Violences sexuelles : ce que la loi intégrale pourrait changer dans la vie des victimes et les services publics
La proposition de loi portée par Céline Thiébault-Martinez veut réunir prévention, soins, accompagnement et justice. Son examen à l’Assemblée relance aussi le débat sur les moyens nécessaires à son application.

Déposée à l’Assemblée nationale, la proposition de loi portée par Céline Thiébault-Martinez veut coordonner prévention, soins, accompagnement et justice face aux violences sexistes et sexuelles. Son examen doit débuter en septembre, mais son application dépendra du soutien politique et des moyens financiers accordés.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Que se passe-t-il lorsqu’une victime porte plainte, cherche des soins ou tente de protéger un enfant ? Aujourd’hui, les réponses restent souvent dispersées entre l’école, la police, la justice, l’hôpital et les associations. Une proposition de loi veut relier ces étapes dans un même dispositif.
Une réforme pensée comme un parcours complet
Le texte vise les violences sexistes et sexuelles commises contre les femmes et les enfants. Il ne se limite pas à la question des sanctions. Il entend aussi agir avant les violences, mieux accueillir les victimes et renforcer la coordination entre les services publics.
La nouvelle proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale le 11 août 2026. Elle est portée par la députée socialiste de Seine-et-Marne Céline Thiébault-Martinez. Le texte est enregistré sous le numéro 3106 et doit être examiné par une commission spéciale.
Une commission spéciale est une formation temporaire de députés chargée d’étudier un texte dans son ensemble. Elle peut entendre des ministres, des associations, des magistrats, des professionnels de santé et des experts avant l’examen en séance publique.
La proposition est accompagnée d’un texte organique, enregistré sous le numéro 3107. Celui-ci vise à adapter l’organisation de l’autorité judiciaire à la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales. Les deux textes forment donc un ensemble législatif.
Le projet actuel est plus resserré que la première version déposée le 2 décembre 2025. Cette première mouture avait été soumise à l’examen du Conseil d’État. La nouvelle rédaction a ensuite été retravaillée avec les ministères concernés.
Le dépôt s’appuie sur un travail engagé à l’automne 2024 par une coalition réunissant des parlementaires et plus de 150 associations et organisations féministes ou engagées dans la protection de l’enfance.
Prévenir, soigner, juger : ce que prévoit le texte
La proposition cherche d’abord à renforcer la prévention. Elle prévoit notamment de mieux former les professionnels qui peuvent repérer une situation de violence : enseignants, soignants, policiers, gendarmes, magistrats et travailleurs sociaux.
Cette formation est un enjeu concret. Une victime peut être entendue plusieurs fois par des interlocuteurs différents. Sans méthode commune, des informations essentielles peuvent être perdues. À l’inverse, une prise en charge coordonnée peut réduire les répétitions et accélérer la protection.
Le volet santé occupe une place importante. Le texte prévoit de reconnaître le rôle des professionnels du soin dans le repérage des violences et dans l’accompagnement du psychotraumatisme. Le psychotraumatisme désigne les troubles durables provoqués par un événement violent, comme l’anxiété, les cauchemars ou les difficultés à reprendre une vie normale.
La proposition prévoit aussi des protocoles de signalement renforcés, une meilleure prise en charge des soins liés aux violences et des mesures concernant les violences gynécologiques et obstétricales.
Sur le terrain judiciaire, le texte entend faciliter l’accès aux droits. La première version prévoyait notamment de supprimer la consignation judiciaire pour certaines procédures. Cette somme, demandée dans certains cas avant une plainte avec constitution de partie civile, peut constituer un obstacle pour les victimes.
Le texte prévoyait également d’élargir l’aide juridictionnelle pour les victimes d’agression sexuelle. L’aide juridictionnelle permet à l’État de prendre en charge tout ou partie des frais d’avocat et de procédure.
La proposition s’inscrit par ailleurs dans le prolongement de la directive européenne 2024/1385 du 14 mai 2024. Ce texte fixe des obligations communes aux États membres pour lutter contre les violences faites aux femmes et les violences domestiques.
