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ANALYSES & OPINIONS Le pari de la stabilité

En Italie, la stabilité de Giorgia Meloni rassure les marchés mais ne garantit pas encore des résultats pour les citoyens

Le gouvernement de Giorgia Meloni détient un record de longévité politique en Italie. Cette continuité a renforcé son image, mais son bilan économique et sa capacité à contenir sa droite restent discutés.

Collaborateur municipal italien prenant des notes dans une mairie, avec une rue en arrière-plan flou
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En bref

Giorgia Meloni dirige le gouvernement italien depuis 1 413 jours, un record pour la République depuis l’après-guerre. Cette durée s’appuie sur une coalition disciplinée, une baisse du déficit et un recul des débarquements. Elle ne suffit pourtant pas à résoudre les difficultés sociales ni la concurrence de Roberto Vannacci à droite.

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En Italie, un gouvernement peut-il durer sans transformer profondément le pays ? Le record de longévité atteint par Giorgia Meloni apporte une réponse claire sur la stabilité politique. Il ne suffit pas, à lui seul, à trancher la question du bilan.

Un record historique dans un pays habitué aux crises

Le gouvernement de Giorgia Meloni a franchi le cap des 1 413 jours au pouvoir le 3 septembre 2026. Il est devenu le plus durable de l’histoire de la République italienne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il dépasse ainsi le deuxième gouvernement de Silvio Berlusconi, resté en fonction 1 412 jours entre juin 2001 et avril 2005. Cette comparaison porte sur la durée ininterrompue d’un même gouvernement. Elle ne signifie pas que l’Italie a connu moins de crises institutionnelles sur l’ensemble de la période.

Giorgia Meloni dirige l’Italie depuis le 22 octobre 2022. Son alliance réunit Fratelli d’Italia, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia. Cette coalition de droite conserve une majorité parlementaire qui permet à la Première ministre de gouverner sans changement d’équipe à la tête de l’exécutif.

Le record reste toutefois relatif. Aucun des 68 gouvernements formés depuis la naissance de la République italienne n’a encore achevé un mandat parlementaire complet de cinq ans sans interruption. La stabilité existe donc, mais elle n’a pas supprimé la fragilité structurelle du système politique italien.

Le classement historique des gouvernements italiens place désormais les trois premiers exécutifs par leur durée parmi les coalitions de centre droit.

Une victoire politique construite sur la maîtrise du calendrier

Lorsque Giorgia Meloni remporte les élections législatives de 2022, elle bénéficie d’un contexte favorable. La gauche est divisée et la droite ne possède pas d’autre dirigeant capable de rivaliser avec elle. Fratelli d’Italia obtient environ 26 % des voix et devient la première force de la coalition.

La Première ministre dispose ensuite d’un avantage décisif : elle contrôle l’agenda politique. Les désaccords existent entre ses alliés, notamment sur l’Europe, l’immigration et les relations avec les États-Unis. Mais ils n’ont pas provoqué de rupture gouvernementale.

Cette discipline permet à Giorgia Meloni de présenter la stabilité comme une réussite en soi. Lors d’un rassemblement organisé à Bari le 4 septembre 2026, elle a estimé que la continuité politique avait renforcé la position de l’Italie à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Pour le gouvernement, durer prouve donc la solidité de la coalition.

Pour ses électeurs, cet argument répond à une expérience concrète. L’Italie a longtemps alterné les gouvernements, les remaniements et les coalitions instables. Un exécutif qui reste en place peut faciliter la préparation des budgets, la négociation avec Bruxelles et la mise en œuvre de programmes pluriannuels.

Des résultats économiques réels, mais difficiles à attribuer

Le gouvernement met en avant la baisse du déficit public. Les données italiennes indiquent une amélioration par rapport au niveau très élevé atteint après la crise sanitaire. Cette évolution s’explique cependant par plusieurs facteurs.

La hausse des prix a augmenté certaines recettes fiscales. Le recul de dispositifs coûteux lancés par les gouvernements précédents a également réduit la pression sur les finances publiques. Le ralentissement ou la fin progressive du Superbonus, un crédit d’impôt très généreux pour les travaux de rénovation, joue notamment un rôle important.

Le rapport de l’institut statistique italien sur le déficit et la dette rappelle que les chiffres ont aussi été révisés en fonction des dépenses liées aux crédits d’impôt et au plan de relance européen.

