement dit un système où l’on partirait après un nombre d’années travaillées plutôt qu’à un âge donné.

Ce que cela changerait concrètement

Dans les faits, une réforme centrée sur la durée de cotisation profiterait surtout à ceux qui ont commencé tôt. C’est l’inverse d’un discours uniforme du type “62 ans pour tout le monde”. Pour un ouvrier entré à 20 ans, la promesse est plus lisible. Pour une personne qui a fait de longues études, elle l’est beaucoup moins, car il faudrait travailler plus longtemps pour accumuler les trimestres nécessaires.

Le sujet dépasse donc la simple technique. Il touche aux écarts de parcours entre métiers physiques et emplois plus qualifiés, entre carrières hachées et trajectoires stables, entre salariés du privé et agents publics. Les métiers pénibles, eux, restent au cœur du débat, car une même borne d’âge ne produit pas les mêmes effets sur un cadre, un aide-soignant ou un manutentionnaire.

La réforme actuelle a justement été pensée pour reculer l’âge légal tout en maintenant des dispositifs de départ anticipé pour certaines situations, notamment celles liées à l’usure professionnelle. Le patronat rappelle aussi qu’il veut des mécanismes ciblés sur les carrières difficiles, sans hausse des cotisations, tandis que le RN cherche une formule plus favorable aux débuts de carrière précoces.

Qui gagne, qui perd

Le RN parle à une France du travail précoce : ceux qui ont commencé jeunes, souvent dans des métiers manuels, industriels ou d’exécution. Politiquement, c’est une promesse très puissante dans cet électorat. Elle donne le sentiment d’une retraite “méritée” après une longue vie de travail.

Mais cette logique laisse de côté une autre partie du pays. Les actifs qui entrent plus tard dans l’emploi, après études supérieures ou périodes de transition, devront travailler davantage pour atteindre une durée de cotisation équivalente. Autrement dit, la même règle ne protège pas tout le monde de la même façon.

Du côté des employeurs, le débat reste dominé par une question simple : comment financer le système sans alourdir le coût du travail ? Le Medef défend depuis des années un équilibre financier fondé sur le travail plus long et refuse l’augmentation des cotisations patronales. Il juge aussi indispensable de préserver un cadre lisible pour les entreprises.

Du côté syndical, la CFDT a au contraire combattu la réforme de 2023, jugée injuste, parce qu’elle décale l’âge légal et allonge la durée de cotisation. Le syndicat insiste sur l’effet concret pour les salariés les plus exposés à la pénibilité et pour les femmes, souvent pénalisées par des carrières interrompues ou morcelées.

Une bataille politique qui dépasse le RN

Cette séquence révèle surtout une tension interne au RN entre deux messages. D’un côté, Marine Le Pen maintient la promesse d’un départ à 62 ans. De l’autre, Jordan Bardella dit examiner la question du financement. Les deux discours ne s’annulent pas, mais ils n’envoient pas exactement le même signal aux électeurs.

En arrière-plan, la discussion dit quelque chose de plus large : la retraite reste l’un des sujets où chaque camp cherche à montrer qu’il protège mieux que les autres les vies de travail concrètes. Le gouvernement pousse l’âge légal, le patronat privilégie l’équilibre financier, les syndicats contestent le coût social, et le RN tente de se poser en défenseur des débuts de carrière précoces. Chacun y trouve son public.

La vraie question, au fond, n’est donc pas seulement “62 ou 64 ans”. C’est : quelle règle répartit l’effort entre ceux qui ont commencé tôt, ceux qui ont étudié longtemps, ceux qui ont travaillé dans des métiers usants et ceux qui ont des carrières continues ? C’est sur ce point que les projets se distinguent réellement.

Ce qu’il faut surveiller

La suite se jouera dans les arbitrages de fond du RN. Le parti devra préciser s’il veut conserver un âge légal à 62 ans, basculer vers une durée de cotisation, ou combiner les deux. Il devra aussi dire comment il financerait le dispositif sans creuser le déficit ni augmenter les prélèvements. C’est là que la promesse politique devient, ou non, une réforme crédible.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.