Un changement de méthode, mais un coût élevé
Pour ses défenseurs, l’objectif est de sortir d’une succession de mesures isolées. Une modification du code pénal peut renforcer la répression. Cependant, elle ne suffit pas si les victimes ne trouvent pas de place d’accueil, de médecin formé ou d’avocat disponible.
La loi entend donc agir sur toute la chaîne. Cette approche peut bénéficier en priorité aux victimes confrontées à des démarches longues et complexes. Elle pourrait aussi aider les professionnels, souvent contraints de travailler avec des moyens et des informations limités.
Les effets ne seraient toutefois pas identiques partout. Dans les grandes villes, les victimes peuvent davantage trouver des associations spécialisées, des unités médico-judiciaires et des services hospitaliers adaptés. Dans les territoires ruraux ou ultramarins, les distances, le manque de spécialistes et la faiblesse des transports compliquent l’accès aux soins et à la justice.
Les petites associations seraient également concernées. Elles jouent souvent un rôle central dans l’accueil et l’orientation des victimes. Mais elles disposent de moins de réserves financières et de personnels que les grandes structures. Une réforme ambitieuse nécessiterait donc des financements stables, et pas seulement des appels à projets ponctuels.
Le financement constitue précisément l’un des principaux points de tension. Les promoteurs du texte avancent un besoin d’environ 3 milliards d’euros par an. Cette enveloppe devrait couvrir la prévention, les recrutements, la formation, les soins, l’accompagnement social et le fonctionnement de la justice.
La question est désormais politique autant que budgétaire. Le gouvernement acceptera-t-il de soutenir un tel effort financier ? Une inscription à l’ordre du jour permet d’examiner un texte. Elle ne garantit ni son adoption ni les crédits nécessaires à son application.
Un soutien large, mais pas encore unanime
La proposition déposée le 11 août réunit 235 députés issus de plusieurs groupes, de la gauche à la Droite républicaine. Ce soutien transpartisan donne au texte une base parlementaire importante.
Il ne signifie pas pour autant que les députés sont d’accord sur tout. Le niveau des dépenses, la place de la justice pénale, les obligations imposées aux professionnels et le calendrier d’application pourraient provoquer des débats serrés.
La France insoumise ne figure pas parmi les signataires de cette nouvelle version. Cette absence ne préjuge pas de son vote en séance. Elle montre cependant que le rassemblement parlementaire reste incomplet, malgré l’ampleur du soutien affiché.
Le gouvernement, lui, semble avoir choisi de laisser une place au débat parlementaire après avoir privilégié des réponses sectorielles. Cette décision ouvre une possibilité, mais elle ne vaut pas encore engagement sur le contenu final ni sur le budget.
Les associations favorables à la loi dénoncent depuis plusieurs mois le caractère « parcellaire » des politiques publiques. Elles demandent une stratégie nationale durable, avec des objectifs précis et une responsabilité clairement identifiée au sommet de l’État.
Leur position bénéficie directement aux victimes et aux structures de terrain. En contrepartie, elle implique une hausse importante des dépenses publiques et une réorganisation de plusieurs administrations. Les opposants ou les groupes plus prudents pourront donc demander des évaluations, un calendrier progressif ou un ciblage des mesures les plus urgentes.
Le prochain rendez-vous : le 7 septembre
La commission spéciale doit commencer ses travaux le 7 septembre 2026. Cette étape permettra de vérifier quelles mesures figurent encore dans la version examinée et quels amendements seront déposés.
Il faudra surtout surveiller trois points : le périmètre exact des obligations de formation, la place accordée aux soins et à l’accompagnement des victimes, et la traduction budgétaire des engagements annoncés.
Le texte devra ensuite franchir plusieurs étapes avant de devenir une loi : examen en commission, débat dans l’hémicycle, vote de l’Assemblée nationale, puis éventuelle transmission au Sénat. Le véritable test ne sera donc pas seulement son adoption. Ce sera aussi la capacité de l’État à financer et à appliquer les mesures dans tous les territoires.



