Quand une députée poursuit son mandat avec une sclérose en plaques, le Parlement doit-il mieux s’adapter aux maladies chroniques ?
Christelle d’Intorni dit vouloir poursuivre son mandat malgré une sclérose en plaques. Son annonce remet en lumière les contraintes concrètes d’une maladie chronique sur le travail parlementaire et la représentation des électeurs.

Comment continuer à siéger à l’Assemblée quand une maladie neurologique impose des soins, de la fatigue et des rendez-vous médicaux répétés ? C’est la question très concrète que soulève l’annonce de Christelle d’Intorni, députée des Alpes-Maritimes, qui dit vouloir garder son mandat malgré une sclérose en plaques.
Une annonce personnelle, mais un sujet très politique
La députée UDR a rendu public son diagnostic et expliqué qu’elle s’était faite plus discrète ces dernières semaines. Elle a aussi confirmé qu’elle resterait en fonction, à l’Assemblée comme dans son mandat local. Ce choix place d’un coup la maladie au croisement de la vie privée, de la représentation politique et des contraintes très matérielles du travail parlementaire.
La sclérose en plaques n’est pas une maladie rare dans le débat public. En France, l’Assurance Maladie comptait 129 400 personnes prises en charge pour cette pathologie en 2023, avec une nette majorité de femmes. La maladie touche le système nerveux central et provoque des troubles moteurs, sensitifs, visuels ou de l’équilibre. Elle évolue souvent par poussées, ce qui peut rendre le quotidien imprévisible. La prise en charge est reconnue au titre des affections de longue durée, avec un cadre spécifique défini par la HAS et l’Assurance Maladie.
Dans ce contexte, l’annonce ne dit pas seulement quelque chose sur l’état de santé d’une élue. Elle rappelle aussi à quel point les institutions sont pensées pour des personnes disponibles, mobiles et peu contraintes. Quand la santé vacille, tout l’équilibre du mandat s’en trouve modifié.
Ce que change la maladie dans la vie d’une députée
Christelle d’Intorni explique bénéficier d’une délégation de vote facilitée. À l’Assemblée nationale, le vote est personnel, mais une délégation peut être donnée dans certains cas, notamment en cas de maladie. Le règlement précise que cette délégation reste strictement encadrée et qu’un député ne peut recevoir qu’un seul mandat de vote. Autrement dit, le système permet de limiter l’effet d’une absence, sans effacer l’exigence de présence physique.
Concrètement, cela veut dire qu’une élue malade peut continuer à participer aux scrutins, tout en adaptant son organisation. Mais la vie parlementaire ne se résume pas à lever la main dans l’hémicycle. Elle implique aussi les commissions, les réunions de groupe, les auditions, les déplacements et le travail de terrain. C’est là que la fatigue, les rendez-vous médicaux et les précautions sanitaires pèsent le plus. Les associations de patients rappellent d’ailleurs que la fatigue constitue l’un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants de la sclérose en plaques.
Le sujet est donc double. D’un côté, le mandat peut être maintenu grâce à des aménagements. De l’autre, le travail politique reste plus difficile à exercer quand il faut réduire les contacts physiques, éviter certains lieux fermés et composer avec des traitements au long cours. Dans la vraie vie, ce sont souvent les trajets, les imprévus et l’enchaînement des journées qui deviennent les premiers obstacles.
Il y a aussi un enjeu financier et social plus large. Les données de l’Assurance Maladie montrent que la sclérose en plaques entraîne des dépenses importantes et qu’une part des personnes concernées voit ses revenus fragilisés par des arrêts de travail ou une réduction d’activité. L’association France Sclérose en Plaques souligne, elle, l’intérêt d’aménagements de poste, du télétravail quand il est possible, et de dispositifs comme la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Le cas d’une députée rappelle donc un point essentiel : la maladie ne se gère pas seulement dans le cabinet du neurologue, elle se négocie aussi au bureau, à la maison et dans l’espace public.
Des soutiens rapides, mais aussi une question de fond
L’annonce a suscité des messages de soutien dans la classe politique locale et chez ses alliés nationaux. Ce réflexe de solidarité n’a rien d’anecdotique : il permet de marquer une frontière nette entre le désaccord politique et l’épreuve personnelle. Les soutiens les plus immédiats ont aussi un intérêt symbolique. Ils montrent qu’une élue ne disparaît pas du jeu parce qu’elle tombe malade. Ils protègent, en creux, l’idée d’un mandat qui ne se réduit pas à la performance physique.
Mais cette séquence ouvre une autre discussion, plus dérangeante pour les institutions. Que vaut l’égalité d’accès au mandat quand l’exercice réel dépend encore autant de la résistance individuelle ? Aujourd’hui, le droit permet déjà des délégations de vote, des aménagements de prise en charge et, dans la vie professionnelle ordinaire, des adaptations via la RQTH et les dispositifs d’aide au maintien dans l’emploi. En revanche, le Parlement reste un lieu où la présence demeure centrale et où les absences restent toujours politiquement visibles.
Cette asymétrie a des effets très différents selon les acteurs. Un grand responsable politique dispose souvent d’un entourage, de relais et d’une visibilité qui facilitent l’adaptation. Un salarié ordinaire, lui, doit le plus souvent négocier son aménagement de poste, prouver ses besoins et affronter la peur du regard des autres. C’est précisément pour cela que les associations insistent sur l’accompagnement, la médecine du travail, les droits administratifs et les aides au maintien dans l’emploi.
Christelle d’Intorni dit vouloir aussi parler désormais des difficultés très concrètes liées à la maladie : permis de conduire, assurance, gestion du quotidien. Ce sont des sujets peu spectaculaires, mais très politiques. Ils disent combien une pathologie chronique déborde vite le strict champ médical et touche aux droits, à la mobilité et à l’autonomie.
Ce qu’il faudra surveiller dans les prochaines semaines
La suite dépendra de la manière dont la députée pourra tenir ensemble ses obligations nationales et locales, avec son suivi médical. Le point clé sera simple : verra-t-on seulement une adaptation discrète du rythme de travail, ou aussi une prise de parole plus large sur les droits des personnes atteintes de maladies chroniques ?
À l’Assemblée, le vrai test sera celui de la continuité. Dans sa circonscription, il sera celui de la présence réelle. Et, au-delà du cas personnel, cette annonce remet sur la table une question que le Parlement n’aime pas toujours regarder en face : comment rendre un mandat pleinement exercé quand le corps, lui, impose ses propres règles ?
Pour comprendre le cadre médical et les droits associés à cette maladie, on peut aussi consulter la fiche de l’Assurance Maladie sur la sclérose en plaques et les ressources de France Sclérose en Plaques sur le travail et les aménagements possibles.