Le bilan est donc moins simple qu’un récit de redressement budgétaire. Une baisse du déficit ne signifie pas automatiquement une amélioration du niveau de vie. Les ménages restent confrontés au coût du logement, à la faiblesse des salaires et à une croissance modeste. Les régions du Sud sont également plus exposées au chômage et à la précarité que les territoires les plus industrialisés du Nord.

Les critiques reprochent à Giorgia Meloni de privilégier la prudence électorale. Selon cette analyse, le gouvernement évite les réformes susceptibles de mécontenter une partie de son électorat. La stabilité serait alors davantage une absence de rupture qu’une accélération de la transformation économique.

Sur l’immigration, un succès politique plus qu’une solution définitive

La baisse des arrivées par mer a renforcé la popularité de Giorgia Meloni auprès de son électorat. Le contrôle des débarquements à Lampedusa constitue un marqueur central de sa politique et de son discours sur les frontières.

Cette évolution bénéficie d’abord au gouvernement, qui peut présenter l’immigration comme un dossier enfin maîtrisé. Elle répond aussi aux préoccupations d’une partie des habitants des zones d’arrivée, confrontés à la pression sur les capacités d’accueil, les services publics et les collectivités locales.

Mais la baisse des débarquements ne règle pas toutes les difficultés. Elle ne supprime ni les demandes d’asile, ni les besoins de traitement administratif, ni les enjeux liés à l’intégration. Elle peut également déplacer la pression vers d’autres routes migratoires ou vers les pays partenaires chargés du contrôle des départs.

La question européenne reste, dans ce domaine, incontournable. L’Italie dépend de la coopération avec les pays de départ, des règles communes de l’Union européenne et des mécanismes de solidarité entre États membres.

Un virage européen jamais totalement assumé

Giorgia Meloni est arrivée au pouvoir avec une réputation fortement eurosceptique. Depuis, elle a adopté une ligne plus pragmatique. Elle coopère avec les institutions européennes et cherche à préserver l’accès aux financements du plan de relance.

Ce déplacement profite à l’Italie, qui a besoin de relations stables avec Bruxelles pour financer ses investissements et maintenir la confiance des marchés. Il permet aussi à la Première ministre de rassurer les électeurs modérés et les partenaires économiques.

En revanche, cette évolution crée une tension avec une partie de son électorat historique. La dirigeante tente de conserver son identité nationale et conservatrice tout en exerçant le pouvoir dans les cadres européens existants. Cette ambiguïté évite une rupture, mais elle laisse aussi un espace à sa droite.

Le défi Vannacci et la prochaine bataille politique

Le général Roberto Vannacci entend occuper cet espace. Son mouvement Futuro Nazionale défend une ligne plus radicale sur l’immigration, l’identité nationale et l’aide à l’Ukraine. Dans plusieurs enquêtes publiées en 2026, sa formation progresse et concurrence les partis alliés de Giorgia Meloni.

Le risque est double pour la Première ministre. Si elle durcit son discours, elle peut fragiliser son image de dirigeante pragmatique auprès des électeurs modérés. Si elle maintient sa ligne actuelle, elle laisse Vannacci capter une partie de son électorat protestataire.

L’opposition tente, de son côté, de transformer la longévité du gouvernement en débat sur les résultats. Elle souligne la croissance limitée, les difficultés sociales et le manque de réformes structurelles. Mais elle reste divisée, ce qui réduit sa capacité à convertir le mécontentement en alternative gouvernementale.

Un autre rendez-vous a déjà testé l’autorité de Giorgia Meloni : le référendum constitutionnel sur la réforme de la justice, organisé les 22 et 23 mars 2026. Le texte, qui prévoyait notamment une réorganisation de la magistrature et la création d’une cour disciplinaire, n’a pas été approuvé. Le calendrier officiel du référendum judiciaire italien confirme le scrutin et ses dates.

Ce qu’il faut désormais surveiller

Le record de 1 413 jours est acquis. Le prochain enjeu sera sa traduction électorale. Les législatives italiennes devront se tenir au plus tard en décembre 2027, sauf dissolution anticipée du Parlement.

D’ici là, trois indicateurs seront déterminants : l’évolution de la croissance et des salaires, la capacité de la coalition à rester unie, et la progression de Roberto Vannacci sur sa droite. La longévité a offert à Giorgia Meloni un avantage rare en Italie. Elle devra désormais démontrer que cette durée produit des résultats suffisamment visibles pour résister à la prochaine campagne électorale.

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